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11.02.2008

La fête

à D.,

    Hier, avant-hier, avant avant-hier, c'était la fête. Les libraires de Lyon enfermés depuis des mois dans leurs murs faisaient leur fête aux livres à Bron. E. éditrice, est aussi sympa et vraie que son mari F.. A. qui s'occupe des libraires chez S. est une fille super. C. revit chez son nouvel employé, c'était magnifique à voir à son âge. F. est aujourd'hui à la tête d'une sacrée bande. F. prend de plus en plus de poids avec sa librairie, et se défend pas mal. E. m'a fait un accueil sympathique. P.-J. outre le fait d'être un éditeur pertinent, est un type vraiment sympa et d'une bonhommie rare. C. m'a 3be56109108b8130aef7d47d7949734c.gifdit comment P. l'a viré de son salon. P. c'est la honte sur Lyon dans la manière de prendre les libraires pour des cons et des moins que rien, un frustré. On a mangé, tous un peu bu, rigolé et pas seulement parlé de la recette. Moi je n'ai pas travaillé, je me suis balladé, le temps de revoir Insa Sane pour son deuxième livre, de saluer Fabrice Vigne que je n'avais pas vu dans le programme, de discuter un petit peu avec Isabelle Rossignol, et d'interviewer Magyd Cherfi qui a fait un rapide passage sur le salon. Au moment de la signature, une dame lui a raconté que quand elle était à Damas en 98, pour la victoire de la France, le patron du bar a mis Zebda... Beaucoup de gens différents ont voulu sa signature, un point commun sur leur visage, quelque chose de sensible et d'intelligent. Ils rendaient tous un merci heureux à sa signature, un merci important. Moi j'étais impressionné d'entraîner le bonhomme sur les gradins de l'hippodrome pour parler avec lui de ses deux bouquins, "livret de famille" et "la trempe". Impressionné parce qu'il y a dans ses bouquins des choses importantes il me semble, qui me parlent ou qui nous regardent tous, et puis D. me l'a fait connaître. Il faisait froid, le soleil se couchait et son accent (toulouse) me rechauffait. Comme le thème du salon était l'identité, il en était l'invité idéal. Depuis l'âge de 12 ans et c'est l'un de ses textes qui me fait inscrire cet âge là, il erre, interroge, provoque sur cette question. On a donc commencé par parler d'un texte du premier livre qui me paraissait une bonne amorce pour lancer le truc : Vercingetorix. Le texte où il est sans doute le plus libre provoquant son pote Memede, lui n'étant plus berbere, ou beur, affranchi quand le resultat des élections tombent comme un couperet et lui refoutent la tête dedans. L'identite est un sujet sans fin et complexe avec Magyd Cherfi. C'est un questionnement qui colle à tous les âges de son parcours. Dans son deuxième livre, "La trempe", l'écriture devient encore plus précise, plus profonde, plus importante, la taille du livre a doublé de volume. Ca s'étoffe, ça grossit, "les années, le temps, son dépôt fait miroir aux identités qu'on s'invente." C'était déjà dans les chansons. Il y a sa mère mais aussi les frères, les soeurs, les copains et j'avais encore en tête en lui parlant "le conte des noms d'oiseaux". Parce qu'il y a un truc épatant avec Magyd Cherfi, c'est l'écriture, celle d'une chose qu'il 20fdee9490ea6bbbc36981aa9860fe17.gifchantait déjà dans "le bâtard qui se prend pour un pedigree". Une manière crue, sans joliesse, de torcher la misère, de balancer la "sale face", de continuer à déplaire tout en réussissant un tour de force étonnant  : faire mentir une vérité qui veut que "les histoires de pauvre ça gonfle tout le monde". Impossible avec lui et à travers deux textes de ne pas évoquer "pas en vivant avec son chien" et "bleu de travail". J'ai réussi à lui faire lire un passage de la dette à vie qu'on a avec sa mère quand elle est pauvre. Après des identités, il en a eu tellement avant sur la brèche et on a continué sur une phrase: "le "soi" aime se cacher dans le trop", on a pu parler du héros, de la fierté du banni, du "tyran", relevant encore une phrase qui lui vient après un jour de débacle avec Zebda :"on est ensemble sans s'être choisi et c'est bien la pire et la meilleure raison d'être ensemble". Comme on approchait des municipales, j'ai pas pu m'empêcher de lui demander de parler d'un chapitre intitulé "de l'identité nationale et de quelques beurs de droite". Il me semblait qu'il y avait un peu urgence pour arrêter l'hémorragie, que les gens arrêtent de se venger de la gauche et croient malgrè tout encore un peu à la "lune prolétariste de gauche", dernier rempart à la bêtise absolue. Son analyse est fine, son écriture de plus en plus travaillée et précise quand elle se fait manifeste, idéale pour parler d'"un dogme libéral qui cache une impuissance républicaine". Texte qu'il conclut par une phrase géniale : "le poids souvent rassure la peur d'avoir faim". Bref j'avais de la chance de l'écouter seul avec mon micro et mon md parce que c'est peut-être encore un des derniers types auquel il me semble pouvoir avoir un peu confiance en politique et de ne pas y voir comme d'habitude, quelque chose auquel je ne trouve aucun sens, aucun interêt. Bientôt sur radio pluriel, sans doute, avec l'interview d'Insa Sane, faite le jour d'avant avec le même plaisir, la même envie de ne pas baisser les bras, de partager, de reflechir. "Celui qui combat peut perdre, celui qui ne combat pas a déjà perdu.." Et puis sur l'identité une remarque de Magyd Cherfi m'a paru résumer le tout : "qu'est-ce que c'est que ce truc qui pose problème et qui donne sens aussi ?".

    "Quand on est trop aimé dans la misère, on est ramolli, on croit que le monde est un garde-manger et qu'on a plus qu'à tendre les deux bras pour se servir ; mais on est pauvre, et c'est l'incompréhension qui nous tombe dessus quand on se retrouve devant une table où les cahaises sont occupées. On ne se dit pas qu'il faut gagner sa place, on pense que c'est perdu, et qu'il va falloir égorger les égorger pour s'en faire une. Les enfants pauvres, il faudrait les habituer à moins d'amour, et à ne pas manger tous les jours, il faudrait les préparer à s'entendre dire : "T'es pauvre, t'es sale, et puis t'es même pas d'ici." Cruelle conclusion pour une mère que d'avoir à préparer son fils à tout ça en l'aimant moins. Etre aimé en étant trop pauvre, ça vous sépare la tête du coeur, et les deux se chamaillent dans une lutte à mort, dans un combat qui n'a pas de repos. etre trop aimé en étant trop pauvre, on en vient à se prendre soi-même par le col et à se virer à grand coup de pompe dans le derrière parce qu'on est pas à la hauteur, le mur est trop haut, ls bras trop petits. On se dit que les belles choses, c'est pas pour nous, qu'on est né pour ne rien avoir. On regrette d'être né tout court, on déteste tout ce qui nous ressemble, tout ce qui maigre et noir. On veut du gras mauvais comme celui qui se niche sous les hanches..." 

et merci à D. encore pour tout ça... 

Commentaires

Quand doit sortir le livre d'Insa Sané ?

Ecrit par : Rosa | 11.02.2008

salut rosa ça fait longtemps que je ne t'ai point vu en vrai. .. Il est sorti depuis le 4 janvier !

Ecrit par : ashabhab | 12.02.2008

C'est vrai mais les dernières fois où je suis passée j'ai eu l'impression que tu avais une grosse pression de travail.

Ecrit par : Rosa | 12.02.2008

Pourquoi as-tu modifié ton pseudo ?

Ecrit par : Rosa | 12.02.2008

Quelle belle rencontre ça a du être;)
Je dois lire ses textes depuis des lustres, allez demain, j'm'y mets vraiment!!

Ecrit par : Vanessa(eliabar) | 12.02.2008

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