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20.02.2008

Le Lac d'or

"- Elle t'a quitté parce que tu te sentais trop bien. Et quand tu te sens bien, soudain ça te fait te sentir mal. des que c'est bon au lit, tu prends peur."

"- Il va bientôt reneiger.

   - Il neige."

"Un rayon de soleil tomba sur l'avenue qui ressembla a une vallée heureuse et puis tout redevint gris."

"J'ai passé mon enfance à m'ennuyer et à marcher dans la crotte de poule." 

     C'est Fajardie qui encouragea Jacques-Pierre Amette à se mettre "au noir" et on le remercie encore. Lui n'avait "pas envie d'écrire du polar, mais des histoires sombres". Il a dit : "les histoires de flics m'ennuient. Je n'aime que celles où les gens 9e51007c4bb6e8035d2d6aa797dc7b6a.gifmontrent leur déséquilibre intérieur" et c'est encore le cas. Il a fallu attendre "Enquête d'hiver" pour qu'il signe ce genre d'ouvrage sans pseudo, et dèéà la brume et la neige. C'est un livre excellent que nous offre Amette avec "Le Lac d'or" et on prend plaisir à dire ce nom qui en évoque, un autre, américain, de même qualité. C'est pourtant bien deux flics qu'il campe dans ce dernier "polar" et une véritable enquête quoiqu'on en pense mais c'est au fond une histoire sombre révélatrice de déséquilibre intérieur profond. Pas des jeunes flics à blouson et même s'ils abusent du tout A.D.N., c'est sans doute pour avoir le temps de réfléchir, d'observer, d'avaler, de digérer leur vie et celle de cadavres trouvés par ci par là à Paris. Leur secteur, le XIIIème arrondissement à Paris, le quartier du sourire qui contient toute l'Asie, des peuples d'Europe de l'est aux chinois en passant par les pays extrême asiatiques dont certains dans "l'axe du mal". Le sujet n'est pas le quartier chinois, même si Barbey hors jeu mais symptomatique de son époque est un obsessionnel de la piste birmane. Ferragus la deuxième particule du "tandem" est un flic plus terre à terre mais doit sans doute beaucoup à son nom : Ferragus. "Ferragus observait les rues et les passants paupières lourdes." Un tandem original et sa raison d'être, peut-être mettre en relief l'état cérébral et social du premier, relevé tout ça avec des dialogues rares mais parfaits. Pas un gentil, pas un sympathisant mais plutôt un type de plus en plus à côté de tout et de lui même avec "le bizarrement sentiment d'être au fond d'un cercueil, à jamais enfermé." c8b11abcf5dc20b0a6609131b6fd7af9.gifL'enquête et le crime, les amènent dans une arrière cour de Paris sale où la liste des locataires et des suspects est une véritable ménagerie de l'espèce humaine. De quoi vous rendre paranoïaque et optimiste à la Céline. A moins qu'une nouvelle fois, toute en nuances Jacque-Pierre Amette dialogue avec les histoires des idées et de la littérature comme il l'avait déjà fait dans le précédent avec Voltaire et Rousseau comme il l'avait fait pour "je tue" après la lecture d'un coeur simple de Flaubert. Sans doute Barbey D'Aurevilly et Balzac, le dandy et le réaliste, deux points de vue, deux styles qui cohabitent et éclairent différemment notre histoire, celle d'aujourd'hui, grise, ponctuée d'éclaircies. "Mais, ô Paris ! Qui n'a pas admiré tes sombres paysages, tes échappées de lumière, tes cul-de-sac profonds et silencieux ; qui n'a pas entendu tes murmures, entre minuit et deux heures du matin, ne connaît encore rien de ta vraie poésie, ni de tes bizarres et larges contrastes." (extrait de "Ferragus" de Balzac)

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