27.08.2009

Le Temps

                 Pas une collection mais un autre "carnet" après celui de Valérie Dayre chez le même éditeur, La joie de lire. A peine une centaine de pages pour une nouvelle fois interroger la nécessité d'écrire. Pourquoi et pour qui commence-t-on à écrire, et où s'arrête-t-on ? Pas un carnet, plutôt une lettre... Pourquoi une lettre ? Doit-elle être lue ? Peut-être une forme simple pour écrire à quinze ans l'innénarrable. Le lisboa.jpgjaillissement du temps à un moment X. Garder une forme d'authenticité. Exprimer le jaillissement du temps une géographie intime. Cette lettre a d'ailleurs une forme particulière, fragmentée comme si un premier texte en entrainait un autre comme si les mots les sensations faisaient ricochet, comme s'il fallait écrire quand le temps soudain forme une première boucle. Il y a donc d'abord et toujours la mer, la mer à Rio qui donne l'impression qu'elle va déborder. D'abord aller chercher dans l'enfance un sentiment, un rythme secret, une pulsation sans début sans fin mais que l'imagination ramème avec une part d'étrangeté pour installer son regard, une vue, une première vue, une première appréhension du monde. Comme Günter Grass nous l'avait démontré de manière plus soutenue, l'être n'a pas de noyau mais le cerveau fonctionne comme un oignon. D'une remarque sur les remarques, on passe à une autre page, à un autre âge, une autre expérience fondatrice aussi dans le détail et dans le tout. lisboa.jpgA quinze on ramasse comme l'on peut certaines choses pour "comprendre pourquoi les choses arrivent d'une certaine manière et pas autrement." 15 ans = 131 400 heures, 7 884 000 minute, 473 040 000 secondes, pourquoi si peu et autant à la fois. certaines choses ne sont-elle suspendues à quelques secondes. Ecoutez le rythme du coeur, le sien et celui de Paloma, essayer de trouver quel accord le monde autour de nous a trouvé pour que nous comprenions notre appartenance, notre adhérence à ses contours pour que se dessine une géographie intime. Un présent de gens pressés, de skate, d'une famille, un avenir, ecrire peut-être, Paloma, autour, dedans, Rio. trouver la bonne vitesse, sans doute sur une planche mais à côté de la mer surfer au sec. Dans la lagune des mots, des gestes, un accident, quelques textes en harmonie avec le reste pour qui ? Pourquoi ? L'écriture ramène sans doute à l'essentiel et permet de situer cette rupture du temps dans le reste. Pour qui ? Pourquoi ? Pour Paloma, pour lui, pour moi, pour vous. Une expérience intime avec le temps, quelques pelures d'oignons... "Quand le coeur s'arrête" d'Adriana Lisboa à la joie de lire. A partir de 13 ans

31.07.2009

Le rire de Stella

Lectures d'été...

      Un premier chapitre aussi court qu'énigmatique : "Personne n'a jamais tenu Jake pour responsable de ce qui s'est passé." Le deuxième tout aussi identique : "Sauf Jake lui-même". Et le troisième : "Mais reprenons l'histoire au début." On pourrait peut-être ajouter juste le début du quatrième, la première phrase : "Il y avait une fille à l'arrêt d'autobus". Jake a plutôt l'habitude d'éviter les filles, comme beaucoup d'autres stella.jpgchoses. Cette fille retient pourtant son attention d'une manière assez originale. Il la trouve plutôt maigre. Ou "plutôt longiligne comme un lévrier." Comment le décrire lui, Jake ? Reservé ? Sans doute. En train de grandir ? Certainement. Original ? Particulier, oui pas tout à fait comme les autres garçons, ce qui mettra Stella sur sa piste. Elle n'est d'ailleurs pas la seule à nous donner quelques indices parce que Jake a une famille, une famille comme tant d'autres mais pas tout à fait la même non plus, une famille comme se la réprésente Jake et pas tout à fait. Jake les aime mais il est un peu prisonnier de lui même, il grandit. Pour grandir, il faut parfois une amie même si cette une fille est peut-être une vieillle voisine excentrique, et peut-être une petite soeur, une petite chose qu'il se refuse de nommer et dont l'étrangeté ne fait qu'accuser la présence. Fille elle de son père ou beau-père pour Jake, elle n'a pas tout à fait la même place dans cette famille différente qu'il vit sans y adhérer toujours, restant sur quelques interrogations. Il se voit pourtant un destin original que les autres n'arrivent pas toujours à saisir, "peintre de poisson", surprenant non ? Jake est le nez dans une stella.jpgencyclopédie, ce qui lui permet d'être une encylopédie-monsieur-je-sais-tout, mais d'une manière originale car il cherche une autre manière de mettre en forme ce qui l'entoure, ou ce pourquoi on le solliscite. De dilemne en surprise, il n'est pas au bout de cette expérience, et il devra peut-être lacher prise avec un peu d'enthousiasme et une nonchalance apparente qui ne lui correspond pas tout à fait. Amenez une lecture en deux temps d'un poème d'Emily Dickinson et vous donnerez beaucoup de sens à une existence qui suit encore un courant inconnu, une ligne pas tout à fait réelle : "La margueritte doucement suit le Soleil / Et quand il achève sa marche vermeille / Timidement s'assied à ses pieds. / Lui / S'éveillant / découvre la fleur / Explique-toi / pourquoi es-tu là / Maraudeur ? / Parce qu'il est doux, Messire, d'aimer !" Une véritable petite merveille, les auteurs irlandais continuent de me séduire au plus haut point... "Le rire de Stella" de Siobban Parkinson dans la collection neuf à l'Ecole des loirsirs. A Partir de 12 ans...

 

15.07.2009

Marie-Aude Murail

Marie-Aude Murail a publié à mon avis, les deux plus grands romans ados de l'année, "Miss Charity" et "Papa et maman sont dans un bateau" à l'école des loisirs. A l'écouter, on apprend pas mal de choses sur sa manière d'écrire...

interview

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13.07.2009

Françoise Jay

Une rencontre avec Françoise Jay sur trois de ses livres et particulièrement "Lune noire et marée basse" chez Magnard que je vous recommande particulièrement si vous êtes au bord de l'océan ou ailleurs...

interview

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22.06.2009

Les frontières

     Pour moi les livres de Jean-François Chabas vont souvent par deux. pour ceux qui aurait apprécier "Saïa" à l'école des loisirs, "Les frontières"  chez casterman font echo au même chose  tout en mettant en scène des gens différents, le plaisir est le même aussi dans la fuite, l'échappée belle et ses dialogues verts et sincères qu'une langue de petite frappe rend merveilleux. La stucture est la même une fuite en frontières.jpgavant... Si dans Saïa c'est plutôt une quête d'identité et dans les frontières une fuite pour la liberté. C'est à chaque fois deux ados laissés à eux mêmes et à leurs libertés tendus vers un but. Allez voir la mer dans les frontières et échapper au joug d'un horrible type qui leur fait laver les pares brises. Dans chaque livre l'un nuance, l'autre entraine, l'un les ramènent en arrière sur ce qui fait leur fraterie réelle ou imaginaire, dans les deux cas l'inconnu les eprouve, leur fait découvrir la vie hors de leurs frontières mentales et psychologiques. A chaque fois un parcours iniatique avec les moyens du bord et les rencontres qui vont avec. Fran et Ranko ont tout à voir et apprendre même si la vie les a déjà bien éprouvé et leur a donné cette manière unique et singulière de s'exprimer et quelques réflexes bon ou mauvais. Sur la route on rencontre le meilleur et le pire. Il y a des choses qui font courir plus vite, qui ravive les haines ou qui donnent espoir dans un autre vie d'autres rapports. ce qui leur faut fuir à tout prix :

saia.jpg"Fran se remémora les coups, les humiliations incessantes, et ces centaines, ces milliers de pare-brise, et les occupants des voitures qui les regardaient, Ranko, les autres et lui, comme s'ils étaient des détritus, pas des humains, non, des fonds de poubelle qui osaient s'en prendre à leur belle caisse. Fran faisait semblant de ne pas les voir, ces regards, il était humble à souhait, parce que l'insolence n'amenait pas de pièce. Pourtant quand il en avait assez, à mla fin de ces journées exténuantes passées à fuir l police, à se jeter sur des voitures qui ne demandait qu' à leur rouler dessus dès que le feu était vert, à la fin de certaines de ces journées, Fran plongeait ses yeux dans un de ces hommes, d'une de ces femmes derrière leur volant, et il mettait tout son âme à faire passer ce message muet : "je suis comme toi. tu ne vaux pas plus que moi. si tu penses le contraire, tu mérites m^me pas mon crachat dans ta face."

à lire aussi

26.09.2008

El peligro joven !

A F., à T., à M. et à D.,

"La monnaie de ma pièce :

mon nouvel épiderme !"

Il y a encore en France quelques rites initiatiques ou rites de passage. On offre par exemple, assez couramment "la sixième" de S.Morgenstern pour une ou un jeune qui rentre en sixième, rite d'entrée en collège et donc dans l'adolescence. Nous n'avons plus beaucoup de rites pour ceux qui sortent du shaman.giflycée, et entrent dans l'âge adulte avec ce genre de pensée en tête : "Le monde n'est jamais à la hauteur de ce qu'on imagine pour lui, voilà ce que je me répète en silence". Pour un certain nombre, une inscription à l'université aura valeur de rite. Avec un peu de chance, si la filière est dans les humanités, il devrait vaguement entendre parler de Carlos Castaneda ou du Che, voire du sous-commandant Marcos, peut-être plus simplement de l'Amérique Latine... Certains l'auront peut-être déjà fréquenté le Che (son image) dès le collège, le lycée, vieille lune...  Cet âge est délicat. Bien sur vous êtes le centre du monde, mais vos parents aussi. Ils ne vous seront d'aucune aide dans ce passage délicat de votre être "jeune" à votre être "adulte", même s'ils rendent multitude de services et ne sont pas avares de conseils. Il s'agit donc à plusieurs âges de se recentrer. Quitter une certaine apathie en irriguant à nouveau le cerveau de "remettre la tronche à rêve en branle"... Pour se recentrer : passons par l'Equateur, centre du monde... Si l'on multiplie -car la chose est aujourd'hui possible- les paliers ou rites de passage.... Il ne s'agit pas de partager tous ensemble un shaman.gifgrand bol de natem, la chose étant forte et réservée aux initiés. Mais on peut recommander à quelqu'un qui parle depuis des lustres du che ou vient juste d'acquerir un tee-shirt à son effigie; ou à quelqu'un qui a du mal face à la grosseur du dernier opus de Naomi Klein ou devant l'oeuvre touffue de Carlos Castaneda, ou celle encore plus hardue de Lévi-Strauss; ou encore à quelqu'un qui aime  l'amérique latine; et surtout à celui qui vient de passer son bac et pense voyager un peu pour découvrir ce qu'il avait au fond des yeux depuis bien longtemps : "GRINGO SHAMAN" de Rolland Auda. Ainsi il se peut que sa poitrine se gonfle, que dans son front battent ses obsessions, dansent ses visions et gigote sa berlue... Il pourrait voir se dessiner le réseau de fils et de noeufs qui relient les choses de manière invisible, et rencontrer un authentique shaman ! Place à la chamboule, à la métamorphose : PSCHIIIIIIT ! BLAM ! PAF !, ne sont pas que trois vugaires onomatopées d'un vulgaire strip, mais trois titres à trois parties d'un véritable TRIP à qui l'on pourra donner la dénomination plus conventionnelle de conte initiatique, à la seule condition de ne pas réduire cette notion d'initiation à sa simple expression, traditionnelle et exotique. Ce livre est bien plus que cela. Sous des apparences simples, qui ne sont là que pour nous amuser et nous donner du plaisir, c'est un véritable récit d'aventure , une initiation à la vie, à l'amour, à la politique, à ce que vous voudrez ! La collection Exprim' montre encore l'ouverture d'esprit qui est la sienne, laisse une place à l'onirisme, peut-être une autre forme de littérature fantastique, et continue de bousculer l'heure du conte. Un livre à offrir aussi à tous ceux que la guitare démange un p'tit peu... A partir de 16 ans, un titre qui va faire date dans la collection.  On grandit parfois dans la douleur, mais le lecteur n'en tirera qu'un pur bonheur et pourquoi pas, un peu de profondeur.. Hasta la lectura siempre !

 

24.09.2008

Likedeeler

A Del.,

Aujourd'hui la piraterie ne semble pas avoir disparu, et elle s'attaque encore à de riches marchands. On ne devrait donc pas être trop décalé en se plongeant dans "les voleurs de vent" de Roland Fuentes, encore moins décalé si cette phrase résonne quelque part et d'une quelconque anka.gifmanière en vous : "Quel était ce monde ou un marchand pouvait pratiquer le vol en toute légalité, tandis qu'un pirate courait le risque d'y perdre la tête." Le pirate n'est en effet pas toujours celui qu'on croit, borgne, soiffard, pilleur et violeur ; au XVème, il peut-être likedeeler, soit celui qui partage son butin et celui qui ridiculise un peu les sacs à poivre. Mais avant de les rencontrer ces pirates la, il y a un chemin à parcourir et une jeune fille à rencontrer, Anika, qui partira du bord de la mer baltique rejoindre celui qui pourtant était loin en la rencontrant, de rejoindre "Les voleurs de vent". Il peut bien sur s'enorgueillir de tout ce cheminement, mais elle connaissait déjà "la grande liberté des mers", par des histoires, des légendes bien sur, mais fille d'artisan, constructeur de cogue ou kogge, ces navires marchands du XVéme siècle, elle en savait un peu plus que lui sur la question et sur la raison de leur engagement. Il n'y a pas de mal à laisser un peu trop parler le garçon que l'on aime même si souvent il s'écoute un peu parler. C'est avec une grande finesse et une très belle construction, que Roland Fuentes mêle réalité et légende. C'est avec une grande sensibilité qu'il centre un récit à la première personne, récit d'un sentiment amoureux tout entier fixé sur l'autre dont elle ne révèle rien, qu'il entoure de tableaux et de personnalités d'une époque qu'il peint comme un maître. Les garçons parlent, parlent et c'est tout leur charme, mais ils ignorent parfois anka.gifquelle beauté et quelle intelligence les regardent et ouvrent un dialogue silencieux avec eux. De récits de piraterie et d'amour, il m'en a été donnés très peu à lire de si beau. Tout le long j'ai pris plaisir à être vigie ou sur le pont, pour voir les différentes couleurs de la mer ;mais aussi pour voir les règles du commerce assombrir une terre si belle et si fertile. Dans un contexte où le monde change, la fraternité garde le cap. Un sentiment étrange accapare mon esprit à la lecture de ce XVème siècle marchand. "La plupart des seigneurs ont tout perdu depuis que les villes ont grandi. Un jour, la roue tournera sur eux. Les futurs maîtres du monde, je vous le dis, seront les marchands." Lecture d'un siècle et du nôtre en miroir. On devait déjà l'an dernier au Baron perché "Charlepogne et Poilenfrac" à Roland Fuentes, l'un des meilleurs albums de l'année passée. On lui doit aujourd'hui ce roman original, hors norme qui pourra vous entraîner plus loin encore que les histoires et légendes qu'il vous rapporte avec talent. "- Dis moi que je rêve, Jorund. On ne peut pas traverser des mers et des continents seulement pour l'argent. Il y a forcément autre chose !"

A partir de 13 ans...

Roland Fuentes

29.08.2008

Dans la peau de Jersey Hatch

A Del. et C.M.,

Magnifique, bouleversant, une des grandes traductions en roman ado cette année, "une chaussette dans la tête" de Susan Vaught dans la collection Macadam chez Milan. Voilà un roman ado, qui a le mérite d'aborder un vrai sujet, sans en négliger l'écriture, et qui a même la singularité d'inventer une langue pour coller au plus près d'une reconstruction, d'une renaissance. Pas n'importe quel retour... Comment chaussette.gifrevenir dans sa famille, à l'école, parmi ses amis quand on a commis l'irréparable ? Quand outre le fait d'avoir mis sa tête en millle morceaux, on a aussi "exploser" par le même geste, ses proches ? On peut bien sur revenir fier, chanceux, pragmatique puisqu'on vous le dit d'avoir survécu -comme le dit sa mère tout en étant marqué d'une manière irrémédiable-. La chose est bien sur miraculeuse, la moitié de la tête arrachée et Jersey Hatch est bel et bien là, revient chez lui après deux ans de rééducation. Un trou du côté droit du cerveau ne laisse bien sur pas indemne. Il revient avec une cicatrice, la moitié d'un corps à trainer (mou et inexpressif), et un cahier de mémoire destiné à l'aider, à faire, à enregistrer, à s'organiser, à ne pas paniquer, à se contrôler... Retrouver une famille, la même et qui a changé, un ami qui n'en est plus un, une école où il n'est plus le meilleur mais repris, "le monstre". Dans sa tête un brouillon, un chaos de ce qu'il dit, de ce qu'on lui dit et de ce qu'il pense. Le même chaos tombe ou tourne mille fois dans sa bouche. On est bel et bien dans la peau de Jersey Hatch. Un garçon qui même s'il doit être fier, chanceux, pragmatique n'en a pas moins perdu la mémoire de son geste qui imperceptiblement semble avoir changé les choses autour de lui. Au milieu de toute cette étrangeté, le handicap se boursouffle, s'accentue, la cicatrice brûle. Comprendre avec le danger de revivre une scène qui est d'ailleurs la seule vision qu'il garde en rêve répété de ce jour. Un geste dans une chambre, la sienne ou celle d'un fantôme encombrant, chargé d'une poussière lumineuse, d'objet en rapport à ses anciens mérites. Pas de colère ou plus de colère, mais des "implosions", des paniques... De liste en liste dans son cahier de mémoire, la cause de son geste lui échappe de plus en plus ; autour de lui les gens sont replongés dans l'horreur. Et ces drôles d'échos que font sa bouche à ce qu'il pense ou dit. Un égoïste monstrueux mais il doit savoir, la rééducation n'est pas complète ; il doit retrouver la mémoire, déjoué les pièges et se contrôler, se débrouiller de ce handicap qui multiplie chaussette.gifles malentendus : "Je n'arrive pas à la fermer quand il le faut et je n'arrive pas à parler quand c'est nécessaire." Des mots, des pensées qui jaillissent de sa bouche ou qu'il retient et se mélangent au reste pour ressortir plus tard décalés, mélangés. Il est très sensible aux personnalités qui l'entourent qui dans la précipitation de ses pensées, la mal de tête, l'impressionant elles se transforment en allégories en oracle, en djinns qui l'apaisent ou qui l'affolent, l'initiant petit à petit aux dangers, aux impasses auquels il va devoir se confronter avec une bouche qui mélange tout, qui le fait avancer de manière accidentelle comme par précipitation. Autour de lui cette nouvelle quête inutile ou injuste, ramène quelques faits dont il ne s'imprègnent que tout doucement : "Tu avais l'habitude de rester bloqué sur les choses quand elles ne se passaient pas comme tu le voulais." Pas facile d'être peut-être responsable de son acte... Ralentir, recoller les morceaux, la retour de Jersey Hatch est une véritable odyssée, des pensées qui tournent, des mots qui tombent, dans ce retour inattendu, miraculeux Susan Vaught pointe certainement le cheminement qui mène à l'irréparable et avec une langue magnifique, et dans un corps accidenté nous fait vivre à quel point l'échange est sans doute une chose difficile pour laquelle il nous faudrait sans doute une seconde peau ou une seconde chance, et cela même à travers celle déformée de Jersey Hatch pour en maitriser les pièges, en déformer la langue et à nouveau toucher, comprendre ses proches et se connaître soi-même, sans doute l'épreuve la plus difficile. (J'invite beaucoup de mères à lire aussi ce livre, pourquoi !? A vous de voir). Inclassable, inoubliable, à partir de 13/14 ans.

23.06.2008

Mac Lir

A J.O. en partage...

"Nos amours nous protègent."

"Les enfants ne sont pas des imbéciles, ils savent très bien d'où viennent les bébés mais ignorent d'où viennent les adultes". Tomi Ungerer

    Avec le "Journal de Mac Lir", Jean-François Chabas nous donne la quintescence de ce qu'il a aussi expérimenté dans "Prières" et "Je suis la fille du voleur", précedemment commentés sur ce blog. Comment dire, comment écrire quand celui qui nous protège adulte ou divinité défaille ou chabas.gifn'est pas au rendez nous. "Quand on écrit un journal, c'est un peu comme si il devait être lu par quelqu'un". Etre encore là, tenir le choc quand un père au milieu de nulle part est ancré dans le silence et n'en sort plus. "On peut parler tout seul et écrire tout seul aussi". Le mot qui manque pour exprimer tout ça et vivre. "J'imagine que parfois il faut se débrouiller sans mot." Comprendre alors les silences de la nature, son langage. "Quand on regarde l'océan, c'est une petite guerre". A la limite d'une pièce de théâtre très épurée comme nous en parlions avec une bibliothécaire, Jean-François Chabas campe cette situation entre l'océan et le désert au bout du monde ou à la frontière du vivant. Déjà le nom du garçon nous dit sa nature, chabas.gifsurnommé Mac Lir, "fils d'océan" en langue gaélique, sang irlandais et australien. Sur cette plage ou ce désert, où un père part à la dérive devant les yeux de son fils, seul une tortue et un requin tigre qui passent près du bord dans l'eau claire deviennent les signes d'une présence ou d'un présage. Pour seul toit une cabane de pêcheur et une route qui ne semble pouvoir être prise dans l'autre sens. "On devient adulte quand nos parents deviennent des enfants." Un roman d'apprentissage, profond, sobre ou la mythologie que nous donne à lire Chabas très singulière donne un équilibre fabuleux à une histoire de vie. "Quand on est aussi heureux, on croit que ça durera toujours. Non ce n'est pas ça. On ne pense pas à l'avenir. On est trop occupé à être content. Maintenant je réfléchis sans arrêt à ce qui va se passer."

 

 

 

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30.05.2008

Un monde sans histoire

"C'étaient les meilleurs moments et les pires / C'était l'âge de la sagesse, l'âge de la déraison / C'était la saison de la lumière, la saison des ténèbres / C'était le printemps de l'amour, l'hiver du desespoir". Dickens. Histoire de deux villes.

    Impossible de passer à côté d'un livre conseillé en quatrième de couverture par David Almond, même si c'est un usage publicitaire courant chez les anglo-saxons. Il nous signale non pas un livre vendu à 1 000 000 d'exemplaires de part le monde, mais un grand écrivain. Ce livre : "Un monde sans rêves" de Nicola Morgan chez Albin Michel, collection Wiz. Elle nous offre en effet, dans une langue incomparable, une 471615933.gifoeuvre saisissante et magistrale. On ne peut ni parler de mouvement, ni de tendance pour ne pas tout mélanger ou minimiser les faits, mais il me semble que quelque chose de nouveau pointe son nez dans la littérature jeunesse, et "la brigade de l'oeil" de Guillaume Guéraud pourrait en être une version française. Une génération d'auteurs nourris à la mythologie du XXème siècle littéraire, cinématographique, idéologique et historique; mais aussi d'une insouciance extrême et ayant joui de ce qu'on peut donner de plus large comme définition de la culture... le XXème siècle n'étant pas cette fleur magnifique qui peut aussi vous causer les blessures les plus profondes tellement ce siècle contient autant d'artificiel et de profondeurs, de beauté et d'horreurs. Roman d'apprentissage, roman ado mais aussi roman de science-fiction, Nicola Morgan nous entraine dans un récit où se croise Orwell, Dostoievski, Austen ou Bradeburry, Huxley sans oublier leur père Dante ou Colridge sans que jamais la lecture en devienne un obstacle ou que le divertissement ne quitte un passage étroit, une ligne fragile vers 471615933.gifl'essentiel. Les siècles et les histoires qu'ils leur ont légués, doivent agir de concert pour nourrir notre présent ou une fiction futuriste qui ne rend qu'une marche progressive et hypothétique de notre temps. Est-ce un monde sans rêves ou un monde sans histoires de ces hommes et femmes du futurs tant attachés à leurs zones virtuelles de divertissement et à ne pas laisser leur sentiments ou états prendre d'autres proportions, que celles bien gardées que la société leur assigne. Une société qui s'est partagé le rôle des histoires et ne les a plus laissé au contact d'autres générant ainsi d'autres choses. Nicola Morgan ouvre notre boîte de pandore et comme Guillaume Guéraud plus que mélanger les genres, elle bouscule les réprésentations ou les recycle, car notre lecture des choses est aussi aujourd'hui très visuelle sans être pour le moins être appauvrie. C'est sans doute l'une des plus grandes surprises de l'année pour moi et de ces histoires qui se jouant des genres n'ont qu'un but, une quête précieuse, l'être et la littérature même si les décors à de telles histoires pourraient être de la même fibre artificielle et condensée dont usent les mangas les plus futiles ou les romans les plus prophétiques. Paraphrasons l'album Breton, l'image grâce son "éléctricité mentale" rétablit les "contacts primordiaux"...

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