15.11.2007

Guy Moquet au Fouquet's

    A ecouter le compte rendu de la presse anglaise, il me semble qu'elle est plus clairvoyante sur l'agitation qui nous occupe dans l'hexagone. Il est bien evident que le souci du président serait égalitaire sur les régimes spéciaux si l'on évoquait aussi celui des parlementaires ou des militaires. Cette presse se questionne aussi sur la véracité de toute cette agitation dont fait demonstration notre cher président. On m'a offert, il y a peu (merci encore) un livre assez éloquent d'une réponse à donner à ce genre d'agitation dont on peut vraiment se demander quel but elle poursuit. Je veux parler 6aecce1e2196d3bb06fbbc5f5db80514.gifd'une de ces questions, il y a encore peu dans l'actualité et très vite engloutie par le passage d'un plateau à un autre : la lettre de Guy Moquet. "A force, on en oublie la lenteur de la réfléxion, la langueur des contraintes et de l'apprentissage. La commémoration tourne à la confusion". Pourquoi pas un petit pamphlet, intelligent, une réponse !? "Communiste, pas français !" s'époumonait celui qui finissait un cercueil fait à la hate pour Guy Moquet. La question pourrait-être : sommes nous aujourd'hui encore digne d'eux ? Quel rapport entretiennent la révolte et l'enfance ? Quel spectacle a été fait d'une lettre, il est vrai si touchante ? Qu'est-ce que le patriotisme peut-être sans projet sociale ni générosité ? Et puis au fond quel patriote êtes-vous ? Ne disait-on pas à une époque : "Mieux vaut Hitler que le front populaire", en étant patriote ? "Si le patriotisme fournit un cadre morale de référence, il ne signifie pas une ligne de conduite unique : les collaborateurs ou les pétainistes l'étaient aussi par "amour de la patrie"." Qu'est-ce qu'une imposture ? Pierre-LOuis Basse nous donne "ses bagages" pour réfléchir à l'idée de transmission. Pour ce qui se demande encore qu'est-ce que c'est d'être un homme de gauche, voilà une réponse, enfin. Et que dire encore de cette absence totale de silence ? On se calme, on lit et c'est pas triste, pas cher, et franchement enfin réponse, une autre voix, il était temps. "Guy Moquet au Fouquet's" de Pierre-Louis Basse aux éditions des équateurs.

25.09.2007

Pantomine

    Ce week end meurt un peu avec le mime Marceau une très ancienne tradition. C'est le poète aphone Livius Andronicus qui inventa la pantomine. Un esclave sur le devant de la scène lui prêta sa voix. On doit au XVIIIème et à Gaspard Debureau son personnage le plus symbolique : Pierrot ; dont Baudelaire, De Nerval, Gautier virent sans doute une ac15967a0bc49e659540a078b4df53f3.gifreprésentation au Funambules en septembre 1846... Cette histoire, Gerard Macé dans "L'art sans paroles" au Promeneur nous la donne mêlant réfléxions et enchantements dans deux arts qui en feront aussi son spectacle : le cirque et le cinéma muet. Je retiendrais deux ou trois choses de cette lecture, un très beau texte sur les cartons des films muets, une remarque : "c'est peut-être nous qui sommes sourds", et, cette phrase :"les personnages du cinéma muet semblent appartenir à une humanité disparue, pour qui l'émotion avait plus d'importance que le langage."
    Je rapporte aussi ici cette petite chanson tiré du roman d Gisèle Bienne "Chicago je reviendrai" : Quand t'en as marre / P'tit palpitant / Regarde l'Pierrot tout blanc / Regarde ses larmes sous le plâtre / Et la foule, se marrant...

18.06.2007

Le lendemain

    Hier au soir, j'allais un peu mieux. Un, parce que la gauche a eu suffisament de voix pour dire qu'elle avait aussi le droit de continuer à s'exprimer. Comme Dumbo, pourquoi pas ?! J'étais content aussi d'entendre Fabius que je n'aime pas du tout mais alors pas du tout pour plein de raisons objectives, répondre à la droite que ce n'est pas parce que le Nicolas avait été choisi ou pas choisi par d'autres que tout le monde était d'accord avec toutes ses propositions. Parce que le : il fait ce qu'il a dit comme réponse à tout ça commence a être fatiguant. On va pas passer non plus nos journées à dire : hourra Nicolas ! C'est bon... J'étais content aussi que l'on rappelle à ceux qui ont eu un joli cadeau fiscal que le smic lui n'a pas été augmenté même d'un petit rien du tout (n'y a-t-il rien de "valeureux" à le gagner durement ? La rigueur budgétaire ne doit-elle pas s'appliquer à tous ?). Pour les heures sup, je trouve ça toujours aussi délirant, étant donné que j'ai sous les yeux en ce moment deux très charmantes et efficaces stagiaires qui font le job d'un poste supprimé, ce n'est qu'un exemple bien sûr. Mais depuis quand tous les chefs d'entreprises seraient-ils vertueux et non les employés, salariés. Depuis quand redistribuent-ils systématiquement des profits réalisés, des marges ou marchés gagnés par leurs employés ? On devrait organiser des grandes joutes morales (puisqu'une soit disant morale pour tous est nécessaire mais laquelle ?!)

    Mais avant de continuer à parler politique réelle, politique tout court et de continuer à voter. Il faut continuer à réfléchir. Et je ne connais pas meilleur moyen que de lire un peu (beaucoup) et pas que du roman (même si). Il y a par exemple dans notre société un mot tabou, un mot qui fait peur, un mot qui exalte, interroge : mondialisation. Mal le comprendre, c'est sans doute enrichir quelques zozos qui font quant à eux carrière en politique au niveau national qu'il soit bleu caa455001be09979ce7067c269c84c7c.gifou rose. Sur ce sujet leur roublardisse est assez grossière et leur ignorance assez crasse. Il existe pourtant des livres assez simples et assez clairs pour se faire quelques idées sur la question. Sabine Delanglade le décrivit dans l'Express comme "le livre le plus clair et le moins ennuyeux que l'on ai eu depuis longtemps." Je veux parler de "Richesse du monde, pauvreté des nations" de Daniel Cohen qui vient de paraître en poche dans la collection Champs Flammarion. Qu'est-ce que le monde d'aujourd'hui ? Y vit-on à la ville ou la campagne ? Quelle est la femme la plus pauvre du monde ? Quels sont les étages de la misère Africaine ? Sur quels facteurs evalue-t-on la richesse d'une nation ? La mondialistion est-elle à l'origine de l'explosion des inégalités dans les pays riches ? La mondialisation ne serait-elle pas une pièce d'un puzzle plus vaste qu'on pourrait appeler troisième révolution industrielle ? Quels en sont ses nouveaux paradoxes ? ses nouvelles règles ? Qu'est-ce que la théorie O-Ring ? Pour répondre à tout cela, il faut sans doute lire un peu et par ce biais remonter le cours de l'histoire de manière passionante et simple, se débarasser de quelques idées reçues sur nous mais aussi sur l'Amérique et l'Afrique (saviez-vous par exemple que par le passé et bien avant l'Amérique nous avions la médaille d'or de l'inégalité salariale ?), avoir des définitions un peu plus juste du capitalisme et de son histoire (passionant)... On pourrait le donner en lecture aux profs de lycée (non je rigole !) Avant le sud en avait peur aujourd'hui c'est nous. Mais "tout se passe comme si la mondialisation venait se couler dans le moule des sociétés inégalitaires : comme si le mouvement inégalitaire était en fait premier, et que c'est dans son sillage que venait s'inscrire le commerce mondial." A suivre... Ah Nicolas, être le chef d'une grande nation ne va pas être simple ...(la taille compte aussi dans la mondialisation...) même si bien sûr vous avez déjà tout dit et là vous êtes en train de faire ce que vous avez tout dit ! Et vous puisque vous n'arrêtez pas de le dire, prenez le temps de lire !

08.05.2007

Melancolie

       "C'est le sentiment habituel de notre imperfection. Elle est opposé à la gaieté qui naît du contentement de nous-mêmes : elle est le plus souvent l'effet de la faiblesse de l'âme et des organes : elle l'est aussi des idées d'une certaine perfection, qu'on ne trouve ni en soi, ni dans les autres, ni dans les objets de ses plaisirs, ni dans la nature; elle se plaît dans la méditation qui exerce assez les facultés de l'âme pour lui donner un sentiment doux de son existence, et qui en même temps la dérobe au trouble des passions, aux sensations vives qui la plongeraient dans l'épuisement..."

Diderot, l'Encyclopédie.

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10.01.2007

Mort

    Jean Pierre Vernant est mort et c'est bien triste. Voilà des années que je défends en librairie son livre : "L'univers, les medium_vernant2.gifdieux, les hommes". Livre paru au Seuil, dans la collection "La librairie du XXIème siècle", collection trop peu défendue et trop peu connue en librairie... Vous pouvez le trouver en poche dans la collection Point Seuil. C'est un livre unique et exceptionnel. Il nous propose de lire les mythes "comme les grecs sans doute les racontaient". Ce livre est né d'une pratique orale qu'il avait avec son fils. Ce livre a la qualité de quitter un peu tous ces guides mythologiques bien pauvres parfois. C'est un voyage inoubliable que je recommande à tout ceux qui adorent les métamorphoses d'Ovide ou la mythologie en général. Jean Pierre vernant est mort et c'est une grande perte ! C'était un passeur... Des hommes imortants meurent de plus en plus ces derniers temps. Bien sur restent leurs livres mais ils étaient aussi des hommes d'une humanité simple et engagé. Quel avenir ? Ils venaient d'un autre âge...
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24.11.2006

Mort au(x) tyran(s) !

    Il me semble l'avoir déjà dit dans ces pages, j'ai une prédilection pour ces livres où la pensée fusionne avec l'écriture poétique ou romancée (on ne se refait pas !). Il me semble avoir attendu ce livre pendant des années. Il faut que je vous explique. Parce qu'autour de moi quelque chose changeait irrémédiablement. Le paysage et le corps social se délitaient. Il y avait bien sûr plusieurs raisons visibles mais une chose simple et évidente crevait les yeux : le coupable, c'était bien sur l'auto, la voiture, la caisse... Je ne suis pas un grand amateur d'automobiles même si je suis un homme. Je suis plutôt adepte de "ce que tu as oublié, tes pieds te le rappeleront". J'aime aussi le vélo. Je n'en exclue bien entendu aucun de ses avantages. Mais je me rends compte qu'avec l'âge, j'apprécie de plus en plus les vieilles autos qu'entretiennent mes amis à grand frais. On n'a pas encore fait l'éloge de la 205, ô 205 ! Ce qui me plaît dans ces voitures d'occase ou dépassées, c'est la sensation que j'éprouve à leur incongruité dans cette débauche de nouveautés, leurs ratés et bien sûr leur habitacle moins stérile. Quand je ne suis pas pris par la nostalgie de ce monde carrossé, j'avoue parfois aussi me laisser embarquer dans ces nouveaux espaces de salon où l'on peut être nombreux. Mais c'est ça qui me plait, plein de gens dans le même habitacle à parler, écouter de la musique mais pas l'auto. Autour de moi défile quelque chose qui a changé et peut-être en grande partie à cause d'elle, la caisse : "C'est comme si les routes constituaient desormais des murailles, et le paysage un labyrinthe où la seule manière orthodoxe de circuler était sur quatre pneus".
 
    Commençons par une lecture : "C'est un extême malheur d'être sujet d'un maître, duquel on ne peut jamais être assuré qu'il soit bon, puisqu'il est toujours en sa puissance d'être mauvais quand il voudra". Allez, pas de poses après un petit peu de La Boetie. Le sujet qui nous occupe aujourd'hui est crucial. "La grouillante apparence des quartiers pietonniers ne doit pas ici nous leurrer."  Ne serions nous pas vous et moi adeptes d'une religion maintenant triomphante, une religion qui dépasse toutes les autres et légitime tous les sacrifices. Et, chose inédite, cette nouvelle forme anthropologique et inévitable ne medium_9782842059873TN.gifsemblent pas avoir de pape. Il se pourrait bien que vous et moi en soyons les théologues pratiquants. Pas de tyran mais une multitude qui pavent l'enfer de bonnes intentions. Vous me repondrez alors : ne sommes nous pas assez civilisés et sages en nos pratiques pour ne pas nous laisser aller à une telle regression que d'habitude nous prenons allègrement du haut des siècles passés ? Peut-être pas ? " Mon être, mon humanité ne m'étaient pas donné à priori, une fois pour toutes ! Je peux en déchoir, sous la pression des circonstances, voire au contact de certains outils". Du pied au culte du pneu, vous et moi avons mutés. Et si un auteur a eu le genie de décrire ce phénomène, ce n'est pas en vous analysant les raisons de ce processus mais en augmentant la combustion dans laquelle vous et moi nous fourvoyons depuis tant d'années. Pour cela il fait appel au plus beau, aux flammes de la littérature : La Boetie (qui je sais vous rappelle d'autres chaînes), Giono, René Girard, Dante, Verhaeren (ô Verhaeren), Joszef Balthazar, Melville (génial Melville), Levinas ; "l'écriture poétique, parce qu'elle est prophétique, est sans doute plus à même d'annoncer les chûtes d'humanités que la philosophie"... Allez, vous avez maintenant quitté votre habitacle, faite votre vidange des mille kilomètres, faites le point avec votre servitude volontaire, "le giratoire remplace le calvaire", prenez donc encore un peu de "dos d'âne pénitentielle et canonique"... Imaginez qu'un tyran s'est profilé, redoutable car irréductible.... Et que si vous le combattez, c'est votre propre tête qui sera au bout d'une pique.... "ce rêve de l'individu qui fait le cauchemard de tous".
    Vous vous êtes arrachés de votre habitacle et de son petit sapin puant, ce livre est pour vous et pour les autres, pour moi, lisez le, il en va avec lui de la survie de notre propre humanité ! Je l'attendais, c'est une merveille et une relecture joyeuse et apocalyptique de nos humanités.