23.06.2008

Mac Lir

A J.O. en partage...

"Nos amours nous protègent."

"Les enfants ne sont pas des imbéciles, ils savent très bien d'où viennent les bébés mais ignorent d'où viennent les adultes". Tomi Ungerer

    Avec le "Journal de Mac Lir", Jean-François Chabas nous donne la quintescence de ce qu'il a aussi expérimenté dans "Prières" et "Je suis la fille du voleur", précedemment commentés sur ce blog. Comment dire, comment écrire quand celui qui nous protège adulte ou divinité défaille ou chabas.gifn'est pas au rendez nous. "Quand on écrit un journal, c'est un peu comme si il devait être lu par quelqu'un". Etre encore là, tenir le choc quand un père au milieu de nulle part est ancré dans le silence et n'en sort plus. "On peut parler tout seul et écrire tout seul aussi". Le mot qui manque pour exprimer tout ça et vivre. "J'imagine que parfois il faut se débrouiller sans mot." Comprendre alors les silences de la nature, son langage. "Quand on regarde l'océan, c'est une petite guerre". A la limite d'une pièce de théâtre très épurée comme nous en parlions avec une bibliothécaire, Jean-François Chabas campe cette situation entre l'océan et le désert au bout du monde ou à la frontière du vivant. Déjà le nom du garçon nous dit sa nature, chabas.gifsurnommé Mac Lir, "fils d'océan" en langue gaélique, sang irlandais et australien. Sur cette plage ou ce désert, où un père part à la dérive devant les yeux de son fils, seul une tortue et un requin tigre qui passent près du bord dans l'eau claire deviennent les signes d'une présence ou d'un présage. Pour seul toit une cabane de pêcheur et une route qui ne semble pouvoir être prise dans l'autre sens. "On devient adulte quand nos parents deviennent des enfants." Un roman d'apprentissage, profond, sobre ou la mythologie que nous donne à lire Chabas très singulière donne un équilibre fabuleux à une histoire de vie. "Quand on est aussi heureux, on croit que ça durera toujours. Non ce n'est pas ça. On ne pense pas à l'avenir. On est trop occupé à être content. Maintenant je réfléchis sans arrêt à ce qui va se passer."

 

 

 

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30.05.2008

Un monde sans histoire

"C'étaient les meilleurs moments et les pires / C'était l'âge de la sagesse, l'âge de la déraison / C'était la saison de la lumière, la saison des ténèbres / C'était le printemps de l'amour, l'hiver du desespoir". Dickens. Histoire de deux villes.

    Impossible de passer à côté d'un livre conseillé en quatrième de couverture par David Almond, même si c'est un usage publicitaire courant chez les anglo-saxons. Il nous signale non pas un livre vendu à 1 000 000 d'exemplaires de part le monde, mais un grand écrivain. Ce livre : "Un monde sans rêves" de Nicola Morgan chez Albin Michel, collection Wiz. Elle nous offre en effet, dans une langue incomparable, une 471615933.gifoeuvre saisissante et magistrale. On ne peut ni parler de mouvement, ni de tendance pour ne pas tout mélanger ou minimiser les faits, mais il me semble que quelque chose de nouveau pointe son nez dans la littérature jeunesse, et "la brigade de l'oeil" de Guillaume Guéraud pourrait en être une version française. Une génération d'auteurs nourris à la mythologie du XXème siècle littéraire, cinématographique, idéologique et historique; mais aussi d'une insouciance extrême et ayant joui de ce qu'on peut donner de plus large comme définition de la culture... le XXème siècle n'étant pas cette fleur magnifique qui peut aussi vous causer les blessures les plus profondes tellement ce siècle contient autant d'artificiel et de profondeurs, de beauté et d'horreurs. Roman d'apprentissage, roman ado mais aussi roman de science-fiction, Nicola Morgan nous entraine dans un récit où se croise Orwell, Dostoievski, Austen ou Bradeburry, Huxley sans oublier leur père Dante ou Colridge sans que jamais la lecture en devienne un obstacle ou que le divertissement ne quitte un passage étroit, une ligne fragile vers 471615933.gifl'essentiel. Les siècles et les histoires qu'ils leur ont légués, doivent agir de concert pour nourrir notre présent ou une fiction futuriste qui ne rend qu'une marche progressive et hypothétique de notre temps. Est-ce un monde sans rêves ou un monde sans histoires de ces hommes et femmes du futurs tant attachés à leurs zones virtuelles de divertissement et à ne pas laisser leur sentiments ou états prendre d'autres proportions, que celles bien gardées que la société leur assigne. Une société qui s'est partagé le rôle des histoires et ne les a plus laissé au contact d'autres générant ainsi d'autres choses. Nicola Morgan ouvre notre boîte de pandore et comme Guillaume Guéraud plus que mélanger les genres, elle bouscule les réprésentations ou les recycle, car notre lecture des choses est aussi aujourd'hui très visuelle sans être pour le moins être appauvrie. C'est sans doute l'une des plus grandes surprises de l'année pour moi et de ces histoires qui se jouant des genres n'ont qu'un but, une quête précieuse, l'être et la littérature même si les décors à de telles histoires pourraient être de la même fibre artificielle et condensée dont usent les mangas les plus futiles ou les romans les plus prophétiques. Paraphrasons l'album Breton, l'image grâce son "éléctricité mentale" rétablit les "contacts primordiaux"...

22.05.2008

Comme d'hab' !

"Pousse la porte de n'importe laquelle de ces maisons qui nous entourent et tu entreras dans un véritable palais. La surface des choses n'est rien, Stéphanie."

    La surface de la couverture de "Skully Fourbery" de Derk Landy est d'ailleurs plus effrayante que son contenu. Je vois beaucoup de dames éviter ce livre sur la simple apparence d'une couverture qui je trouve, rend mal son contenu. Car c'est finalement un livre assez sage pour une 504081477.giffille à partir de 12 ans. Elles pourront y trouver comme d'hab' des événements, qui menacent d'inverser le sens du pouvoir. Comme d'hab' sous la surface des choses se cachent d'autres mondes partagés entre deux magies dichotomiques. Comme d'hab', une légende de spectre des anciens dont le pouvoir doit faire frémir tout le monde. Un méchant : Serpine, qui cache bien son jeu avec les anciens. Deux types de mages, les adepetes et les élémentaires, un brun d'originalité. C'est bien sur un monde où l'on est attaqué deux fois par nuit, donc un monde où l'on a pas trop le temps de s'ennuyer comme dans ce monde fait de voisins curieux et de tantes détestables. Pas mal de combats dans les airs, magie sucker... Des combats assez bien 504081477.2.giforchestrés, le cv de l'auteur atteste une expérience des sports de combat. Mais pour moi le charme de ce bouquin réside sans doute  dans de sympathiques dialogues d'une jeune fille, Stéphanie (un peu naïve tout de même) et Skully, un squellette vivant, dont on apprend vite à apprécier les humeurs et la bonté même si tout ça n'est pas très visible chez un squelette. Derek Landy n'a pas non plus son pareil pour peindre des vampires d'opérette, un troll qui sort à minuit et de sales méchantes bêtes, qui peuplent un labyrinthe dégoutant, bref du comme d'hab' avec un style, une histoire bien foutue, un bon divertissement... Une enquête fantastique !

16.05.2008

Voleur de vies

    Lorsque j'étais enfant, je prenais souvent la ligne 1. A l'époque, je devais arriver à la hauteur du sac à main de ma mère, ou un peu plus. Des bruits couraient alors, que des pickpockets officiaient sur la ligne de trolley bus. Sans vraiment faire attention un jour, j'en surpris un en 1590443211.jpgpleine action. J'étais tellement stupéfait que je ne dis rien et observai un geste, qui ne dura en fait que quelques secondes mais le temps s'était arrêté. J'avais l'impression d'être spectateur de l'invisible, d'une chose que j'étais le seul à voir et à avoir vue. Dans les voyages qui suivirent, je cherchais en vain la répétition d'une scène identique. Le dernier vol dont je fus témoin sans m'en rendre compte tenait pour moi de la pure prestigitation... Petite intro personnelle parce qu'une lecture me ramène à ces souvenirs et un autre souvenir encore, cinématographique celui-là. Je ne sais pas si vous avez déjà eu l'occasion de voir "Pickpocket" de Robert Bresson, un film tout à fait fascinant... Dans les premières scènes du film, il y a la rédaction d'un texte : "Je sais que d'habitude ceux qui ont fait ces choses se taisent ou que ceux qui en parlent les ont pas faites..." Ce point de départ d'un film extraordinaire pourrait m'aider à introduire un roman ado tout à fait singulier que j'ai lu ces derniers temps : "Voleur de vies" de Franck Andriat. De quel "voleur de vies" d'ailleurs devrais-je vous parler ? Le roman qui se fait le récit d'un jeune homme solitaire et singulier qui cultive son "art" et fait une seule entorse aux règles d'une pratique presque invisible, garder la pièce d'identité de ses victimes et pointer une carte de leur provenance... Ce personnage hyper-réaliste n'hésite 373688447.gifpas dès le début à afficher une fascination peu ordinaire pour une bestiole à laquelle il trouve certainement la même fugacité que le pickpocket puisqu'il choisit le nom de la bête comme pseudo : "Moi, c'est Lézard. J'aime ces bestioles qui se débinent comme des fusées dès qu'elles t'ont piqué la miette qui est tombée de ton sandwich. Tu les a déjà observées ? Elles glandent au soleil, complètement béates, et si tu les regardes, tu pourrais même croire qu'elles sont mortes de bonheur. Mais, en les examinant mieux, tu remarques leur tête dressée, leurs yeux vifs comme des balles de fusil, leur corps tendu, leur pâtes prêtes à te gifler et soudain, si tu bouges un peu fort un cil, leur immobilité se transforme en une flèche agile et elles filent..." Plus qu'une fascination, ce choix illustre aussi sans doute à merveille la marginalité et la répulsion qu'il doit nous inspirer... Si je dis hyper-réaliste, ce n'est pas vraiment innocent, ni exagéré. D'abord pour avoir rencontré un jour Franck Andriat, j'aimerais savoir de quelle manière il a composé ce personnage si vrai, si rétif, violent, un peu éloigné de l'image que je me fais de son auteur. Plus d'un gamin devrait aimer ce personnage insaisissable et désespéré, si proche du milieu qu'il est sensé incarner. Son auteur 373688447.gifpour rendre sans doute  plus fort encore son héros n'a bien sur pas hésité à le faire tomber amoureux alors qu'une des règles qu'il s'est fixée est bien sur la solitude, raisons professionnelles et raisons personnelles obligent. Les émotions révélent bien des choses et permettent le doute, la remise en question, le flash back mais elles permettent aussi encore une fois une plus grande visibilité de ses modes opératoires. On assiste captivé à une leçon de chose tirée de l'observation d'un groupe de pigeons. Mais cette aventure est sans doute là aussi pour nous entraîner dans un nouveau degré de réalisme, magnifique quand il décrit le flirt et inquiétant quand elle se développe. Leur relation n'est-elle pas d'ailleurs dès le départ un pacte hors norme, une rencontre trop incroyable pour être vraie. Il faudra juste un peu de rêve et une autre rencontre celle-là, pour que d'un seul coup la réalité prennent une autre nature et qu'un autre récit ou le même apparaissent avec le même titre : "voleurs de vie". Frank Andriat nous donne un roman unique, parce qu'il se joue à merveille de la répulsion ou de l'empathie qu'on pourrait avoir pour son héros. Il nous donne aussi une histoire d'amour  aussi réaliste que belle dans la description de ses effets et de son déroulement. Elle nous emmène surtout là où l'écrivain et le pickpocket peuvent se rejoindre malgrè les apparences ou une certaine réalité (sociale celle-là). Un livre qui n'enferme pas son sujet et lui laisse toute sa force, une nouvelle version de Pygmalion. Il se rapproche beaucoup de ce que j'appelle un très bon roman, un vrai sujet et une forme que l'on invente pour ne point trahir ce sujet. A partir de 15 ans ! C'est chez Grasset, collection grand format...

07.05.2008

Quelque chose à te dire

"- C'est là dit le chauffeur. La porte du fou. Juste devant vous."

    Il y a une règle en famille, la règle du "comme si". Une règle qui consiste à ne pas remuer de vieux souvenirs, faire "comme si"... Quand Ariane part chez sa grand-mère contre l'avis de ses parents, elle est bien décidée à observer cette règle. Elle ne doit s'intéresser qu'à son sujet d'arts plastiques. Pour le faire, elle a décidé de questionner sa grand-mère, une inconnue pour elle, mais une artiste très connue, Julia Legohen, la 497678303.giffille spirituelle de Berthe Morisot et Nicolas de Staël selon la presse. Elle vit pourtant comme une reclue avec une compagne en Bretagne sur une île. Le projet n'est au départ pas insurmontable, et l'artiste parle de son travail sans pudeur. Elle se prête au jeu de sa petite fille. Elle ne sont pas tout à fait inconnues l'une pour l'autre et le vernis craque, se fissure. L'exploration de l'île, sauvage, donne à penser. Quelque chose se reserre sur ce huis clos artificiel. Il y a en dessous un secret, un secret de famille. Quelque chose de tragique dont cette île pourrait bien être le décor. Les parents "s'accomodent" de l'oubli, les enfants ont du mal à faire "comme si". Un très bon roman, Marie-Sophie Vermot est une voix singulière. "Quelque chose à te dire" dans la collection medium à l'école des loisirs.

23.04.2008

Legende

A Del.,

    Il y a un livre en ce moment en jeunesse, qui je l'espère deviendra une légende. Non pas un succès à trois millions d'exemplaires, mais plutôt l'un de ces livres que l'on conserve, que l'on maintient dans son rayon jeunesse pour ados et pour adultes, un livre si particulier et si universel qu'on ne le laissera ni au grand capital ni aux oubliettes, un livre dont on espère que les amants ou amoureux ou compagnons comme vous 692849327.gifpréférez, de tous âges viendront le prendre pour continuer ce dialogue échevelé et profond, qu'ils ont entamé. Ce livre pour moi aura la même place que "amourons-nous", "moi, j'attends.." ou "j'aime t'embrasser"... Ce n'est pourtant pas un album, mais un roman même si sa forme est plus qu'originale comme fragmentée, très courte. Son titre contient sans doute tout ce qu'il donne à sentir ou à penser "J'ai besoin de toi plus que je ne t'aime et je t'aime si fort". Un peu long sans doute, mais n'enlevez rien au risque de l'amputer de toute sa signification. Ce livre est de Gunnar Ardélius, suédois je suppose, traduit par Ludivine Verbeke, collection Naïveland chez Naïve. On signale aussi la traduction, car il n'a sans doute pas été évident de rendre toute la sensibilité contenue dans ce livre. Car s'il ressemble en effet, aux premiers cités par une fantaisie propre aux premiers instants amoureux, aux premiers échanges et jeux, mais il contient aussi toute une gravité qui ne dit pas complétement son nom. Mélangeant dialogues et récits distanciés usant de la troisième personne du singulier, ce texte mélange les temps sans en fixer un seul mais n'est-ce pas le propre des commencements d'une histoire d'amour ? Il mêle aussi toute la lègereté, l'angoisse, la liberté qu'amène un tel sentiment. Par touche successive, il livre 692849327.gifaussi d'où viennent les protagnistes ou héros -j'ai envie de dire- d'une telle aventure car la chose est aussi périlleuse et inédite. Le garçon qui est sans doute le sujet principal de ce livre, a une histoire et si on n'entraperçoit que de temps en temps son père, on sent que quelque chose met peut-être en péril cet envol vertigineux et amusant qui n'a pour centre de gravité en apparence, que deux coeurs. Je n'ai pas souvent rencontré autant de légereté et un tel pressentiment de la fin. Une petite merveille. Un court extrait peut-être qui pourrait donner une brève idée d'une des pages de ce livre, il n'y a aucun texte ni avant, ni après, comme si chaque page était à considérer comme un instantané, un moment de cette histoire que l'on soit dans la sensation ou le sentiment -comme il n'y a non plus aucun numéro de page- : "Il écrit un mot pour s'en souvenir. Lorsqu'elle viendra, il ira chercher le morceau de papier et le lui présentera. L'espace d'un instant, tout se trouve là, en même temps : dans sa tête, sur le papier, et devant lui."

 

22.04.2008

La vie en Haïku

    Dominique Mainard offre à la jeunesse un beau titre, son premier en jeunesse : "ma vie en dix-sept pieds", dans la collection neuf de l'école des loisirs. Le titre ne vous paraîtra peut-être pas très intelligible. Dix-sept pieds = cinq / sept / cinq pieds. Le format d'un haïku. Mais ne vous inquiètez surtout pas, elle ne cherche pas du tout à vous entraîner dans les méandres de japonaiseries complexes. Elle vous en offre juste 515789866.gifune illustration très réussie en chapotant chaque chapitre de son roman par un haïku. Exemple : "Un tee-shirt orange / Un bras nu contre le mien / Et je me souviens." S'ils chapotent ainsi chaque chapitre, ils sont aussi l'expression ramassée d'une sensibilité, celle de Gaspard, qui de son père et de son petit frère a hérité de cette forme d'expression. Il concentre ainsi son sentiment, une sorte de résumé poétique, un condensé d'impression, de sensation. S'il tient particulièrement à cette forme, c'est aussi parce qu'elle lui reste d'une vie d'avant, celle où son petit frère était encore vivant et où ses parents vivaient encore ensemble. Il profitait donc de cet art ramené du Japon par son père, pour ramener à son frère hospitalisé l'essentiel du dehors. Mais la vie de Gaspard, un peu malgré lui est en train de changer, de se redéployer. Un nouvel appartement avec sa maman, et hélas ou heureusement, une experience complétement inédite : le centre aéré. Et dans ce centre aéré : "Un peu de violet / Au milieu de tous ces cris / Elle disparaît." Et une forte impression ou la naissance d'un sentiment : "Tu ne bouges pas / Pas un geste ni un mot mais / Je sais qui tu es." C'est fin, c'est beau, c'est sensible, c'est vraiment chez les ados en ce 515789866.2.gifmoment une belle surprise. Parce qu'en plus d'évoquer l'absence plus que la perte, c'est à une véritable renaissance toute en nuance que nous invite Dominique Mainard. Ou plus qu'une renaissance, la naissance aussi à un sentiment inédit qu'elle a su rendre avec des attitudes et des sentiments à eux : l'amour. Ce sentiment étrange qui naît quand on a mille pensées et le courage de très peu d'actes ou l'on s'empêtre dans la maladresse, où il s'agit de se dégonfler une nouvelle fois ou d'y aller. La timidité vous paralyse, toujours mal placée. Gaspard revient à la vie après une anesthésie, petit à petit, amitié, amour, déménagement, tout reprend forme et couleur. Il vit cet âge où l'on pense à quelqu'un tout le temps, mais où il vaut mieux faire semblant du contraire. Parce qu'il y a une certitude dans tout ça et ce n'est pas un haiku : "Je sais qui tu es, tu es toi, tu es toi qui t'ennuies comme un rat mort au centre aéré et qui arrives à te barrer de là rien qu'en regardant tes pieds !". Il y a une chose aussi dans ce roman qui vous fera franchement rire, je l'espère, c'est la description qu'elle fait d'un centre aéré, de ses monos et bien sur de ses ateliers...

21.04.2008

Prières

    Qu'est-ce que la prière ? Moi qui suis pourtant baptisé, et plutôt agnostique aujourd'hui, je n'ai jamais été pratiquant mais enfant, cet acte m'a toujours intrigué. Hors de toute croyance, cette pratique ne serait-elle pas aussi une matière romanesque inédite pour croiser des vies, l'expression d'individus toujours seuls même si bien sur ils ne le sont pas. Qu'est-ce qu'elle dit la prière selon là où l'on vit, là où l'on décide de parler à Dieu ? Quelle est sa 1590189723.gifvéritable nature ? Un dialogue ? Une demande d'aide, de soutien ? De quelle manière en priant, parle-t-on de ce que l'on vit ou de ce que l'on ressent ? Arrêter l'enfer sur terre, est-ce une de ses motivations ? Est-ce que le fou prie aussi ? L'enfant, la mère, le jeune, le vieillard, est-ce la même prière ? Comment interpeller Dieu ? Lui dire quelque chose ? Le supplier, l'apostropher, donner le sens que l'on veut à son existence, douter de son existence... Quelle distance dans ce rapport ? Vaut-il mieux s'adresser au bon dieu plutôt qu'à ses saints ? La prière ne permet-elle pas de retranscrire l'essence d'une épreuve, son sens si elle en un bien sur ? Est-ce une manière de parler franchement même si l'on ne sait jamais trop à qui l'on s'adresse ? Une manière toute simple de s'isoler et de faire le point, un monologue fluctuant des variations d'une vérité intérieure... Qu'est-ce qu'un croyant dit à Dieu ou à la vierge quand il fait la guerre ? Se dit-il soldat de Dieu dans sa prière ? Qu'est-ce alors qu'une prière : un journal intime si on le retranscrit ? Un rendez-vous particulier ? Un bilan ? Ne s'y plaint-on pas d'un mari, de la pêche, d'une guerre, d'un manque, d'une femme ? Est-ce l'occasion de s'émerveiller ? De rappeler à celui qui créa l'homme ce dont il a une part de responsabilité ? Est-ce pour faire le point ? Changer les choses ? Etre en quête de sagesse par un intermédiaire abstrait ? De quoi est faite la prière d'un vieil homme de 73 ans, d'un jeune homme de 17 ans, d'une femme de 49 ans, d'un autre jeune homme de 21 ans ? Ont-ils la même prière au fur et à mesure des années selon qu'ils habitent Haïti, le Mexique, Le liban ou l'Ecosse ? A des époques différentes... Prosper Lesage, vieil haitien de 73 ans demande son sang et parle aux roses, des papa Meillant ; Amine Salomé, 17 ans, 1986, chrétien maronite, rappelle dans sa raison devenue folle qu'Israel signifie "guerrier de Dieu" et sa prière doit guider ses balles contre tous ces croyants devenus armés. "Je fais bien, n'est-ce pas, vierge Marie ? Oui, je fais bien." Dolores Rivera, 49 ans, 1928, bonne 1590189723.gifmère qui pose des bonnes questions et ne remet pas complètement en question sa foi, même si son fils devenu prêtre est vaniteux. "Est-ce bien vous qui décidez ?". Jack MacIain, 21 ans, le plus contemporain, pêcheur en Ecosse qui jure, aime Alba et a décidé avec son franc parler de ne ne pas lacher avec ses histoires de coeur son saint patron, saint Pierre. Je trouve ce "roman" assez fascinant et je m'interroge sur la forme que son auteur a choisie sur trois romans dans la collection medium et neuf à l'écoles des loisirs, cette année. Des journaux intimes en quelque sorte à chaque fois, même si ici les pages en sont des prières. Il y a quelque chose de très dynamique, de très direct dans cette nouvelle forme qui s'illustre sur trois récits fort différents. Plus il avance, et plus les prières avancent en âge, il s'amuse de cette forme, inventant une personnification du démon pour un écossais ou un miracle macoute. Etrange franchise dans ce dialogue de soi à soi, j'ai  envie de dire. Monologue ou journal intime, ces prières se chevauchent et rendent gravité et légereté du monde, intimité et conscience du monde. Pour adultes et ados, "Prières" de Jean-François Chabas dans la collection medium.

11.04.2008

Chasseur noir

"- Alors bon courage, professeur. New York est une ville dangereuse. Seul le diable y danse, et il a de grands pieds..."

    Il pleut. Temps idéal pour la lecture... Mais au vue du nombre de sorties en fantastique, il faudrait qu'il pleuve encore longtemps. Comment choisir ? Aucun outil, rien... L'instinct !? Je commence par la couverture, et celle-là plus sobre que les autres mais assez fine m'a attiré l'oeil, et puis un nom qui n'est pas n'importe qui en jeunesse, Michel Honaker. Un thriller fantastique pour ados à l'américaine, pas très éloigné d'une 1721583373.gifmanière de monter des séries, multiplicité des points de vue, des personnages qu'on lache par ellipses successives. Un décor : New York. Qui n'aime pas le mystère ? C'est vrai ! Une jeune prof de philo sexy, un démonologue, spécialiste en démonologie et traditions anciennes avec un nom à coucher dehors, Ebenezer Graymes... Un lieutenant de police qui a de la bouteille et un jeune stagiaire avec lui, une paire de flics quoi... Un brin de micro-technologie, les mêmes flics qui se grattent la tignasse courte, des dialogues au carré, un virtuose de l'informatique, un cimetière de carosserise. Tout est très visuel, des décors de carton pate un peu cramoisi, un innocent, des blêmes, de l'humour comme une série noire pour les plus jeunes. Pas de grande surprise mais une manière, une écriture, attention "la sorcellerie n'est pas une plaisanterie". Alors une certaine froideur, des ombres menaçantes, un air lourd parfois. Notre héros est démonologue mais aussi régulateur, dans cette ville devenue un champs de bataille des esprits occultes, celui là doit revenir pour équilibrer, réguler les forces. Mais un ground zero, une béance qui appellent les ténébres. Le monde des affaires et de la politique, fait de plus en plus appelle à la 1721583373.2.gifsorcellerie. N'est pas régulateur qui veut, c'est même douloureux. Quelques costumes mais Michel Honaker sait tailler un costard sur mesure aux clichés qu'il mène à la baguette. Une belle demeure, la mort ou l'assassinat d'un maire puissant, une étrange librairie (elles sont toujours remplies d'incunables, dans ce genre d'histoire) Mélange des genres... Un sceptique, un terre à terre et un spécialiste, un occultiste. "Ici je reste. Ici je veille" dit le régulateur. Le fantastique dans le "Chasseur noir", c'est ce qu'il y a de plus beau. Il convoque l'étrange, dessine les forces en présence, donne à ses personnages un corps et une âme. Le polar, c'est la trame, du sur mesure, du cliché de série mais bien écrit ! J'y ai trouvé ce que je cherchais, un peu de frisson dans le dos par temps de pluie. (Attention rien à voir avec les sinistres chasseurs noirs que les ukrainiens et polonais ont hélas connus pendant la seconde guerre mondiale, aucun lien). J'oubliais : collection tribal chez Flammarion... A partir de 13 ans...

19.03.2008

Reich kamikaze

"Tu n'es rien, ton peuple est tout". Mein Kampf

"La guerre est comme un train fou prisonnier de ses rails. Un conducteur suffit à entraîner avec lui, de gré ou de force, tous ses passagers."

" - Je vous l'avais pourtant assez répété, les gars : la guerre, c'est de la merde. Maintenant qu'elle s'est payé votre peau, regardez : on nous envoie des gamins pour vous remplacer. Après, ce sera quoi ? des filles, puis des bébés pour conduire les panzers ?" 

    S'il y a une chose que je n'aime pas, c'est quelqu'un qui vous passe un livre et vous en donne un jugement definitif. J'ai la même impression que pour quelqu'un. Je n'aime pas non plus, quand je trouve juste après le marque page de la personne, arrêté à la page 50. Bref, peu importe, mieux vaut se taire que de dire n'importe quoi. Moi ces 50 premières pages je les trouve à la hauteur d'un gamin de treize ans, qui à travers cette histoiire va grandir et aura un jour seize ans, et a vécu une époque bien particulière. Une époque que la plupart du temps les 666810953.gifauteurs jeunesse nous font connaître du bon côté de la barrière si je puis dire, victime de l'occupant. A l'époque en Allemagne, vivent aussi des enfants et des allemands dont on peut se demander s'ils n'ont pas été tous des "bochs" à en lire la presse sur les récentes révélations de la jeunesse de Günter Grass.. Certains allemands ont en effet résisté au nazisme, et certains allemands n'ont pas vu d'un très bon oeil leurs enfants partir à un moment contraints et forcés pour les jeunesses hitlériennes. Mais ce roman très documenté et mettant en place une graduation très précise qui nous montre un garçon qui grandit dans ce contexte si particulier, n'est pas là pour montrer quiconque du doigt. Mais dénoncer grâce à l'art du roman un mensonge, un mensonge qui coûta la vie à plus de 60 000 000 de personnes, et un jour à un groupe d'enfants qui voulurent devenir de grands aviateurs, des héros. Mais le régime appelant au sacrifice sans arrêt n'en a finalement fait que des kamikazes involontaires du reich. En avril 45, 120 garçons de seize et dix sept ans volèrent pour la première fois à la rencontre de 1400 bombardiers américains protégés par 500 chasseurs. Ils pensaient sauver une nation "humiliée" comme ils avaient pu le voir dans un film peu de temps avant, et comme ils avaient pu l'entendre de leur héros à tous Erich Hartmann, 300 victoires aux combats. Ils n'allaient pas à la mort, sans munitions, avec un parachute, lancés à 500 km/h sur des forteresses 666810953.gifvolantes. Ce n'est bien sur pas le premier mensonge car le héros Arthur, n'est pas à la base un petit nazillon en herbe et plutôt tout le contraire, c'est pourquoi les 50 premières pages nous permettent de partager sans doute ses derniers moments d'innocence. Il est même un peu réfractaire, sans grande connaissance du monde qui l'entoure, ses parents ayant tout fait pour l'éloigner de ça. Mais l'organisation dans laquelle il rentre n'a rien d'innocent, et excelle à manipuler un enfant. Il y a aussi la propagande, qui rend la mort joyeuse et sacrificielle, qui ressort des devises de gladiateurs "sang et honneurs", qui compartimente, complimente, fait marcher au mérite et à l'impatience. Mais ils savent aussi manipuler des sentiments profonds comme l'indignation, ou orienter des aspirations vers d'autres buts. Le plus grand rêve d'Arthur est de voler. Certains passages alors que ce livre est pour enfant, m'ont rappelé une vision de "bleu du ciel" d'un autre auteur, adulte celui là. Des enfants en marche, inclus dans la machine de guerre comme des automates, oubliant amis et famille. Jeunesse et propagande, un sujet tout de même un peu inédit en jeunesse, et au coeur de tout cela autre chose, la vie sans doute : "Il est bien certain que dans ce monde rien ne rend un homme nécessaire si ce n'est l'amour." (Goethe)

A partir de 13 ans, "Envol pour le paradis" de Jean-Marie Defossez chez Bayard 

l'auteur 

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