24.07.2007

L'empire des morts vivants

"Le fantastique, nous l'avons vu, ne dure que le temps d'une hésitation : hésitation commune au lecteur et au personnage qui doivent décider si ce qu'ils perçoivent relève ou non de "la réalité", tel qu'elle existe pour l'opinion commune."  Tzvetan Todorov

    Ces histoires commencent un peu toujours de la même manière... "Il approchait du portail, lorsque son attention fut attirée par une ombre qu'il vit se mouvoir sur la muraille opposée".(M.G. Lewis)  Impossible pour moi de passer à côté d'un titre pareil aa9a7adfe23138b635c22b3700b664db.gif: "le village aux septs cercueils" ; moi qui enfant ai blemi plusieurs fois devant une série qui n'a pas grand chose à voir : l'île aux trente cerceuils. Et qui, comme pas mal d'ados de mon rayon,  souffre de la même nostalgie qu'eux de pouvoir consommer de temps à autre, un petit chair de poule.. Mais là, cette lecture correspond plus à leur âge et elle pourrait divertir aussi ceux dèjà férus d'Histoire. Un groupe de cavalier de la grande armée est pris après un échange de coup de feux dans une tempête de sable dans le sud de l'espagne. Le vent cesse et un village laissé à l'abandon leur apparaît : El perdido, poussière et fine couche de sable sur les vitres. Ses habitants, des loqueteux avec parfois leurs yeux qui s'enfonçaient aux creux d'orbites sombres. Le soldat Grandpain devra pourtant tenter de garder sa raison, rationnel soldat et héritier des lumières. Il devra aussi controler sa peur : "A mesure que j'avançais, la peur se substituait à l'étonnement. Elle grandissait en moi, irrépressible." Et puis, il apprendra sans doute "qu'en temps de guerre, notre plus grand adversaire n'est pas l'ennemi".

    A partir de douze ans... 

24.01.2007

Lune témoin

    Il y a encore quelques années, on ne dénombrait que trois nouvelles fantastiques traduites en français dans le medium_chasseur.gifcélèbre et très pratique "Dictionnaire des littératures policières" chez Jerome K, pour une trentaine écrite par Davis Grubb. Vous savez Davis Grubb, l'auteur du livre, The night of the Hunter, publié dans la série noire et très connu pour l'adaptation qui en fut faite avec Robert Mitchum de Charles Laughton : La nuit du chasseur. Souvenez vous ce prédicateur, Harry Powell, captivant tous ceux qui l'approchent, exhibant sur les doigts de ses mains "love" et "hate", "amour" et "haine"... Rivages/noir en publie aujourd'hui une douzaine en poche sous le titre : "Personne ne regarde".

    Il y a bien d'autres mots écrits en noir au fil de ces pages comme "meurtre" . Déjà anciennes, elles n'ont pas perdu leurs saveurs même quand il s'agit de vous donner une bonne raison de ne jamais vous acheter une télévision (il n'y a finalement que la taille et la profondeur de l'écran qui ait changé, pas vraiment le contenu...). Vous courrez toujours le même risque à en posséder une... La lune est témoin de bien des choses et la profession de peintre qu'il exerça au début de sa carrière l'entraîna sans doute à la mise en place des thèmes et à la précision du trait. Le ressort de chaque nouvelle est simple et son enfance avec un grand-père batteleur dans l'Ohio a dû fournir matière à son imagination. Il y a tant de faits divers, de commérages qui recèlent bien une chose à l'origine de la chaîne de transmission qui les a générés : l'histoire. L'histoire qui de bouche en bouche a eu ses différentes versions, ses témoins directs, ses acteurs, ses victimes, quelque chose d'un peu extraordinaire qui a fait medium_grubb.gifqu'elles se sont répandues. Peut on à chaque fois en tirer une morale ? Ce n'est pas certain... Ou pas tout à fait mais on gardera du moins en tête une situation, une fable, quelque chose à raconter pour frissoner, s'étonner de ce que le réel a parfois d'incongru, de cruel, de fantastique. Imaginez pouvoir par exemple jouer avec cette matière pourtant impalpable qu'on appelle l'âme, se raconter des histoires de marins d'eau douces, des histoires entendues chez le barbier et pas n'importe lequel puisque c'est dans ce même lieu qu'elle s'est produite. Qui n'a jamais émit quelques voeux cruels et idiots !? On est souvent dans les bruits d'une nuit d'août. Avec la lune, pas besoin qu'elle soit pleine pour deviner ce que la nuit cache à peine, et puis en est elle toujours responsable ? Imaginez encore un membre fantôme ou un fleuve criminel dans une nuit pâle et claire... En dehors des tribunaux, la justice des hommes est parfois ironique et burlesque, parfois sombre... On dit même qu'un soir, un homme vola la lune : "Personne ne s'aperçut de rien, alors cela n'eut guère de conséquence. Nul ne réclama qu'on envoie le pauvre garçon à la prison du comté pour le punir. Et cela pour la simple raison que le soir où Dode Hornbrook vola la lune dans la mare à truites du pré de Dan Puney, personne ne l'apprit".

    Des histoires, des nouvelles pardon ! à lire le soir avec ou sans lune... 

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