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16.05.2008
Voleur de vies
Lorsque j'étais enfant, je prenais souvent la ligne 1. A l'époque, je devais arriver à la hauteur du sac à main de ma mère, ou un peu plus. Des bruits couraient alors, que des pickpockets officiaient sur la ligne de trolley bus. Sans vraiment faire attention un jour, j'en surpris un en
pleine action. J'étais tellement stupéfait que je ne dis rien et observai un geste, qui ne dura en fait que quelques secondes mais le temps s'était arrêté. J'avais l'impression d'être spectateur de l'invisible, d'une chose que j'étais le seul à voir et à avoir vue. Dans les voyages qui suivirent, je cherchais en vain la répétition d'une scène identique. Le dernier vol dont je fus témoin sans m'en rendre compte tenait pour moi de la pure prestigitation... Petite intro personnelle parce qu'une lecture me ramène à ces souvenirs et un autre souvenir encore, cinématographique celui-là. Je ne sais pas si vous avez déjà eu l'occasion de voir "Pickpocket" de Robert Bresson, un film tout à fait fascinant... Dans les premières scènes du film, il y a la rédaction d'un texte : "Je sais que d'habitude ceux qui ont fait ces choses se taisent ou que ceux qui en parlent les ont pas faites..." Ce point de départ d'un film extraordinaire pourrait m'aider à introduire un roman ado tout à fait singulier que j'ai lu ces derniers temps : "Voleur de vies" de Franck Andriat. De quel "voleur de vies" d'ailleurs devrais-je vous parler ? Le roman qui se fait le récit d'un jeune homme solitaire et singulier qui cultive son "art" et fait une seule entorse aux règles d'une pratique presque invisible, garder la pièce d'identité de ses victimes et pointer une carte de leur provenance... Ce personnage hyper-réaliste n'hésite
pas dès le début à afficher une fascination peu ordinaire pour une bestiole à laquelle il trouve certainement la même fugacité que le pickpocket puisqu'il choisit le nom de la bête comme pseudo : "Moi, c'est Lézard. J'aime ces bestioles qui se débinent comme des fusées dès qu'elles t'ont piqué la miette qui est tombée de ton sandwich. Tu les a déjà observées ? Elles glandent au soleil, complètement béates, et si tu les regardes, tu pourrais même croire qu'elles sont mortes de bonheur. Mais, en les examinant mieux, tu remarques leur tête dressée, leurs yeux vifs comme des balles de fusil, leur corps tendu, leur pâtes prêtes à te gifler et soudain, si tu bouges un peu fort un cil, leur immobilité se transforme en une flèche agile et elles filent..." Plus qu'une fascination, ce choix illustre aussi sans doute à merveille la marginalité et la répulsion qu'il doit nous inspirer... Si je dis hyper-réaliste, ce n'est pas vraiment innocent, ni exagéré. D'abord pour avoir rencontré un jour Franck Andriat, j'aimerais savoir de quelle manière il a composé ce personnage si vrai, si rétif, violent, un peu éloigné de l'image que je me fais de son auteur. Plus d'un gamin devrait aimer ce personnage insaisissable et désespéré, si proche du milieu qu'il est sensé incarner. Son auteur
pour rendre sans doute plus fort encore son héros n'a bien sur pas hésité à le faire tomber amoureux alors qu'une des règles qu'il s'est fixée est bien sur la solitude, raisons professionnelles et raisons personnelles obligent. Les émotions révélent bien des choses et permettent le doute, la remise en question, le flash back mais elles permettent aussi encore une fois une plus grande visibilité de ses modes opératoires. On assiste captivé à une leçon de chose tirée de l'observation d'un groupe de pigeons. Mais cette aventure est sans doute là aussi pour nous entraîner dans un nouveau degré de réalisme, magnifique quand il décrit le flirt et inquiétant quand elle se développe. Leur relation n'est-elle pas d'ailleurs dès le départ un pacte hors norme, une rencontre trop incroyable pour être vraie. Il faudra juste un peu de rêve et une autre rencontre celle-là, pour que d'un seul coup la réalité prennent une autre nature et qu'un autre récit ou le même apparaissent avec le même titre : "voleurs de vie". Frank Andriat nous donne un roman unique, parce qu'il se joue à merveille de la répulsion ou de l'empathie qu'on pourrait avoir pour son héros. Il nous donne aussi une histoire d'amour aussi réaliste que belle dans la description de ses effets et de son déroulement. Elle nous emmène surtout là où l'écrivain et le pickpocket peuvent se rejoindre malgrè les apparences ou une certaine réalité (sociale celle-là). Un livre qui n'enferme pas son sujet et lui laisse toute sa force, une nouvelle version de Pygmalion. Il se rapproche beaucoup de ce que j'appelle un très bon roman, un vrai sujet et une forme que l'on invente pour ne point trahir ce sujet. A partir de 15 ans ! C'est chez Grasset, collection grand format...
pleine action. J'étais tellement stupéfait que je ne dis rien et observai un geste, qui ne dura en fait que quelques secondes mais le temps s'était arrêté. J'avais l'impression d'être spectateur de l'invisible, d'une chose que j'étais le seul à voir et à avoir vue. Dans les voyages qui suivirent, je cherchais en vain la répétition d'une scène identique. Le dernier vol dont je fus témoin sans m'en rendre compte tenait pour moi de la pure prestigitation... Petite intro personnelle parce qu'une lecture me ramène à ces souvenirs et un autre souvenir encore, cinématographique celui-là. Je ne sais pas si vous avez déjà eu l'occasion de voir "Pickpocket" de Robert Bresson, un film tout à fait fascinant... Dans les premières scènes du film, il y a la rédaction d'un texte : "Je sais que d'habitude ceux qui ont fait ces choses se taisent ou que ceux qui en parlent les ont pas faites..." Ce point de départ d'un film extraordinaire pourrait m'aider à introduire un roman ado tout à fait singulier que j'ai lu ces derniers temps : "Voleur de vies" de Franck Andriat. De quel "voleur de vies" d'ailleurs devrais-je vous parler ? Le roman qui se fait le récit d'un jeune homme solitaire et singulier qui cultive son "art" et fait une seule entorse aux règles d'une pratique presque invisible, garder la pièce d'identité de ses victimes et pointer une carte de leur provenance... Ce personnage hyper-réaliste n'hésite
pas dès le début à afficher une fascination peu ordinaire pour une bestiole à laquelle il trouve certainement la même fugacité que le pickpocket puisqu'il choisit le nom de la bête comme pseudo : "Moi, c'est Lézard. J'aime ces bestioles qui se débinent comme des fusées dès qu'elles t'ont piqué la miette qui est tombée de ton sandwich. Tu les a déjà observées ? Elles glandent au soleil, complètement béates, et si tu les regardes, tu pourrais même croire qu'elles sont mortes de bonheur. Mais, en les examinant mieux, tu remarques leur tête dressée, leurs yeux vifs comme des balles de fusil, leur corps tendu, leur pâtes prêtes à te gifler et soudain, si tu bouges un peu fort un cil, leur immobilité se transforme en une flèche agile et elles filent..." Plus qu'une fascination, ce choix illustre aussi sans doute à merveille la marginalité et la répulsion qu'il doit nous inspirer... Si je dis hyper-réaliste, ce n'est pas vraiment innocent, ni exagéré. D'abord pour avoir rencontré un jour Franck Andriat, j'aimerais savoir de quelle manière il a composé ce personnage si vrai, si rétif, violent, un peu éloigné de l'image que je me fais de son auteur. Plus d'un gamin devrait aimer ce personnage insaisissable et désespéré, si proche du milieu qu'il est sensé incarner. Son auteur
pour rendre sans doute plus fort encore son héros n'a bien sur pas hésité à le faire tomber amoureux alors qu'une des règles qu'il s'est fixée est bien sur la solitude, raisons professionnelles et raisons personnelles obligent. Les émotions révélent bien des choses et permettent le doute, la remise en question, le flash back mais elles permettent aussi encore une fois une plus grande visibilité de ses modes opératoires. On assiste captivé à une leçon de chose tirée de l'observation d'un groupe de pigeons. Mais cette aventure est sans doute là aussi pour nous entraîner dans un nouveau degré de réalisme, magnifique quand il décrit le flirt et inquiétant quand elle se développe. Leur relation n'est-elle pas d'ailleurs dès le départ un pacte hors norme, une rencontre trop incroyable pour être vraie. Il faudra juste un peu de rêve et une autre rencontre celle-là, pour que d'un seul coup la réalité prennent une autre nature et qu'un autre récit ou le même apparaissent avec le même titre : "voleurs de vie". Frank Andriat nous donne un roman unique, parce qu'il se joue à merveille de la répulsion ou de l'empathie qu'on pourrait avoir pour son héros. Il nous donne aussi une histoire d'amour aussi réaliste que belle dans la description de ses effets et de son déroulement. Elle nous emmène surtout là où l'écrivain et le pickpocket peuvent se rejoindre malgrè les apparences ou une certaine réalité (sociale celle-là). Un livre qui n'enferme pas son sujet et lui laisse toute sa force, une nouvelle version de Pygmalion. Il se rapproche beaucoup de ce que j'appelle un très bon roman, un vrai sujet et une forme que l'on invente pour ne point trahir ce sujet. A partir de 15 ans ! C'est chez Grasset, collection grand format...07:55 Publié dans mots d'ado | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : voleur de vies, frank andriat, les romans grand format, grasset, amour, lezard, voleur
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