26.03.2008
Il court, il court le tabou...
est-ce qu'un interdit est vraiment un tabou ? Quelle est l'origine de cette série d'interdits qui balisent notre vie ? La crainte des tabous ne découle-t-elle pas d'abord de la crainte d'un danger ? Pour commencer, comment peut-on le définir. Ne serait-il pas à l'origine et encore aujourd'hui, une loi silencieuse et anonyme, qui a pour objectif de sauver l'homme des périls qu'il ignore ? Pas un peuple qui n'ait ses tabous. Pas une religion qui n'en soit le reflet, ou un code civil : l'écho. Dans notre conscience ne serait-il pas un lien ténu, étroit avec les hommes du passé ? Quelle est la vraie nature de ce pacte, de cette interdiction non écrite ? N'a-t-il pas pas à voir avec des notions comme celles du pur et de l'impur ? Un tabou par ses origines, nous apprend beaucoup sur notre évolution et nos représentations. Que nous enseignent nos anciens totems ? Ne nous dévoilent-ils pas l'origine de nos craintes ? Il ne reste pas que les vaches indiennes, pour nous interpeller sur l'importance de comprendre de telles choses. Quels liens entre la caricature et le blasphème ? Quels liens entre un totem et un drapeau ? De nombreux tabous fondateurs nous interrogent encore : inceste, virginité, mort, anathème. Ce petit livre d'à peine cent pages,
d'une clarté exemplaire, est une véritable petite encyclopédie mondiale de nos civilisations. Tout nous interpelle et nous invite à mieux comprendre ces tabous, qui habillent encore aujourd'hui la nudité ou les règles vestimentaires, des lois du pantalon, au voile tant décrié aujourd'hui... Notre histoire contemporraine ne génère-t-elle pas aussi de nouveau tabou, comme ce "fameux" 11 septembre devenu jour néfaste, où il est devenu problématique d'y célébrer quoique ce soit ? Une question nous vient très vite à la lecture de ce livre: Qu'est-ce qui est encore tabou et qu'est-ce qui ne l'est plus ? Ou encore, alors que certains tabous ont disparu, y en a-t-il de nouveaux, et lesquels ? Des réponses, il y en a comme autant de questions qui augmentent notre faim et notre compréhension d'un monde, en apparence seulement presque sans tabou. Une petite merveille, et illustrée de façon magistrale par Sabine Allard !12:00 Publié dans Doc jeunesse | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : tabous et interdits, patrick banon, sabine allard, actes sud junior, documentaire jeunesse, tabous, totem
07.03.2008
L'isoloir
usage, cet objet parlait de nous, d'une invention : l'électeur. On s'inquiète tout de même, "qu'ils votent mais qu'ils votent bien, qu'ils soient libres de voter mais qu'ils votent sagement." Il faut "apprivoiser le nouveau maître". Pour cela un vote secret est organisé, mais en public et beaucoup de gestes peuvent laisser craindre une influence. Le note n'est pas encore à l'époque véritablement individuel. Le résultat est plus une "ratification de l'autorité sociale évidente." La politique n'est pas encore un métier mais une affaire de notables. Bien sur, on paie déjà à boire. On parle d'élections sèches. "Je vous assure qu'on a bu d'une façon importante, et des deux côtés". Mais cela ne donne pas les garanties nécessaires de liberté de vote. Il faut renforcer le secret. L'isoloir apparait en 1893 mais pas en France, il faudra attendre 1914 pour essayer cette nouvelle façon de voter. On en parle, on en discute beaucoup à l'assemblée de la "cabine", de la "fameuse cabine". Elle déclenche l'hilarité et collectionne les sobriquets : "cabanon", "cellule", "cabinet". Paul Bourgeois, un premier avril à l'assemblée nationale compare l'isoloir aux "cabines fantastiques" du célèbre illusioniste
Robert Houdin. Il y aurait peut-être dans son usage un danger politique : "Il pourra y avoir derrière ce rideau bien des surprises, l'electeur peut y perdre son bulletin et la tête aussi." On est en 1898 et la branche la plus réactionnaire y voit une "chinoiserie". Plus sérieusement dans le débat, c'est un autel pour les uns et un repoussoir pour les autres. "L'isoloir devenait un symbole de la liberté de conscience". On voit bien comment la technique et le sens s'imbriquent. Instruments et procédures sont une véritable technologie de la vertu. Avec l'isoloir, les situations de pression ou d'intimidation ont disparu. Il faudra maintenant produire la conviction pour que l'électeur dans l'isoloir n'oublie pas à quel groupe il appartient. Les manuels d'instruction civique sont clairs. Le vote "doit être libre, consciencieux, éclairé et désintéressé." On ne peut se déterminer ni par haine, ni par amitié... C'est à un défi éditorial sans précédent auquel nous convie Thierry Magnier avec sa nouvelle collection "troisième culture". Faire le choix de partir du récit d'un "événement", présenter un contexte et le sens singulier d'un fait, pour familiariser les lycéens aux sciences sociales. Et même s'ils en sont les premiers destinataires, il s'adresse aussi "à un large public non spécialiste mais curieux" alors profitez-en, ça vaut vraiment le coup. "Les secrets de l'isoloir" d'Alain Garrigou chez Thierry Magnier dans la toute nouvelle collection Troisième culture. Un autre titre paraît simultanément sur mai 68...09:55 Publié dans Doc jeunesse | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : les secrets de l'isoloir, alain garrigou, thierry magnier, troisième culture, election, vote, municipales
05.03.2008
Matière première
Pas la peine d'attendre une quelconque directive gouvernementale pour l'enseignement des arts plastiques dans les petites classes, prenez les devants, achetez des livres ou empruntez les ! Et pourquoi pas celui là : "De toutes les matières !", dans la collection Mon premier musée aux éditions Palette... Texte et choix des oeuvres : Béatrice Fontanel. Sa forme n'a rien de très originale, quoique. Depuis un petit moment, on aborde
l'art pour les enfants par les formes, les couleurs ou le détail, alors pourquoi pas les matières dans l'art. Avec la terre, avec la pierre, avec du bois, avec du métal... Avec de la terre, un petit retour sur le mois d'octobre dans les très riches heures du duc de Berry. Avant de se servir de la terre, on la représente. C'est une matière à modeler, à peindre pour se représenter, se protéger, conceptualiser, s'engager. On peut passer par le Nigéria, remonter jusquà Raoul Ubac et sa grande terre rouge de 1971 ou l'igloo di Giap de Mario Metz en 69. Je découvre pour ma part, une merveille La bataille des pommes de terre de Raoul Michau en 1948... Avec de la pierre, c'est la même chose. On représente, on utilise, motif ou matière première. J'avais oublié la parole donnée de Magritte. Cette pierre sculptée en forme de pomme au milieu d'autres rochers. On s'ébahit devant le rocher à Belle-île de Monet, et on reste pensif devant la pensée de Rodin prise et inclinée dans son bloc de pierre. Ce livre est une merveille. Les choix sont pertinents. Les oeuvres sont impressionnantes. Ce sujet transversal permet les plus beaux rapprochements, les plus grands écarts dans le temps et
l'histoire de l'art. Avec du bois, seita de Raymond Hain, 1970, peau de feuilles de Giuseppe Penone... Avec du papier... Classiques et modernes, anciens et contemporains, matières premières ou sujets de l'oeuvre... Avec du métal... Béatrice Fontanel ne se contente pas de petites explications justes et pertinentes, elle réveille l'oeil comme cette partition qu'elle voit dans les raboteurs de Gustave Caillebote. Elle incite aussi à la pratique et à l'audace tout en restituant à chaque fois de manière très simple un contexte, une continuité. De l'homme au casque d'or de Rembrandt au masque africain de Joël Ducorroy... Avec du plastique, avec des plumes...de la peinture, de la sculpture... De toutes les matières ! Puisqu'on utilise en art aussi le néon, des tartines peintes en bleu. Elle nous laisse pour finir, rejoindre notre âme suspendue aux installations de Sarah Sze. A partir de 6 ans et pour les parents aussi. Un plaisir pour l'oeil et pour l'esprit.
20:25 Publié dans Doc jeunesse | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : de toutes les matières !, beatrice faontanel, palette..., collection mon premier musée, art, documentaire jeunesse, terre
07.08.2007
Deux coups de génie
Tout deux firent la même observation : "Encore une fois le monde n'est pas fixe comme on le croit." Le premier vécut à Pise en Italie. Et du haut de la fameuse tour penchée jetait des petits cailloux en l'air qui retombaient. Tout deux comprirent que l'important n'est pas juste de regarder mais d'observer.. Pour cela il conçut un "canon oculaire" appelé aujourd'hui lunette. "Il la tourne vers les astres, et il voit que le soleil aussi a ses tâches, que les planètes ont leur lune, que Jupiter en a jusqu'à quatre., que le ruban blanc au milieu du firmament n'est qu'une foule d'étoiles..." Et il observe une chose inconcevable auparavant : "La terre fait sa ronde". La terre tourne autour du soleil. Avec son canon oculaire, il va plus loin que Copernic , il le démontre. C'est le soleil seul roi du bal qui mène la danse. Il s'explique : "- Mais dans le ciel, il n'y a rien qui reste fixe. Il n'y a ni clou, ni crochet, ni marteau..." Mais l'enquête tourne court. Cette idée dérange. Il continue donc en se taisant et en cultivant son jardin. Sa manie d'astronome deviendra contagieuse et les cieux sont aujourd'hui à la
mode, heureusement.... Le deuxième grand homme naquit en Angleterre mais voyagea car il aimait aussi observer. Il aimait la biologie mais peut-être pas tout à fait comme tout le monde. Pas trop fou, il a femme et enfants. Il les observe ses enfants et leurs mimiques ne diffèrent pas beaucoup de celles de l'orang-outang du jardin zoologique. Encore une fois les rabat-joies sont plus nombreux.... "Enfin, messieurs, regardez-vous, regardez-moi ! Quelle parenté peut-il y avoir entre un singe et moi ?" Mais peu importe, Darwin voyage, observe la variété, la diversité du vivant. Ils n'étaient pas trop fou ou tout sauf des fous et le monde n'était pas figé. Et quelques autres artistes de génie ont raconté leur vie aujourd'hui pour les 5/8 ans dans deux courtes biographies sous forme d'histoires magnifiquement illustrées dans les deux cas dans une collection unique et soignée : coup de génie, au Seuil. Ainsi va la vie...20:25 Publié dans Doc jeunesse | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : un oeil dans les etoiles, orietta ombrosi, sacha poliakova, galilee, drawin, ainsi va la vie, seuil
03.08.2007
Cherche et trouve
tout de même inhabituels mais toujours très amusants mais pas pour les enfants qui savent bien que le quotidien est plein de ressources de choses à voir, à identifier, à comprendre, de choses pour rire et pour comprendre. Le monde est vaste mais bien rempli où que l'on se trouve. On sait bien depuis les dernières élections que nous sommes rentrés dans l'ère de l'éfficacité, discipline de haut et vol dont certains se prétendent des maîtres ! La science de l'éfficacité avant science et muse d'architecte tel que Le Corbusier est aujourd'hui vertu des politiques, progressistes pragmatiques et inspirés. Le monde change, eux aussi (non je rigole, allez on y croit fort !). Mais revenons à nos moutons. Un livre qu'on ouvre sur deux bandes exterieurs blanches, des personnages seuls ou en groupe à retrouver une fois les rabats soulevés dans leur contexte, la rue, la campagne, les airs; des personnages tous amusants qui vaquent à leurs occupations, attendent le bus, livrent des carottes... Un imagier ludique et sympathique qu'on peut lire des 3 ans et je dis sciement lire puisque l'image se lit aussi, on reconnaît, on nomme, on enumère, on connaît... Un principe très simple mais efficace et sympathique. Une science de l'imagier pour une éducation efficace des enfants en gardant toute la saveur et la drôlerie que nous représentons pour un enfant en plein apprentissage de la lecture et de la vie. A quand un ministère des vrais bons imagiers avec deux couleurs pour faire naître un sentiment d'ouverture ? Vraiment tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles !21:02 Publié dans Doc jeunesse | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : cherche et trouve, thierry laval, seuil, documentaire jeunesse, imagier
25.06.2007
Bzzzz
"C'est elle qui a osé goûté tes coquillettes, qui a osé se poser sur ta fourchette et qui, quelle horreur, a déposé des petites crottes sur la lanière de ta sandalette ! Mais, attends avant de sortir ta tapette" : la mouche, musca domestica. De retour avec les beaux jours et la chaleur. Deux gros yeux, trois petits yeux par dessus, sa cousine sarcophaga, c'est la balaise qui fait beaucoup de bruit, celle qui aime la viande comme nous. Connaître ses cousines, la voir à la loupe. Elle se nourrit comme on boit
avec une paille. Toute poilue, des poils : poils, antennes, doigts... Elles sont de partout sur terre. Elle loge parfois chez d'autres animaux, ah, la vie de mouche ! Savez-vous pourquoi elles sont si coquettes en apparence ? Son grand ennemi : le pare-brise. C'est en fait une grande sportive. Elle réussit à chaque coup et à chaque fois un atterrissage en galipette. Devant un défilé de mouche : on pèse toute leur diversité, leurs moeurs, leurs tailles, leurs parures. Je sais, elles agacent, elles dégoûtent mais une bouteille coupée et de l'eau sucrée et le tour est joué. Elle a plusieurs rôles, infimes certes mais important : indic, pollenisateur, eboueur, casse-dale. Vive les mouches ! Allez, quel est le sens de l'expression : "une patinoire à mouches" ? Et encore pour le fun, "dans une bouche close, il n'entre point de mouche". Je compte l'exporter en Gagaouzie (pour ceux qui suivent un peu...).
"Bzzzz" au Seuil et une expo à Paris...
08:40 Publié dans Doc jeunesse | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : bzzzz, cecile colin-fromont, olivier boutavant, seuil, exposition, mouche, spider man