04.09.2009

Grand / Petit

A O.,

Une semaine de rentrée des classes...

      Mon fils aurait été très vexé s'il avait entendu ce mercredi matin la concierge du collège dire à propos des sixièmes : "la rentrée des classe.jpgpetits est à 9 heures." C'est vrai qu'on ne les voyait même pas au milieu des plus grands à la sortie, mais il faut dire que j'étais pas mal en retrait : la honte, vous comprenez... L'ingrat, j'étais pourtant le seul parent à ne pas m'imposer jusqu'au bout du chemin. Bref... L'été... est fini ... !? Reprendre.. Réécrire droit... Acheter les cahiers. PFFF.... PFFFF et encore des PFFF... A-t-on vraiment le choix du cartable ? Des chaussures ? Remettre le coucher à l'heure et ne pas vraiment avoir sommeil... Comparons par exemple, les objets de l'été à ceux de la rentrée... Un petit carnet à offrir aux grands / petits... Un inventaire à la Prévert, du cousu main qui contient en texte et en image, tout le dernier jour des vacances et le premier jour d'école (de collège, pardon!) ils ont grandi, un peu comme les autres mais pas tout à fait les mêmes. Un petit livre objet, un petit cadeau entre la B.D. et le carnet perso pour un moment charnière, un vrai moment, un instant rockn'roll chez les plus ou moins grands / petits, avant le punk ou le Che... "Le premier jour de classe" de Taro Miyazawa et Arnaud Boutin (dont on commence a beaucoup parler) sur ce blog chez Michel Lagarde.

Michel Lagarde

28.08.2009

Ne penser qu'à ça

Pour nommer le passage de l'enfance à l'adolescence, il y a un mot : puberté. Il faut en donner la définition : "Puberté : passage de l'enfance à l'adolescence ; ensemble de modifications physiologiques et psychologiques qui se produisent à cette époque (apparition des caractères sexuels secondaires, des règles, capacité à procréer)." Pas mal de chambardements en effet, durant cette période. Alexis est le ca.jpgmeilleur en boutons, Philippe, le meilleur en poils. Et puis il y a aussi ce mot dans la définition : sexuel. Oui ,alors là c'est plus délicat car qui ne connaît pas le mot bien entendu mais ce qu'il renferme est bien plus délicat et obscure. Ajoutez à cela comment dire, le passage de la sixième à la cinquième comme dit Mlle Anglais : "- ça y est a-telle dit, c'est le moment où les gentils sixième se transforment en monstrueux cinquième". Elle va même plus loin. Elle n'hésite pas à parler de greemlins. C'est l'époque où l'on se donne parfois sans savoir pourquoi exactement, mais avec une rage non dissimulée, des noms d'oiseaux. Pour les profs c'est simple : Monsieur Hulk par exemple, parce qu'on dirait que sa chemise va craquer. S'il n'y avait que cela... Mais il y a aussi les rumeurs et quand l'une d'elle commence à prendre de l'ampleur... Il peut y avoir des dégats collatéraux.Traiter la prof de "lesbienne", facile mais quand d'un seul coup l'un de vos meilleurs potes de sixième vous traite en cinquième de "pédé", ça interroge et puis ça fait rire tout le monde, sauf vous bien sur. Etre à côté d'une forme de normalité, pèse ou force à se poser des questions... Encore une histoire de mot et ce qui va avec en plus de la puberté ? "Homosexuel" ? Essayer même chez vous de poser la question, pour voir ce que ça veut dire, ce que ça sous-entend. Pourquoi ce mot d'ailleurs plutôt qu'un autre ? Quand la puberté s'invite à la maison, attention ! Dans les pires situations, on peut toujours trouver un allié qui a de drôles d'idées. Peut-être contrer un mot par un autre, allez savoir ?... C'est pas simple tout ça,mais c'est passionant et prenant. Un livre qui met les pieds dans le plat. L'histoire très simple est formidablement bien construite, est très pédagogique et pas du tout démagogique. Quand on vit les choses, on prend les mots pour ce qu'ils sont ou par les cornes et on y va, en attendant d'avoir peut-être aussi une pomme d'Adam... Une belle surprise dans cette rentrée chez Rue du monde, dans la collection roman du monde, "Je ne pense qu'à ça" de Karim Ressouni-Demigneux....

26.08.2009

Dans la peau d'un chat

"Savoir devenir l'ami des chats inconnus porte chance." Proverbe colonial américain.

"Si vous êtes digne de son affection, un chat deviendra votre ami, mais jamais votre esclave." Théophile Gautier

          Etonnante cette manière de se retrouver dans la peau d'un chat de gouttière... A la recherche de sa mère ou d'un humain à apprivoiser, la vie dehors est rude. Quelques saveurs pour tout bagage et une légende qui a court chez les chats : la rencontre avec les hommes-chats. "- feline.jpgEn général, les hommes vivent en groupe. Je ne comprends pas pourquoi d'ailleurs ! Ils se chamaillent sans cesse, se font du mal, et malgré tout ils sont incapables de vivre seuls. Mais les hommes-chats sont différents. comme nous, ils aiment vivre dans l'indépendance. de toutes les créatures, c'est en leur compagnie que les chats préfèrent vivre." Cette parole ou plutôt cette pensée, vous pouvez l'attribuer à Minet, un chat tuxedo, c'est-à-dire un chat noir avec des tâches blanches sur les pattes et la poitrine. Son instinct est très développé, et avant ce nom idiot de jeu : minet, il ne connait rien des humains. Il est d'ailleurs un peu deçu par ses premières approches : la violence, et puis les promesse de ce soit disant confort, quand il décide de se laisser approcher : bouillon et litière. Nous, on est dans la peau de minet, agile et fier; notre monde est fait d'odeurs et de couleurs qui nous guident et nous attirent. On ne sait parfois plus qui apprivoise qui, tant l'échange est subtil et non-dit, quand le courant passe. Il passe d'ailleurs plutôt pas mal avec cette gamine Munyeong, une fille originale. Il y a quelque chose de particulier chez elle. Peut-être est-ce une féline, celle que tu connais mieux que n'importe qui. On est fasciné et souple, inquiet, dans la peau d'un chat qui pour le feline.jpgmoment n'appartient à personne, et n'est pas prêt de se laisser complètement domestiqué. L'auteur écrit dans une minuscule préface à son premier roman : "Quand j'étais enfant, raconte Bu Hui-Ryeong, l'image qu'on avait des chats en Corée était assez négative, on les considérait comme des animaux maléfiques. Mais moi, déjà toute petite, j'adorais les chats. Je les trouvais très beaux et mystérieux." Mystérieux ? Oui... Beau ? Ce court roman à une grace infinie car si on est mis dans la peau d'un chat, on est aussi le spectateur privilégié de l'homme qui a une différence fondamentale avec le chat, même si comme lui il doit aussi grandir et s'adapter à de nouvelles situations : Incapable d'oublier le passé et inquiet à l'avance de l'avenir, il néglige le présent. Le chat de gouttière au destin un peu plus précaire le comprend sans doute un peu mieux. Car cette impossibilité à vivre le présent n'est que le problème des grands, c'est aussi peut-être le problème de cet "homme-chat",  Munyeong dont on peut sentir parfois le coeur affolé parce qu'elle grandit. L'auteur nous dit encore ceci : "Le souhait que je voudrais exprimer dans mon roman, c'est que vous appreniez à grandir pour devenir aussi autonomes que les chats. Même si ce n'est pas toujours facile !". Membre du club des amis des chats, ce livre est pour vous ! et pour le lecteur amateur de curiosité. Un livre sensible où l'on voyage dans la peau d'un chat et où l'on suit un moment de transition d'une jeune fille singulière qui n'est pas tout à fait seule non plus, puisque son ami Han est aussi tout aussi curieux. Une histoire d'amitié et de chat donc. A partir de onze ans... "Feline" de BU Hui-Yeong chez Picquier Jeunesse

21.08.2009

Lisa a disparu

Qui part chercher un dauphin trouve un chien...

        Quand quelqu'un fugue ou disparait, souvent l'on interroge d'abord ses proches, qui sont en apparence des sources fiables pour collecter quelques informations; si ce n'est sur le mobile de la disparition, mais au moins sur la personne qui fugue ou disparait. Pourtant il arrive parfois que le premier témoin ne soit pas connu de la personne. Ainsi une personne âgée peut préférer regarder dehors que regarder la télé, comme si dans l'embrasure de sa lisa.jpgfenêtre il y avait sa télé à elle. On peut suivre ainsi plusieurs séries de proximité, en faire quelques commentaires, et puis se dire : "Comment ça se fait que la petite Lisa ne soit pas encore rentrée ? D'habitude... " Ce premier témoin, indulgent et compréhensif là où porte son regard, n'en sera pas moins  interrogé, car après tout il est totalement inconnu de la petite et de sa famille. Il y a pourtant dans son jugement à distance une bonne compréhension de ce mal qui pourrait travailler la p'tite, mais on ne lui demande rien. Le premier témoin est perché là-haut et allume une veilleuse au cas ou, on ne sait jamais...

Le commissaire appelle donc les témoins. On ne le voit pas, on le devine à l'autre bout du fil. C'est le responsable légal, son père qui lui répond. On n'a pas trop de mal à se faire une idée du personnage, tant il parle de lui tout en parlant de Lisa. Pour sa part, il est trop occupé, il travaille beaucoup et forcément, ne comprend pas. Ce qu'il peut dire de Lisa !? Un peu comme tout le monde, aucune explication à sa disparition, c'est une petite sans histoire. Si peut-être un peu plus... "Une hésitante". Il faut peut-être donc demander à la dame chargée de s'en occuper Jamaïca, ou à la maïtresse, ou à sa meilleure copine, à à la mère pour trouver un indice, une piste, une raison. ils sont tous très bavards, très prolyxes, des quasi-monologues s'enchaînent, on en profite pour parler de soi au commissaire qu'on devine toujours derrière ses flots de paroles plus ou moins "égoïste" voir "égocentriques". Mais au detour d'une plainte, d'une crainte, d'un apparté de je-ne-sais-quoi encore on en apprend un peu plus de la petite Lisa. "Pas bavarde", elle aime lire, "un peu transparente cettte enfant". elle aime aussi les animaux, les dauphins surtout, "un peu collante" et "ne se dispute jamais", lente, "rêveuse" : UNE FILLE SANS HISTOIRE !?. On ne comprends pas, on se renvoie la reponsabilité. Le flic aussi a des pensées pour lui-même. Il les connaît bien les parents, après tout c'est son métier. Il le sait : lisa.jpg"les aimer ne suffit pas.". Il y a peut-etre encore deux témoins à qui l'on a rien demandé, et étranger à l'humain ou chose en apparence inanimée, il ou elle ont aussi leurs mots à dire car ne les questionne-t-on pas aussi parfois du regard !? Ils sont des témoins essentiels dans cette affaire. D'abord le chien : "On ne m'a rien demandé." Mais pourtant les chiens réflechissent aux liens qu'ils entretiennent avec les hommes, avec leur environnement et à leur place dans la société, qui les héberge. Ils fuguent un peu aussi d'ailleurs. Ils peuvent aussi être une vraie rencontre : "Depuis le début, j'avais compris qu'on était pareil, au fond." C'est comme la lune, ecoutez-la  : "Oui, qu'attends-tu du ciel, Lisa, qu'attends-tu des nuages, du soleil qui s'en va ? Qu'attends-tu de moi, toute pâle encore, mais souvent à moitié découverte, à moitié cachée, comme toi ?" On peut donc fuguer, mais ne jamais tout à fait disparaître. D'ailleurs tous les témoins à distance, inconnus jusqu'alors de Lisa, on dit des choses d'eux comme la lune dont on a évolué ce qu'elle est par son poids, son apparence, sa distance pour finir par en dire : "Que je n'étais bonne qu'à faire rêver les poètes, chanter les enfants". il n'y a pourtant rien de désagréable à cela : "comme un point sur un i"... "comme un hublot / comme un oeil de bateau / comme une perle dans les flots..." Nous accompagne donc dans nos fugues quelques curieux quelques originaux quelques objets en apparence muets quelques anges gardiens de drôle d'ange en forme de chien au regard curieux, des gens qui demandent un peu de tendresse d'attention comme nous et ce n'est pas demander la lune. La mer n'est pas loin. Deuxième échappée belle dans cette collection avec le livre de Martine Pouchain, "Un hanneton dans le plafond", remarqué par les jury du prix des incorruptibles. La mer, autre témoin, "la mer, tout près, et jusqu'à l'horizon, berce les poissons, les baleines, les dauphins, les sirènes...". Un petit texte court et simple non dénué de profondeur et de poésie. On peut même le lire à partir de 9 ans... "Lisa a disparu" de Jo Hostlandt dans la collection "c'est la vie !" chez Nathan

28.07.2009

La grande évasion

Lectures d'été...

à Rosa,

       Les placards magiques sont bien pratiques, mais la science des tunnels permet de plus grandes évasions. Quel moyen plus sur en effet, pour se rendre en Chine aujourd'hui !? "Kosmo avait creusé un tunnel pour aller en Chine. Il y songeait depuis longtemps. Il l'avait fait. L'entrée de ce tunnel partait de sa chambre, plus exactement sous son lit, pour ne pas qu'on la voie." Sa construction permet un dépaysement complet, ravioli.jpgtotal et en très peu de temps; mais attention tout de même, au temps qu'il fait quand vous arrivez si vite à l'autre bout du globe, il peut y avoir des surprises... Vous pouvez aussi utiliser ce moyen d'évasion dans les prisons chinoises au cas où ! (oui, on ne sait jamais, la Chine est un vaste pays et les régions plus aux nords interdisent certains noms ou mots, bon d'accord "yogourts" ça passe encore...). La Chine est un grand pays mais comme dans tous pays, vous pouvez y rencontrer l'amitié et l'amour, valeurs universelles qui permettent parfois une petite aide non négligeable qui peut-être la votre comme dans ce livre la quête de l'immortalité, qui vous vous en doutez, n'est pas toujours très simple. Mais ce livre véritable livre initiatique pour enfant, vous mettra sur la voie en bonne compagnie, avec trois recettes culinaires pour survivre dans les régions que vous traverserez. Bien sur et c'est là où le voyage permet un certain éveil, amour ou amitié n'auront pas la forme qu'on leur prête habituellement, car dans ce grand pays où Bouddha et Confucius n'ont jamais vraiment disparus, on peut bien le dire : TOUT EST DANS TOUT. Ainsi votre premier compagnon de fortune pourra avoir l'apparence d'un ravioli répondant au nom de Jiaozi, ravioli.jpgpuis l'apparence d'un corbeau répondant au nom de Wuya Capito, éternel ravioli par ailleurs... Les huit immortels chinois peuvent bien prendre la forme d'un buffle qui pue ou d'un vrai phénix alors... Mais revenons à nos yaks ? Qu'est-ce donc que l'immortalité ? Si vous n'avez pas le numéro de Jackie Chan, dites vous que la langue des signes peut aussi vous servir là-bas même si certaines subtilités sont même dans cette langue, difficile à exprimer. Dites vous aussi que la Chine vue du ciel reste un spectacle étonnant, que les dragons au nombre de neuf là-bas, ont du mal à rester invisibles, que parfois les objets usuels parlent si l'ennuie vous prend, qu'il est plus facile d'apprendre à compter en chinois que de réussir des beignets à la banane, qu'un homme poilu n'est pas forcément un yéti et que le langage des carpes (surtout les rouges) est plein de sagesse. De la sagesse il y en a certainement beaucoup dans ce livre car c'est un grand voyage et avant d'arriver à quelques réponses à cette question que tu te poses sur l'immortalité, un détour par Lhassa est recommandé, surtout si à cause de tes parents que tu as appris à respecter pour vivre en paix, tu te trouves loin de Lhassa et du Grand Ocean (autre nom du Dalaï-Lama), ne confonds jamais quelqu'un qui se fait bronzer sur la plage avec quelqu'un qui est en train de méditer. Et surtout ne vois aucun snobisme là dedans car même les moines bouddhistes jouent au foot si cela peut te rassurer ( à leur manière certes...). Un autre conseil n'oublie jamais de refermer le tunnel derrière toi car le grand voyage se fait dans les deux sens (un chinois a autant de raisons que toi de visiter ta chambre)...

      Insolite, extraordinaire, bien écrit et plein de sagesse : "Un ravioli ne fait pas le printemps" de Dominique Tellier dans la collection Neuf de l'Ecole des loisirs. A partir de 10 ans... (j'oubliais : toute quête de l'immortalité peut aussi amener de bons conseils pour passer à la postérité, profitez-en... et encore une chose si vous ne partez pas en vacances, regardez bien dans votre assiette de ravioli, vous pourrez peut-être faire un grand voyage...)

30.09.2008

You are the best

A D.,

"Quand on est le premier depuis toujours, il ne faut pas trop la ramener. Profil bas comme le dit mon père. Ces gens seront un jour tes employés."

"Mon père était génial, j'étais génial. On était les meilleurs..."

"Pole position" dans cette rentrée jeunesse pour le roman de Dorine Bertrand, "Tu seras une Formule 1 mon fils", publié à la joie de lire. RENAULT LANGEVIN, tout un poème mais surtout le premier de la classe, le meilleur. Un allié dans la réussite, son père, pour qui le logo bertrand.gifRenault est devenu divinité, religion. L'enfant est pris au jeu, il ne peut qu'une chose plus tard face à son père, le meilleur vendeur, son meilleur client. Pourquoi être le premier ? "Il fallait bien travailler pour gagner de l'argent s'acheter des tas de choses et vivre heureux." Premier, il l'a toujours été, mais il y a chez les premiers plusieurs genres de personnalité et il va en faire les frais le jour où -ô malheur !- il n'arrive qu'en deuxième position. Il y a aussi les surdoués, plus humbles moins laborieux parfois, plus désintéressés moins orgueilleux dans certains cas. En plus, ils ou elles lisent des livres pas au programme. Dorinne Bertrand en profite pour insérer et mêler à son histoire deux livres magnifiques, "le petit prince" et "Mon bel oranger". il ne s'agit pourtant pas de baisser les bras, mais de redoubler d'efforts et d'engager une véritable bataille pour retrouver le leader ship et cela par tout les moyens. Un livre drôle et grinçant. Elle crée un couple père / fils dont elle se  joue avec un humour ravageur, poussant loin la caricature sans pour autant, enfermer ses personnages. Les parents ont bertrand.gifaujourd'hui dans et hors fictions, des moyens bien étranges pour doper le moral ou les résultats. L'entreprise est sans pitié, repérer le premier et l'avoir au moral, se lever tôt n'étant finalement qu'un faible moyen d'arriver à ses fins. On est au volant d'une formule 1, attention au crash et retour à la réalité. Les parents nous aiment trop ou pas assez. Fort, subtil, haletant, très vite l'enjeu est ailleurs, à partir de onze ans... Cette citation en préambule à son livre : "On ne connaît que les choses qu'on apprivoise, dit le renard. Les hommes n'ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n'existe point de marchands d'amis, les hommes n'ont plus d'amis. Si tu veux un ami, apprivoise-moi !"(Antoine de Saint-Exupéry)

P.S. : A relire avec plaisir sur un sujet similaire et pour les plus jeunes, "Jacinthe" de Laure Monloubou chez Kaleidoscope

18.09.2008

Roman en BD

A Greg.,

Pour la plus grande joie des enfants mais aussi des parents, les lecteurs de B.D. pourraient devenir des lecteurs de roman et inversement quoique, kinney.gifdans l'autre sens, les parents en seraient plus ennuyés. Pas tout à fait une première, mais sort au seuil pour cette rentrée un roman-bd. ou "Journal d'un dégonflé" de Jeff Kiney. Attention, pas de "très cher journal" dans ce court roman, mais plutôt un carnet de bord, comme nous le dit l'auteur et le souligne son héros : Greg Heffley. Greg est en cinquième et ses petites notes pourraient lui servir de baromètre pour par exemple, calculer son taux de popularité, vu ses antécédents avec les filles que quelques dessins sobres nous montrent dans le détail -si l'on avait pas compris comme la chose est encore difficile entre les deux sexes à cet âge là-... Les primo-ados pourraient bien en tirer quelques bons conseils et un peu d'expérience sur un mode délirant bien sur. Attention aux théories, place à une chronique amusante, adaptons notre vocabulaire, on est plus en primaire. Greg comme beaucoup, a un ami qu'il n'a pas vraiment choisi, qui se nomme Robert qui outre le fait de lui permettre kinney.gifd'accéder à une console n'arrange rien des délires propres à cet âge "ingrat" et n'oublions pas illustré de quelques petites scenettes inoubliables. Tout est prétexte à bulles, les clichés s'enchaînent par exemple comment tirer le meilleur partie d'un petit et d'un grand frère, deux malédictions pour cet âge entre deux, suivre la logique des parents.... Plus original et délirant, comment concevoir une maison hantée ou différencier lutte et catch... On s'amuse bien. C'est léger et les strips ou autre concours d'affiches sont excellents. Juste une mauvaise nouvelle : les spectacles de fin d'année continuent au collège... Un an ça passe vite, une chronique originale qui peut peut-être réconcilier certains avec la lecture sans trop se fatiguer. A partir de 11 ans... léger et original.

15.09.2008

L'architecture

L'architecture... En jeunesse, on ne trouve pas beaucoup d'ouvrages sur cet art. Et les livres-documentaires, qui sont les plus nombreux sur le sujet, manquent un petit peu de fantaisie et pour tout dire, d'interêt. Quelques années d'études en histoire de l'art, me permettent d'émettre un tel architecte.gifjugement, avec aucune nuance possible. Je cite un autre poète que celui que je vais bientôt citer pour parler du livre d'aujourd'hui : "Que cherche-t-on ? La maison." Juste pour souligner le caractère essentiel d'un art qui ne semble pas intéresser ni les foules, ni les éditeurs jeunesse sauf peut-être autrement, qui dans le domaine amène une pierre d'angle importante à l'édifice.  Les 400 coups nous proposent une fiction ou plutôt un conte de Sophie Gironnay, très intéressant, "Philou architecte et associé", fiction inspirée par les carnets de croquis de Pierre Thibault, architecte. Philibert que l'on surnomme Philou, a besoin d'aide; mais comme le veut le proverbe, les cordonniers sont les plus mals... Fils et petit-fils d'architecte, il décide de construire un espace à lui, une cabane mais un espace pour lui, ouvert mais il n'aura la visite d'aucun d'entre eux, ils sont tous "charette"... Dans le monde programmé, voire millimétré où il vit, il n'a aussi "ni soeur, ni frère, ni chat, ni chien, ni poisson rouge" pour partager quoi que ce soit. Ses parents et grands-parents, sa tante, tous architectes sont architecte.gifbien trop occupés pour lui venir en aide. C'est plutôt Rome ou le Japon, qui occupent tout leur temps, tout leur esprit. Philou devra donc se débrouiller seul pour atteindre son but. Et pour cela il a déjà quelques notions glanées par ci par là, qui lui donnent quelques indices : dessiner, établir un cahier des charges de choses "hyper importantes". Aussi quelques notions qui ne sont pas pour déplaire à ce garçon souvent dans la lune. C'est donc par une imagination débordante mêlée à une solitude injuste, que l'aventure peut commencer. Chose étonnante, cette expérience "profonde" prendra la forme d'une histoire quasi-fantastique ou d'un conte comme l'on préfére, car une chose ne doit jamais être oubliée pour concevoir ou parler d'architecture : la musique. Un autre poète n'a-t-il pas dit, l'architecture, "c'est de la musique figée". La forme du docu-fiction permet à son auteur beaucoup de fantaisie, et on n'oubliera pas de si tôt le dialogue entre esprit du projet, et esprit ou génie du lieu comme vous voulez. L'auteur nous donne un texte ramassé mais plein de surprises qui permet de se familiariser avec tout un tas de notions sans négliger la vie propre à toute fiction qui nourriront l'idée de départ et ramèneront par la réalisation de son projet, Philou a une expérience ou émotion collective. Un ouvrage inédit et original en jeunesse.

06.06.2008

Histoire d'indiens

"ses yeux... blancs comme s'ils avaient été envahis par les nuages ou la neige."

"les indiens, les pierres abritaient des pouvoirs et des esprits mystérieux". 

    Une belle, très belle histoire d'indiens crows, d'une neige à l'autre, d'une lune à l'autre, naissance et mort, jeunesse et vieillesse suivent leurs cours amenant à cette tribu de nouveaux noms, de nouvelles craintes... "- Il y a longtemps, quand seul l'Aigle régnait, plantes et animaux étaient gomez.giftous bons à manger. Mais quand le serpent combattit l'Aigle et gouverna la moitié de la terre, il créa des animaux et des plantes au goût amer, et un peu de son venin s'infiltra en eux. Mefie-toi donc de tout ce qui a un goût amer." Un jour nait "Oeil de nuage", un enfant aveugle. Au début on ne donne pas cher de sa vie, on croit même que son âme n'aura pas le temps d'intégrer son corps dans les semaines qui suivent sa naissance. Mais le petit tient, et c'est bien son histoire et celle de son peuple, que nous donne à lire dans la plus grande simplicité et avec force de détails sur la vie crow Ricardo Gomez dans la collection chapitre au Seuil. Sa gomez.gifmère sapin-fleuri n'est pas superstitieuse et décide d'être les yeux de son fils, ce qu'elle sera pendant de longues années. Elle dessine aussi sur sa poitrine les paysages, les mouvements du soleil et de la lune... Il grandit et de plus en plus au sein de sa tribu, on le respecte et admire sa capacité à percevoir des choses qu'eux mêmes avec leurs yeux grands ouverts, ne parviennent pas à voir. Il gagnera ses plumes d'aigle quand l'homme-animal armé de lance-tonerre fera une arrivée fracassante dans les plaines. Une histoire sensible qui permet à Ricardo Gomez de nous donner rites, croyances et pratiques au fil des chapitres du peuple crow. Sensible, documenté et très accessible dès 10 ans, une vraie histoire d'indiens, ugh !

 

annonce.jpg

 

 

25.03.2008

Little Kamo

    A Del. et aux correspondant(e)s anglais(es),

    Daniel Pennac passe par Lyon cette semaine. Ses aventures de Kamo parues au début des années 90 n'ont pas pris une ride. Kamo a eu un 3 en anglais, pas terrible. Mais avec sa mère, on se dispute et on rit aussi. De toute façon, avec le caractère de Kamo, impossible de ne pas se 2012334566.gifréconcilier un jour. Et puis, avec sa mère, il connaît la recette. "Une seule recette, la faire rigoler, elle adore". Les rapports de garçon avec sa mère sont souvent ainsi et sauvent parfois le reste en grandissant... Sur très peu de pages, il y a beaucoup: humour, profondeur, multiplicité des styles et cette petite gouaille parisienne qui n'a pas perdu de son charme et fait remonter le souvenir de  ces mots petits et gros, qu'on aime à dire à l'âge de Kamo. Mais revenons au 3 de Kamo en anglais. Il lui faut un ou une correspondant(e) anglais(e), et l'agence Babel est là pour ça. Kamo ne se laisse pas impressionner et lance une guerre ouverte à l'hypothétique correspondant(e). Mais à la bêtise amusante de sa premiere lettre, elle va répondre par le sensible, et toucher Kamo. Pourtant comme lui sa réponse n'attend rien de lui. "there were his lost words". Comme lui, elle a un jour fait cette promesse à la vie, quand son père a disparu : "Je ne mettrai jamais de blanc aux murs de ma maison !". Pourquoi pratiquer ou parler une langue étrangère ? Il se pourrait bien que Kamo se lance dans une véritable correspondance, et fasse le nécessaire pour être2012334566.gif à la hauteur du dialogue qui s'est engagé sur le ton de la plus grande franchise. Sa profe d'anglais ne croyait pas si bien dire en répétant : "on apprend bien une langue étrangère que si on a quelque chose à y dire". Kamo se passera vite d'ailleurs de l'aide de son meilleur ami, un peu plus fort en apparence dans la discipline. Laissé sur la touche, celui-ci flairera dans cette correspondance quelque chose de suspect, faisant basculer le récit dans le polar fantastique mais ouvrant aussi la langue de chez nous à ces différents modes et niveaux car on est toujours un peu romantique, même si la grenouille est parisienne et préfère la gouaille ! A lire ou à relire en folio junior, "Kamo et l'agence babel" de Daniel Pennac. Au sommet de la tour des langues quand les sentiments s'en mêlent, les langues et même la notre révèlent toutes leurs richesses...

Toutes les notes