20.08.2009
Missing in action
Je dois m'occuper cette année des romans jeunesses et des romans dits "historiques", alors allons y, la chose ne m'a jamais trop déplu même si l'appelation me semble restrictive, voire pour certains romans sans doute péjorative...
"Dans l'ouest, il n' y a pas de morale."
"La barbarie n'est pas seulement indienne. L'homme est un être abominable."
Western ? Non, un peu plus qu'un western, un peu plus qu'une bataille de cow-boy et d'indiens, même si depuis très longtemps je suis fasciné par ce type d'histoire. Dans celle-ci, il y a d'abord l'avant-propos d'un éditeur qui en rajoute, en certifiant l'authenticité des documents qui ont permis d'établir ce récit. C'est à une véritable épopée que nous convie "la saga des quatre rivières - Little Bighorn" de Jean-Aguer dans la collection pocket. C'est l'histoire véridique de O'Neil, irlandais d'origine qui laissa ses notes et galopa dans les
sabots du général Custer jusqu'à sa fin. Custer !? Ou cul-blindé, surnommé aussi le centaure ou "bouclette", une légende, un pur soldat et un "excentrique", une homme dont plus d'un indien a rêvé du scalp généreux et flamboyant, un homme qui se prenait pour Alexandre, plus jeune héros de la guerre civile, surhumain et démoniaque pour les indiens, symbolique pour l'Amérique toute entière. Le soldat O'Neil a lui tout à apprendre mais attire l'attention du héros et du tueur d'indien. Avec lui il est généreux et courtois. Une manière de sortir la tête de ce régiment de putois. Notre héros n'a que dix sept ans, a menti sur son âge pour être intégré dans l'armée, et est une vraie page blanche. Tout peut-être raconté à nouveau, écrit, de la bible au saloon, du bordel, de la vie de caserne à l'ouest inconnu et sauvage mais aussi dangereux et violent. Il y a le poker et les sioux comme dans dans bien des récits, où l'on avance à cheval rêvant d'autre chose. La guerre qu'il mène nous ramène même étrangement à notre époque. Ne fait-il pas partie comme 40 % de l'armée de ces étrangers qui partent à la guerre pour obtenir la nationalité ? Ne mène-t-il pas non plus une guerre guerre classqiue contre une armée ou plutôt une guérilla invisible (hstoire de guerre "conventionnelle") ? On a du mal à imaginer je pense aujourd'hui ce que fut par exemple le 7ème de cavalerie en guerre contre les indiens sur leurs territoires (1500 hommes, plus de cinquante charriots...) . Ne menait-il pas non plus une guerre de colonisation avec tout ce que cela sous-entend d'hypocrisie poilitique, de détournement d'opinion et d'incohérence entre l'armée et les civils ? N'est-il pas non plus membre de la plus belle armée et de la mieux équipée la plupart du temps faces à des voleurs de poules désorganisés mais efficace ou de véritables guerriers si terrifiants qu'ils se paient aussi le luxe de porter juste le coup pour marquer des points et prouver
leur agileté sans tuer ? Ce qu'il observe c'est ce qu'il lit en apprenant à lire dans le même temps et ce qu'il rencontre dans la bible. Un discours : la bible dit oeil pour oeil dent pour dent. Mais regorge aussi d'histoire pleine de héros, de traitres et de jaloux... "Le sang gicle de partout" et la peur s'immice dans les rêves mais petit à petit une conscience nait dans l'ombre du "Squaws killers" (tueur de femme indienne) Avant tout il écrit, note sans trop savoir pourquoi : "Je ne sais pas pourquoi, mais je me sens investi d'une mission personnelle qui est de mettre noir sur blanc ce que je vis actuellement : dans tous les détails." Il n'est pas au bout d'un seul paradoxe comment se peut-il en effet que "les gens fascinants ne soient pas toujours très sympathiques. Mais l'inverse est vrai, alors où est la vérité ?" De vérité, il y en a peu et quand on est soldat mais irlandais on sent instinctivement le parti des opprimés, indien ou sudiste. Son régiment affecté pour un temps dans le sud pour défaire la première structure du Ku Klux Klan, il médite sur la curiosité du monde et les hasards de la vie. Bon soldat et chanceux, il va jusqu'aux limites de ce que veut dire être américain : "J'ai atteint les limites des grands mots qui soutiennent les fondations de la société à laquelle j'appartiens - honneur, devoir, amour, absolu." L'épopée est aussi intérieur. Comme un indien dit souvent, Crazy Horse (qu'est qu'on a pu rire avec cette phrase enfant), "c'est un beau jour pour mourir" mais ça est-ce que Custer presque immortel le sait ou fin de l'ignorer car c'est un voyage au bout de l'enfer que nous propose ce livre. L'arrivée à Liitle Bighorn m'a donné comme lecteur l'une des plus belle trouille de ma vie... Il est nécessaire pour s'approcher de la fin de relire Armagedon : "Et ç'a été des éclats, des voix, des tonnerres, et ç'a été une grande secousse telle qu'il n'a pas été de pareille secousse, aussi grande, depuis que l'homme a été sur la terre". Reste en suspens, cette phrase d'un indien au dessus du charnier, comme annoncé déjà comme dans un rêve éveillé : "il est inutile de tuer si c'est vraiment nécessaire..." J'ai hate de lire un jour un critique ou un historien qui se penchera sur la fabrique américaine de récit contemporrain car pur produit, scénario idéal, cette histoire nous emporte progressivement et la dramatisation est parfaite. Plus qu'une histoire de tuniques bleues et d'indiens... Récit d'un engagé et d'un invisible auquel rien n'a pas pu échapper.
17:58 Publié dans Roman historique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : jean-georges aguer, la saga des quatre rivieres, little bighorn, custer, pocket, irlandais, indien, western, ouest américain, ku klux klan, épopée, bible, histoire américaine
18.08.2009
La chanson
Je dois m'occuper cette année des romans jeunesse, et des romans dits "historiques", alors allons-y, la chose ne m'a jamais trop déplu, même si l'appelation me semble restrictive, voire pour certains romans sans doute péjorative...
"Dans Rome, tout courait à la servitude". Tacite
Pour commencer, j'avais envie de me coller à un succés récent dont on m'a fait l'éloge à plusieurs reprises, paru en poche il y a peu : "Le Montespan" de Jean Teulé, chez Pocket. On connaît la chanson. Vous savez : "Il avait nom corne d'Auroque".(Brassens) Cocu du roi, n'est pas être un cocu classique. On peut en tirer avantage et honneur mais il est un abus de pouvoir. Tout aussi injuste et cruel
pour le cocu qui le vit, cette "fonction" impose le silence tant qu'on est pas remis dans ses droits ou peut vous exclure définitivement de la partie qui se joue à la cour. Il se peut aussi que celle qui vous trompe avec le roi vous aime encore... Ce qui fait qu'à se débattre avec ce tout nouveau "statut", on en tire une sagesse et une certaine noblesse. L'affaire ou le récit de cette affaire plutôt, commence à la sortie d'une partie où sous les masques et les noms se dissimulent mal, gales, dents pourries et petite vérole qui se partagent ces morceaux de noblesses nocturnes aux talons rouges. On dirait des acteurs sortis tout droit de Velvet Goldmind en pleine décadence, le ver est dans le fruit comme pour les généraux d'Empire de Patrick Rambaud. Les duels déciment l'aristocratie, on se met des torgnolles dans la rue, et on a un gout consommé pour ce mépris qui reprend de la force à notre époque : les malheurs du peuple sont la volonté de Dieu et ne méritent pas qu'on gaspille ses sentiments. La chose la plus importante au monde est une renommée. Dans cette course effrénée au luxe et aux honneurs, une dame, très belle si l'on en croit son mari, la Monstespan se distingue. Elle brocarde par sa verve, et lance une mode la coiffure à la huluberlu. Jean Teulé ne rate rien d'une mode, d'un mot ou d'un détail de la vie pratique. Il sait décrire le raffinement, décrit avec une grande maitrise le goût d'une époque pour le libertinage et pour ceux qui sont resté un peu sur la fin de leur questionnement de collège sur le comment l'on chie à Versaile. Il ne nous épargne aucun détail des modes de vie des nobles et de leurs serviteurs de l'époque. Tantôt cru, tantôt
vert, il nous balade dans ce décor d'époque de scène en scène par une vessie qu'on éclaire et qu'on loue pour combattre l'obscurité des rues et le danger qui va avec. Comme le dit la chanson, les maris sont toujours les derniers à ouvrir les yeux sur la réalité de leur infortune, et déjà dans les rues on chante et on commente le théâtre des opérations, brocardant les défauts ou les vertus des nouvelles courtisanes. Le cocu est un autre astre dont on ne rit pas toujours car son infortune est révélatrice des excès et peut-être de la décadence d'un monarque bien trop autoritaire vivant en plus dans le péché malgré sa nature quasi-divine. L'injustice n'est donc pas qu'avec le peuple mais aussi avec les nobles, n'est-il donc pas ainsi le plus injuste des tyrans ? On s'interroge pendant qu'un coeur s'égare et déraisonne ajoutant à ses armes des cornes géantes. Le malheur ouvre parfois les yeux sur ce qui se passe autour de soi. Le cocu incommode. Un livre tout entier écrit sur le poids des cornes. Très vite les heures des heureux pêle-mêle, des jeux à colin-tampon fait place à la douleur mais aussi à l'audace et au courage. On chante bien des chansons comme "auprès de ma blonde" et on se fait une raison de la fin de cet amour tragique, dont on rit non sans empathie car si la beauté de la Montespan a pu séduire le roi, le contact du marquis de Montespan invite à la réflexion et descille de manière très amusante sur bien des choses de l'époque. Un personnage atypique. Et c'est mille fois mieux qu'un Gallo sur la même époque, même si Jean Teulé se veut moins sérieux.
12:21 Publié dans Roman historique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : le montespan, jean teule, pocket, roman historique, marquis, cour, cocu, poche, brassens, hurluberlu