14.03.2008
Un enfant de Dieu
vous et moi." Il y a déjà dedans "la route" en germe, ou quelques phrases qui font écho à son avènement. "Ballard contempla la neige qui tombait grise comme de la cendre sur la vallée." / " Y aurait-il eu plus noires provinces de la nuit qu'il les eût trouvées". Les grands auteurs, les grands romans obligent sans doute à de bon quatrièmes de couverture : "C'est sans doute son innocence monstrueuse qui fait du héros de Cormac McCarthy un serial killer d'une espèce singulière, dont on accompagne presque malgré soi la descente aux enfers, de la misérable maison où il vit à l'écart du monde aux grottes où il entrepose les cadavres de ses victimes. Il est difficile d'imaginer plus grand dénuement, plus périlleuse inconscience et, surtout, plus terrible solitude." Qui est en effet ce garçon à l'oeil étréci, à la dinguerie au départ si proche d'autres progénitures déguingandées d'une amérique rurale, pauvre et violente. "Pleine de gars de la campagne efflanqués avec des grandes bites et des grands pieds." Quelle vérité, qu'a-t-il vu des ombres ou de la lumière
qui habitaient les carvernes où il vivait ? Les jeunes médecins qui le dépeceront à sa fin ne trouveront rien d'autre, rien, séparant muscles et os, ouvrant son crâne pour y voir plus clair. Ce n'est ni glauque, ni sordide, si brillant. Le théatre morbide dont il est le seul maître d'oeuvre n'a comme témoin qu'une nature superbe qui habillera son évolutions sous "une lune couleur d'os". Cette lecture m'en rappelle une plus comtemporaine qui donnait avec la même force le négatif, l'image inversé, en sous-sol de New York, et une géographie qui n'appartient qu'à un seul homme livré à lui même, devenu fou, solitaire, enfermé dans sa folie, habitant les limites les frontières où vit l'homme, "les saisons de la nuit" de Column MacCann. Deux poches, deux chefs d'oeuvres ! Et pour le moment peut-être l'un des livres les plus accessibles de Cormac McCarthy...21:50 Publié dans Dans la poche | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : un enfant de dieu, cormac mccarthy, points seuil, poche, litterature americaine, fait divers, serial killer
28.12.2007
La soupe aux choux !
C'est bête... Je ne savais même pas que c'était un livre, et ensuite une adaptation. Un client pour rire me l'offre à Noël. Je ne peux m'empecher pour ceux qui ne connaîtraient pas le texte de vous retranscrire ici le début : "Au village, sans prétention, il n'y avait plus rien. Le four du boulanger s'était refroidi en même temps que le boulanger, qui ne cuisait plus ses couronnes qu'au cimetière. Car il y avait encore un grand cimetière, au village, s'il n'y avait plus de petit boulanger.
Le village était un village du Bourbonnais. Comme ce discret Bourbonnais ne s'était pas taillé dans l'histoire un nom de guerre à la façon de l'Alsace ou de la Lorraine, comme il ne connaissait pas, et pour cause, les marées noires, les marées, basses de la Bretagne, comme il manquait de cormorans englués, on le situait mal sur la carte.
On le prenait, par exemple, pour la Bourgogne, tout comme on prit jadis le Pirée pour un homme et les pendantifs de ma tante pour ceux de mon oncle. D'ailleurs, hormis quelques contrées vedettes, il n'y avait plus de provinces. Il n'y avait même plus de départements. Ces anciennes terreurs des candidats au certificat d'études n'avaient pas résisté au progrès éteignant le monde. On leur avait distribué des dossards de courreurs cyclistes. Le Bourbonnais, devenu l'Allier en 1790 montre en main, s'appelait à présent 03. On ne naissait plus angevin, mais 49, parisien mais 75, savoyard mais 73, etc. On naissait en code, et puis on vivait en lanterne.
Au village, donc, il n'y avait plus rien. En vertu de quoi il ressemblait à des tas et des tas de villages pris au petit bonheur de tous les numérotages.
Il n'y avait plus de lavoir sur la Besbre, la rivière qui l'arrosait. Les battoirs s'étaient tus. En ville les brocanteurs le exposaient dans leur vitrine. Les laveuses s'étaient tues de même, assises au coin de leur machine à laver. Desormais farouches et solitaires, elles n'écoutaient plus le gazouillis de l'eau mais celui de Radio-Luxembourg, tournaient sept fois et davantage une langue inutile dans une bouche superfétatoire. Il n'y avait plus pour elles ni de brouettes, ni de boules de bleu, ni d'ablettes au coeur des bulles de savon.
Il n'y avait plus, non plus, de curé. Le vieux n'avait pas été remplacé par un neuf. On ne voyait plus de soutane au hasard des chemins, et le mécréant dépité n'avait plus le loisir de gueuler " à bas la calotte ! ", puisque, aussi bien, il n'y avait plus de calotte. Certes, il demeurait encore un ecclésiastique affecté au chef-lieu de canton mais, appartenant à tous, il n'était en fait à personne. Pour le coup, le saint homme avait été aigrement surnommé par ses ouailles éparpillées " le prêtre-à-porter ". Mon Dieu oui - et que Dieu lui pardonne _, déguisé en notaire, il s'en allait porter à toute allure la bonne parole de commune en commune, main bénisseuse et pied sur l'accélérateur, expédiant messes, extrêmes-onctions, mariages, enterrement au grand galop, de tous ses cinq chevaux. Résultat, au village, on était absous avant même d'avoir eu le temps de pécher, ce qui retirait bien de l'agrément à l'affaire. En somme, il n' y avait plus de Bon Dieu. Ou guère. Ou si peu."
Voilà et puis comme on est quand même pas là pour masquer avec des comiques d'autres réalités ou croire aux mirages d'une bêtise pharaonique moi quand je lis ça (ce qui suis), de ses mots, de ses promesses qui cachent bien des actes j'ai honte d'être français même si je ne suis pas un acharné de l'engagement politique :
00:05 Publié dans Dans la poche | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : la soupe aux choux, rené fallet, folio, louis de funes, roman, poche, village
31.05.2007
La théorie des nuages
Bonne nouvelle, vient de sortir en poche folio "La théorie des nuages". Le bandeau rouge "... et des corps", a
disparu. Un richissime japonais vivant à Paris embauche une jeune fille pour classer une collection de livres singuliers, quelques tentatives de théorisation des nuages. S'ouvre donc une suite de biographies d'hommes pour ne pas dire quelques originaux absorbés tout entier par l'observation des nuages. Leur action n'est pas toujours désinterréssés comme ce peintre scrutant l'horizon pour son père meunier. Les nuages ont une nature bien particulière ainsi peuvent-il être le concentré volatile d'une île disparue ou la trace d'un fait sans précédent : Hiroshima. Cette "quête" peut amener aussi à bien d'autres rencontres ou découvertes... On ne saura pas non plus qui en est le narrateur, un livre à plusieurs sujets... C'était sans doute l'une des meilleurs sorties, il y a presque deux ans maintenant. A lire. Qui déjà a dit que la littérature française contemporraine ne valait plus tripette ? Encore une connerie qui ne souffre aucune exception, une généralité...



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30.04.2007
Le libraire se la pète
00:05 Publié dans Dans la poche | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : trilogie new yorkaise, paul auster, actes sud, babel
19.01.2007
Taos Amrouche
Je n'ai pas appris grand chose en me baladant sur internet à la recherche de Taos Amrouche. Enfin si j'ai appris quelques petits trucs comme d'habitude. J'ai d'abord trouvé quelques très belles photographies d'elle conformes à son nom kabyle : Taos, le paon royale. J'ai pu aussi récupérer la photo de sa fille que vous avez pu voir sur ce blog, il y a quelques jours. Et puis j'ai vu qu'il fallait souvent et presque tout le temps être kabyle ou berbère pour porter de l'interêt à Taos Amrouche. Etonnant pour une femme qui comme le dit François Maspéro, possédait "une double culture, une double spiritualité, victime d'un double exil". Heureusement, elle fut chantée par Giono et les éditions Joelle Lostfeld nous permettent de redécouvrir son oeuvre dont le dernier "solitude ma mère", une merveille... un inédit.
J'y ai appris aussi qu'elle fut la soeur de Jean Amrouche comme si cette proximité validait son oeuvre en permanence. C'est étrange après la lecture d'un livre comme celui-ci où l'homme n'a pas toujours le beau rôle et la
pose sur un pied d'égalité pour ne pas dire au dessus. Tellement cette femme a aimé et n'a rien oublié avec cette "art du contraste" dont nous parle Jacqueline Arnaud : "Le sens de la beauté, des belles manières, des beaux objets, l'ivresse devant le printemps, la profusion sentimentale font place à l'apreté tranchantdès que l'honneur ou la justice sont en jeu, à une amère délectation (...) à un goût de la confrontation cruelle avec le destin." A la rencontre de l'amour, on ne rencontre en effet pas toujours l'insouciance et la grâce. On y croise quelques apparitions, on peut se sentir promis à la solitude comme marqué. Il faut se guerir de ses ravages, du vertige dans les ruines, oublié et peut-être un jour, fermer ce livre d'où s'échappe encore celui, le moins exceptionnel, celui qui vous rend inapte au bonheur, retrouver les sauveurs qu'offrent les destins, ceux qui donnent faim au corps et au coeur. "Que de souvenirs ma pioche déterre, que de souvenirs !". Se rendre à l'évidence : "- Choisis le charbonnier, s'il le faut..." Mais toujours chercher, aimer, éviter les songeries paralysantes, se venger des pleutres et des menteurs... Avoir le même appétit, la même gourmandise pour la vie, les fleurs, les hommes, l'amitié, le chant, la poésie...
"Taos Amrouche avait une présence rayonnante, excessive comme une tragédienne antique, rires et larmes mêlés : seule sur une scène, chantant a capella, elle soumettait en un instant son public à la présence charnelle de sa voix qui remplissait tout l'espace - elle a elle-même, en toute clarté, comparer l'acte chanter à l'acte sexuel. Elle y joignait une exigence spirituelle toujours insatisfaite. Un goût pour les choses lumineuses, fleurs, fruits, une aspiration à une plénitude qui serait fusion de la chair et de l'âme. (...) Mais, plus que tout, lui importait ses romans : pour elle, seuls ceux-ci livraient, mis en mots, tout ce qu'elle sentait vivre en ellede lumineux et de tragique." François Maspero.
Il y a un peu dans ce livre le même projet que celui de Camille Laurens dans son livre "Dans ces bras là", avec une autre langue, une autre vie... d'autres hommes. Un livre qu'on dédie sans doute à celui qu'on a perdu à jamais comme mort mais sans doute aussi à ses parents qui donnèrent un premier visage à ce sentiment...
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17.01.2007
A suivre
A suivre...
00:05 Publié dans Dans la poche | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : taos amrouche, arcanes, lostfield, poche, berbere, algerie
04.01.2007
Les armes secrètes
21:10 Publié dans Dans la poche | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : julio cortazar, les armes secretes, charlie parker, folio, gallimard, poe, litterature sud americaine
03.01.2007
Indices 3, 4 et 5
Indice n°3
"Nous devons accepter notre existence aussi complètement qu'il est possible. Tout même l'inconcevable, doit y devenir possible. Au fond, le seul courage qui nous est demandé est de faire face à l'étrange, au merveilleux, à l'inexplicable que nous rencontrons."
Rainer Maria Rilke
Indice n°4
"Prenez garde, à l'impureté qui effarouche les bons esprits (...) Qu'est-ce qu'une pureté qui n'est qu'ignorance du mal ?"
Gerard de Nerval
Indice n°5
Je recherche plusieurs formes de lecture. L'une d'elle, un livre qui me laisse penser qu'écrire, formuler est possible et cela quelqu'en soit le niveau de difficulté, le degré d'ingéniosité. L'important, c'est cette nécessité qui refait surface, bien présente, bien réelle. Quand lors de ma lecture une force insoupçonnée m'emporte, m'entraîne de manière inédite vers une construction possible, un arrangement de l'intime et de l'écrit, une invention au service de l'imaginaire et d'une réalité intérieure - quand on est plus tout à fait face aux autres mais un peu plus face à soi et que l'ordre de choses prend une nouvelle configuration, bouscule de nouveaux arrangements. Il me semble que l'oeuvre d'art a cet effet immédiat presque "foudroyant" quand elle nous touche. A nous d'en faire quelque chose aujourd'hui ou demain. Ou peut être jamais, mais à la lecture de réactiver ce besoin impérieux, vital, ce possible... C'est ce qui rend la littérature si précieuse et indispensable. Exploration des intervalles du temps, importance dans l'existence de ces bribes de rêves, de ces mots anodins et "de tous ces glissements imperceptibles qui forment le tricot de nos vies pleines de... vides; de myriades de trous qui ne demandent qu'à devenir autant de fenêtres ouvertes sur le mystère, autant de passages vers..."
20:20 Publié dans Dans la poche | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : julio cortazar, les armes secrtes, folio, rilke, gerard de nerval, littérature, imaginaire
02.01.2007
Indices 1 et 2
Ce soir deux indices qui devraient vous préparer à une page éditée ces prochains jours... Cette année prenons un peu plus notre temps.
Indice n°1 :
"Ne dites pas : il a passé sa vie à faire des oeuvres d'art. Mais : il a passé son art à faire des oeuvres de vie.
Au fond ce que tu voudrais, c'est une magie, que l'artiste soit un peu sorcier ou enchanteur... qu'il puisse endormir, faire rêver, réveiller les gens comme les habitants d'un palais de la Belle au Bois dormant".
Claude Roy
Indice n°2 :
"C'est drôle, les gens croient que faire un lit, c'est toujours faire un lit ; que donner la main, c'est toujours donner la main ; qu'ouvrir une boîte de sardine, c'est ouvrir indifiniment la même boîte de sardines. "Tout est exceptionnel au contraire", pense Pierre en tirant maladroitement sur le vieux couvre-lit bleu."
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01.01.2007
Le retour
Tout d'abord, meilleurs voeux et une très belle année et un grand merci à tous ceux qui ont soutenu ou suivi cet humble web projet. Cette nouvelle année s'annonce riche en lectures, en projets et en bonnes résolutions. L'une d'elle : travailler un peu mieux chaque page et le compte rendu de chaque lecture après cette période de folie et précipitations qu'on appelle Noël.
Et puis pour les amateurs de vraie littérature, de jazz, et de fantastique quand il sait habilement se fondre dans des formes plus simples sans en devenir le motif principal, je ne peux que vous recommander une excellente lecture faite en pleine Bourgogne profonde entre inconnus sympathiques et repas délicieux, une littérature de l'imaginaire où le quotidien prend toute sa force au travers de formes inédites et inventives : "les armes secrètes" de Julio Cortazar en poche dans la collection folio. Titre très enigmatique au vue de son contenu...
19:50 Publié dans Dans la poche | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : jose cortazar, folio, gallmard, poche, jazz, nouvel an, voeu