11.03.2008
Coffee
numéros favoris était une fois par an, de montrer le jeune prodige, le jeune qui avait sorti un livre et qui souvent aussi sortait tout juste d'Henry IV... A l'époque, être écrivain c'était avoir au minimum 40 ans. Les choses n'ont guère changé sauf peut être une expérience de taille: la collection Exprim' chez Sarbacane. Cette collection tend de plus en plus à dépasser le cadre "grand ado" qu'elle s'était fixé, pour offrir de nouvelles voix et une génération d'écrivains au début de leur vie, comme de leur travail d'écriture. Partie aussi d'une recherche d'écriture urbaine comme le voulait Tibo Berard, elle amène aujourd'hui une prose nouvelle, "jeune" et sans étiquette, un lieu d'expérience, un tremplin. "1974. C'était né." Koffi, personnage d'un roman unique et magnifique était né. Il aura quatorze chapitres pour avoir 60 ans. 60 ans et quatorze chapitres pour qu' Edgar Sekloka raconte, imagine la vie d'un homme avec en lui le germe, la spécificité d'une enfance, la sienne. 60 ans, c'est la phrase de Malraux qu'il met en exergue au début du roman. "Il faut soixante ans pour faire un homme." Pari important pour un jeune écrivain et un premier roman. "1985. A onze ans, Koffi lisait des polars et portait des vêtements trop grands pour lui.""Il se voulait contraire à sa mère." Sa
mère : "Madeleine, ses traits Bami, ses yeux Douala, sa peau Béti avaient disparu, masqués par un fond de teint trop appuyé." Afrique natale, occident de chute, alcool père riche et absent... Koffi peut observer le chemin d'une larme, les amis fêtards d'une mère qui ne divorce pas. Koffi grandit avec ça, beau, d'un noir d'ébène mais dedans un goût amer jusqu'au lycée, jusqu'à la fin. "A l'époque de sa première poussée d'acné, Koffi faisait régulièrement ce même rêve, c'était le rêve d'un lycéen qui n'écoute rien d'autre que les gravats de ses pensées." 14 chapitres comme 14 gorgées d'un liquide chaud et amer. Viendra l'âge d'homme, l'amitié, l'amour mais il y a le contraire qu'on cache, la première dispute qui se mêle à un suicide, l'aventure qui se mêle à l'éternel retour, la fin de l'amitié et de l'amour, et cet homme de 60 ans, presque muet qui va enterrer son secret, une histoire de famille et qui dit :" - Tu sais, Jonas, je servais du café à ma mère quand j'étais petit parce que je pensais que c'était une boisson pour les grands. Maintenant que tu es grand et chômeur, tu veux peut-être que je te serve un café ?". Un livre fort et amer. "Coffee" d'Edgar Sekloka chez Sarbacane, collection Exprim' !16:05 Publié dans Roman | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : coffee, edgar sekloka, romans sarbacane, exprim', 1974, café, roman
06.03.2008
Une mauvaise maire
"Officiellement, Marie Basmati, elle n'a rien à faire en mairie avant neuf heures. Pourtant elle y est dès six."
"Vous êtes la maire, c'est bien ça ? le maire qui est à la mairie..."
(le cafetier) " - Je ne voudrais pas être à votre place, avec tout le monde, là qui a son avis sur tout sans en connaître le plus petit bout, et critique ci, et se plaint de ça..."
Avant au cinéma, il y avait le mauvais fils, il y a maintenant en littérature "Une mauvaise maire" de Jacques Jouet chez P.O.L.. Passé un peu à la trappe à l'automne, ce petit roman très fin propose une comédie sociale assez drôle, et pourquoi pas d'actualité en cette période de campagne. Elle s'appelle Marie Basmati. Son premier mandat va s'achever. Son mari est retraité de l'éducation nationale. "Dès son réveil avec les informations il commence à se scandaliser." Elle voit son titre comme une fonction de proximité. Elle est à gauche. Elle s'occupe de la commune de
la Chapelle, 30 000 habitants, ni trop près, ni trop loin de Paris, un Leclerc, un boucher, deux quartiers, un blanc, un beur, un collège Jean-Valjean ; une cité, les Garnerets qu'on appelle les Garnements... Elle ne fait jamais de promesses inconsidérées. "Elle préfère decevoir en amont qu'en aval. Pour elle, c'est le b.a.-ba de la déontologie représentative." Vie privée et vie publique alternent, Marie Basmati est une bonne mère. Elle a deux adjoints. Le deuxième a un surnom : dent-longues. Il est pour le moment sans étiquette pour les prochaines échéances électorales. "En politique, elle voudrait que la personnalité n'ait pas d'importance, que ce soit le métier le plus impersonnel qui soit. Ben voyons ! Le citoyen aime aimer, aime haïr une figure. Il n'aime pas tellement les idées, aussi vrai que les idées ce n'est personne. Marie Basmati essaie d'habiter ses idées. Ca prend enormément de temps pour un bénéfice difficilement vérifiable." Ses enfants étudient et s'occupent de syndicalisme étudiant. Un an de plus pour les prochaines élections car il y a les présidentielles, un an pour se reconcilier avec les commerçants qui se plaignent des travaux, pour régler le dossier Toustock et Destock. Assez de temps sauf si cette rencontre avec Masmaïl dans le jardin républicain de la mairie ne contrarie pas trop la vie politique de Madame Basmati, une bonne maire.
"Au restaurant, Marie dit à Masmaïl que Sarkozy est un agité dangereux. Masmaïl dit que Sarkozy est un type courageux.
- Alors là, les bras m'en tombent, dit Marie.
Est-il sincère ou provoque-t-il ?
Masmaïl sort un paquet de cigarettes et en offre à Marie qui décline. Il en prend une entre les doigts mais ne l'allume pas. Il la laissera sur la table.
- Le premier flic de France ! dit Masmaïl.
- En tout cas pas le dernier ! réplique Marie, ou alors si, le dernier des derniers, dans l'ordre de mon estime.
- Je vous fais marcher.
Est-il sincère ou dissimule-t-il ? "Il ne travaille tout de même pas avec les flics..." pense Marie."
12:00 Publié dans Roman | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : une mauvaise maire, jacques jouet, p.o.l., littérature française, municipales, election, maire
11.02.2008
La fête
à D.,
Hier, avant-hier, avant avant-hier, c'était la fête. Les libraires de Lyon enfermés depuis des mois dans leurs murs faisaient leur fête aux livres à Bron. E. éditrice, est aussi sympa et vraie que son mari F.. A. qui s'occupe des libraires chez S. est une fille super. C. revit chez son nouvel employé, c'était magnifique à voir à son âge. F. est aujourd'hui à la tête d'une sacrée bande. F. prend de plus en plus de poids avec sa librairie, et se défend pas mal. E. m'a fait un accueil sympathique. P.-J. outre le fait d'être un éditeur pertinent, est un type vraiment sympa et d'une bonhommie rare. C. m'a
dit comment P. l'a viré de son salon. P. c'est la honte sur Lyon dans la manière de prendre les libraires pour des cons et des moins que rien, un frustré. On a mangé, tous un peu bu, rigolé et pas seulement parlé de la recette. Moi je n'ai pas travaillé, je me suis balladé, le temps de revoir Insa Sane pour son deuxième livre, de saluer Fabrice Vigne que je n'avais pas vu dans le programme, de discuter un petit peu avec Isabelle Rossignol, et d'interviewer Magyd Cherfi qui a fait un rapide passage sur le salon. Au moment de la signature, une dame lui a raconté que quand elle était à Damas en 98, pour la victoire de la France, le patron du bar a mis Zebda... Beaucoup de gens différents ont voulu sa signature, un point commun sur leur visage, quelque chose de sensible et d'intelligent. Ils rendaient tous un merci heureux à sa signature, un merci important. Moi j'étais impressionné d'entraîner le bonhomme sur les gradins de l'hippodrome pour parler avec lui de ses deux bouquins, "livret de famille" et "la trempe". Impressionné parce qu'il y a dans ses bouquins des choses importantes il me semble, qui me parlent ou qui nous regardent tous, et puis D. me l'a fait connaître. Il faisait froid, le soleil se couchait et son accent (toulouse) me rechauffait. Comme le thème du salon était l'identité, il en était l'invité idéal. Depuis l'âge de 12 ans et c'est l'un de ses textes qui me fait inscrire cet âge là, il erre, interroge, provoque sur cette question. On a donc commencé par parler d'un texte du premier livre qui me paraissait une bonne amorce pour lancer le truc : Vercingetorix. Le texte où il est sans doute le plus libre provoquant son pote Memede, lui n'étant plus berbere, ou beur, affranchi quand le resultat des élections tombent comme un couperet et lui refoutent la tête dedans. L'identite est un sujet sans fin et complexe avec Magyd Cherfi. C'est un questionnement qui colle à tous les âges de son parcours. Dans son deuxième livre, "La trempe", l'écriture devient encore plus précise, plus profonde, plus importante, la taille du livre a doublé de volume. Ca s'étoffe, ça grossit, "les années, le temps, son dépôt fait miroir aux identités qu'on s'invente." C'était déjà dans les chansons. Il y a sa mère mais aussi les frères, les soeurs, les copains et j'avais encore en tête en lui parlant "le conte des noms d'oiseaux". Parce qu'il y a un truc épatant avec Magyd Cherfi, c'est l'écriture, celle d'une chose qu'il
chantait déjà dans "le bâtard qui se prend pour un pedigree". Une manière crue, sans joliesse, de torcher la misère, de balancer la "sale face", de continuer à déplaire tout en réussissant un tour de force étonnant : faire mentir une vérité qui veut que "les histoires de pauvre ça gonfle tout le monde". Impossible avec lui et à travers deux textes de ne pas évoquer "pas en vivant avec son chien" et "bleu de travail". J'ai réussi à lui faire lire un passage de la dette à vie qu'on a avec sa mère quand elle est pauvre. Après des identités, il en a eu tellement avant sur la brèche et on a continué sur une phrase: "le "soi" aime se cacher dans le trop", on a pu parler du héros, de la fierté du banni, du "tyran", relevant encore une phrase qui lui vient après un jour de débacle avec Zebda :"on est ensemble sans s'être choisi et c'est bien la pire et la meilleure raison d'être ensemble". Comme on approchait des municipales, j'ai pas pu m'empêcher de lui demander de parler d'un chapitre intitulé "de l'identité nationale et de quelques beurs de droite". Il me semblait qu'il y avait un peu urgence pour arrêter l'hémorragie, que les gens arrêtent de se venger de la gauche et croient malgrè tout encore un peu à la "lune prolétariste de gauche", dernier rempart à la bêtise absolue. Son analyse est fine, son écriture de plus en plus travaillée et précise quand elle se fait manifeste, idéale pour parler d'"un dogme libéral qui cache une impuissance républicaine". Texte qu'il conclut par une phrase géniale : "le poids souvent rassure la peur d'avoir faim". Bref j'avais de la chance de l'écouter seul avec mon micro et mon md parce que c'est peut-être encore un des derniers types auquel il me semble pouvoir avoir un peu confiance en politique et de ne pas y voir comme d'habitude, quelque chose auquel je ne trouve aucun sens, aucun interêt. Bientôt sur radio pluriel, sans doute, avec l'interview d'Insa Sane, faite le jour d'avant avec le même plaisir, la même envie de ne pas baisser les bras, de partager, de reflechir. "Celui qui combat peut perdre, celui qui ne combat pas a déjà perdu.." Et puis sur l'identité une remarque de Magyd Cherfi m'a paru résumer le tout : "qu'est-ce que c'est que ce truc qui pose problème et qui donne sens aussi ?".
"Quand on est trop aimé dans la misère, on est ramolli, on croit que le monde est un garde-manger et qu'on a plus qu'à tendre les deux bras pour se servir ; mais on est pauvre, et c'est l'incompréhension qui nous tombe dessus quand on se retrouve devant une table où les cahaises sont occupées. On ne se dit pas qu'il faut gagner sa place, on pense que c'est perdu, et qu'il va falloir égorger les égorger pour s'en faire une. Les enfants pauvres, il faudrait les habituer à moins d'amour, et à ne pas manger tous les jours, il faudrait les préparer à s'entendre dire : "T'es pauvre, t'es sale, et puis t'es même pas d'ici." Cruelle conclusion pour une mère que d'avoir à préparer son fils à tout ça en l'aimant moins. Etre aimé en étant trop pauvre, ça vous sépare la tête du coeur, et les deux se chamaillent dans une lutte à mort, dans un combat qui n'a pas de repos. etre trop aimé en étant trop pauvre, on en vient à se prendre soi-même par le col et à se virer à grand coup de pompe dans le derrière parce qu'on est pas à la hauteur, le mur est trop haut, ls bras trop petits. On se dit que les belles choses, c'est pas pour nous, qu'on est né pour ne rien avoir. On regrette d'être né tout court, on déteste tout ce qui nous ressemble, tout ce qui maigre et noir. On veut du gras mauvais comme celui qui se niche sous les hanches..."
et merci à D. encore pour tout ça...
21:25 Publié dans Roman | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : fete du livre de bron, libraire, librairie, insa sane, sarbacane, magyd cherfi, livret de famille
06.02.2008
Apocalypse now
"La cendre molle tournoyant au-dessus du macadam en tourbillons incontrolés".
"Aucun homme n'a connu son sépulcre jusqu'à ce jour." Detéronome XXXIV
"Ses paroles tombaient dans un noir sans profondeur ni dimension".
"Qui a fait du monde un mensonge, un mensonge de chaque mot".
J'avoue avoir eu du mal au début, beaucoup de coordinations qui veulent donner une dimension biblique au récit, mais au final pourquoi pas. Du coup, j'ai évité de justesse les reproches fait au traducteur quand j'ai évoqué la chose... Mais j'ai eu plus de mal par contre avec la critique littéraire en France, et particulièrement avec la rubrique "Pourquoi ça marche" dans Libération, qui à part nous faire saliver avec un nom de rubrique exceptionnel, ne nous apprend rien et en plus nous
révèle après des considérations sans intérêt la fin du bouquin. Ce n'est bien sur pas le seul, les autres se contentent la plupart du temps d'un résumé. Est-ce bien le job de la critique franchement ? Car " il y a eu des grands romans, et il y a parfois de bons romans" comme dit Joyaux, celui ci au présent faisant partie de la catégorie des grands. On peut bien sur facilement vous le présenter ainsi : un monde où tout est devenu cendres et poussières, boues et rouilles, tout est consumé, noirci ; morne désolation, un monde mourant, des ronces noires, des lacs vides, forêts à nue, station touristique en ruine, villes noires et abandonnées, neige noire, arbre mort, monde nu et gris, cours d'eau disparus, villes incendiées, rivières immobiles, bois dénudés, de l'herbe grise piétinée partout, partout, une nuit noire qui donne l'impression de se réveiller dans une tombe. Non la mer n'est plus bleue et le soleil n'existe pas ou si peu derrière une melasse de cendres. L'oeuvre pourrait plaire à la demeure du chaos à Lyon mais ce n'est pas qu'une couche de bombe noire, c'est plus profond. Il y a dans ce décor de fin du monde quelque chose de fascinant, le temps et l'espace ne sont-ils pas a priori les deux dimensions de la sensibilité ? Le temps ne se distinguant de l'espace que par son irréversibilité, ce qui n'est plus le cas ici. McCarthy nous propose un cauchemar en boucle, sans matin sauveur. Comment réduire alors pour le vieil homme le chaos à une part infime pour qu'un enfant l'assimile, qu'il comprenne qu'en fait que "jamais" ne dure qu'un instant. La force de ce livre réside sans doute dans ce presque mythe résiduel que représente le vieil homme, qui avec son fusil peut peut-être encore échapper par la route au chaos, mais cette fois la voie est sans issue, ni ouest ni est, le monde a sombré. Cet américain n'a plus de Dieu, et qu'un enfant entre lui et la mort. C'est un mort vivant sans évangile qui se répète : "Quand tu n'as rien d'autre construis des cérémonies à partir de rien et anime les de ton souffle." Le
dernier américain s'est sans doute perdu dans les cendres grises et tourbillonantes du 11 septembre, et doit survivre comme déjà comme beaucoup d'hommes en Amérique avec un caddie de survie, où il accumule sa pitance en épuisant les endroits les plus improbables. Cet homme au charriot de fortune est déjà dans nos rues. Ce livre n'est sans doute pas le récit d'un avenir proche comme les critiques qui ne semblent ne pas bien déterminer l'origine du chaos nous le présente. La cause unique en est pourtant et hélas juste l'homme, il me semble. Et ce n'est pas un désastre écologique mais humain. Il suffit de se pencher un tout petit peu sur l'oeuvre de McCarthy pour se rendre compte qu'il a cotoyé dans toute son oeuvre, le mal, le meurtre au travers de biographie fictionnelle de tueurs en série. Et les suppliciés et les survivants de cet opus sont en sursis. Une nouvelle fois, la sauvagerie a gagné et a tout renversé, brûlé; plus de verger, plus de paysage éternel comme dernière réserve, la source est tarie. Comment ne pas comprendre l'horreur du monde d'aujourd'hui dans ces images cannibales ou atroces qu'il nous retire après les avoir à peine révélés, faisant dire innocement par la voie du vieil homme à l'enfant : "on oubie ce qu'on a besoin de se rappeler et on se souvient de ce qu'il faut oublier". Ses images nous hantent sans cesse, rejailllissent depuis plus de cinquante ans sans cesse actualisées, et mises à l'echelle du crime individuelle ou collective. Quel héritage ? Quelle différence entre "ne sera jamais et n'a jamais été" ? Il y a chez l'auteur et l'homme qui écrit, un bilan amer, et sans doute une descendance dans un monde dont personne ne sait où il va. Il y a sans doute une vérité du monde dans ce livre dans un décor d'une force inoubliable. Il fait une allusion au livre dans son récit par quelques livres que l'enfant a gardés avec lui : une ultime dépendance au monde à venir. Mais un monde où les choses, les mots, les pensées disparaissent inexorablement dans cet ordre n'a pas d'avenir. Ils nous l'ont assez répété, ils ne sont pas faits pour ce monde comme "le vieil homme n'est pas fait pour ce pays". Leurs petits commencent aussi à le dire. Partout des villes incendiées, des corps décharnés, momifiés.
20:40 Publié dans Roman | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : la route, cormac mccarthy, edition de l'olivier, critique littéraire, lançon, pourquoi ça marche, libération
01.02.2008
La théorie du panda
"On marche beaucoup quand on va nulle part."
"On peut rien leur cacher aux mômes. Ils savent tout mieux que nous. Moi, quand j'étais gosse, je savais tout, le principal, quoi. Maintenant j'y comprends plus rien ! ça sert à quoi de grandir ? C'est con."
"Au-dessus de la caisse, le panda confirme par son irréfutable présence la capacité d'être aussi bien partout que n'importe où."
Gabriel, c'est l'annonciateur. Personne ne le connait pourtant, comme l'autre, apparu, dans ce bled un jour. Il a l'air de s'ennuyer et ça le rend curieux. Pas la peine de planter le décor, on y est déjà dans le décor. Il parle peu, répond à peine ou de manière suprenante. Personne ne le connait. Gabriel c'est l'annonciateur de la fin des temps, de la fin du monde,
que toute vie est inutile, une fois le bonheur rencontré. Bonheur qu'il revit par brides comme des flash-back, des petits morceaux de littérature, qui donne une idée du bonheur et de sa fin, violente, sauvage. Reste pourtant la bouffe : "Je t'invite à manger parce que j'éprouve de la sympathie pour toi. Je vais t'offrir des aliments, de la nourriture. Nous nous connaissons à peine et pourtant, à cinquante centimètres l'un de l'autre nous allons saliver, mâcher, déglutir, ensemble de la viande, des légumes, du pain. Ton corps et mon corps vont partager la même volupté. Le même sang coulera dans nos veines. Ta langue sera ma langue, ton ventre mon ventre. C'est un rite ancien, universel, immuable." Souvent d'ailleurs : "L'odeur de la cuisine a remplacé l'odeur du rien du tout." Au minimum peut-être, "on devrait toujours avoir des cacahouètes sur soi". Pourquoi un peu avant les derniers chapitres une telle envie de rire est montée, irrépressible ? C'est drôle parfois bien sur mais ça l'est souvent moins, et ça l'est en fait pas du tout mais qu'est-ce que c'est bon la nature humaine !" A lire absolument" et tant pis si tout le monde le dit pour tout et n'importe quoi... "La théorie du panda" de Pascal Garnier chez Zulma
Le début (ils ne sont pas tous aussi réussis ) : "Il est assis, seul au bout d'un banc. C'est un quai de gare désert où s'enchevêtrent des poutrelles métalliques sur fond d'incertitude. La gare d'une petite ville de Bretagne, un dimanche d'octobre. ça ressemble à n'importe où mais c'est bien la Bretagne, enfin, celle de l'intérieur, la mer est loin, insoupçonnable, rien de pittoresque. Il flotte dans l'air une vague odeur de lisier. Une pendule propose 17h18. Tête baissée, les coudes sur les genoux, il regarde les paumes de ses mains ouvertes. Il se dit que dans les trains on a toujours les mains sales. Pas vraiment sales mais poisseuses de cette sueur grise, sous les ongles surtout, celle des autres qui ont touché avant vous les poignées, les accoudoirs, les tablettes. Il les referme, redresse la tête. Parce que l'immobilité totale qui l'entoure semble le provoquer, il se lève, empoigne son sac de voyage, remonte le quai sur une dizaine de màtreset emprunte le passage souterrain en direction de la sortie. Il ne croise personne."
08:00 Publié dans Roman | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : la théorie du panda, pascal garnier, zulma, roman, rentrée littéraire 2008
26.12.2007
Ap. J.-C.
"Celui qui n'a pas étudié Byzance et nos textes sacrés ne mérite pas le nom de Grec".
Dans le monde, une publicité pour le roman de Vassilis Alexakis, "Ap. J.-C." , qui reprend une phrase de Michel Déon
pour le Figaro littéraire : "Le lecteur éprouve le rare bonheur de croire que ce roman a été écrit pour lui et avec lui." Il ne croit pas si bien dire Michel Déon. Ne pouvons nous aussi nous interroger au fil de cette lecture fabuleuse, sur cette république, la nôtre, peuplée d'église, sur cette éducation laïque de parents encore catholiques, de mères "pieuses" et contrariées par le fait de parler d'autres choses !? Observer ici où là bas nos Dieux antiques décapités et trouver ici et là quelques pensées des seuls hommes libres que l'Histoire est connue, les présocratiques... Quel voyage ! Un retour en Grèce où Byzance a tout changé, où avec les siècles un sanctuaire fortifié et bien singulier s'est érigé sur un mont, Athos. Allez essayez la saint Nicolas s'est terminée, on est après J.-C., après sa mère aussi, "déesse" du mont Athos... C'est brillant, "intéressant" comme on dit familièrement, presque une enquête ou l'on ajoute à chaque page de nouveaux motifs, pièces ou quelques pensées. Il y est question de quelque chose de structurant. C'est pourquoi Michel Déon en dit ainsi son effet. On est un peu Grec nous aussi sans aucun doute. Ne
peut-on on parfois pas en effet souvent nous faire cette remarque à nous même constatant que notre pays a autant de ports : "Il est facile de quitter la Grèce". Pour ceux qui seraient les plus rétifs, un bandeau depuis peu certifie ce roman : grand prix du roman de l'Académie française, n'est-ce pas rassurant !? Et comme "Les mots étrangers" du même auteur ne semble pas bien connu autour de moi ; du même auteur, je vous invite aussi par ce livre, à pratiquer avec Vassilis Alexakis, une langue africaine, peu parlée mais vous verrez ça marche, à chaque page, vous progressez !
15:15 Publié dans Roman | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : ap. J.-C., vassilis alexakis, stock, roman, litterature, michel déon, le figaro
06.12.2007
Enfin ! Tout arrive !
A Daniel Martin, critique et D., libraire...
Enfin, oui enfin !!! Tout arrive ! Il a presque failli se produire la même chose qu'avec "la théorie des nuages" même si ce dernier avait eu un peu de presse..Et puis après des prix et telerama... Le libraire recommande un titre, oui, vous savez le libraire celui dont le conseil a une valeur inestimable, parole d'éditeur ! Editeur qui avec tout l'intérêt qu'il nous porte ne s'intéresse pourtant jamais à nos conventions ou si peu, tellement différentes des leurs. A études parfois et souvent égales, à expérience de lecture parfois égale, nous ne sommes pourtant pas du même monde... Des amis
libraires pour rire disaient qu'il suffit de regarder les voitures dans un parking pour voir si c'etait une réunion d'éditeurs de distributeurs ou de libraires. Normal nous sommes loin, au bout de la chaîne du livre... Et puis, il y a quelque chose de bien mieux le plan media, le coup, le one shot... Le libraire, flattons le de temps en temps dans son orgueil et il marche tout seul, brave petit soldat, inspiré par son sacerdoce. Pourtant, le libraire n'est pas complètement con, il lit et continue à faire du conseil même s'il est mal payé et peu considéré. Son métier finalement pourrait même se rapprocher du directeur de collection au final puisqu'il peut aujourd'hui un tout petit peu compter sur la critique et quelques éditeurs, il reçoit des manuscrits et lit faisant le vide autour de lui, fait le tri, enrichit son expérience, sa connaissance, préfère fuir les modes, écoute lecteurs et éditeurs, s'intéresse aux textes, lit. Comme en politique avec l'âge il perd sa gourme. Il sait reconnaitre un discours même si aujourd'hui la naïveté en politique semble généralisée (plus c'est gros, plus ça marche). En septembre donc le libraire est enthousiaste, il fonce sur les bibliothécaires "et celui là vous l'avez lu ?" "C'est quoi ça !? Chamboula !? Jamais entendu parlé !?" "Jamais!?" C'est vrai personne n'en parle. Alors le libraire se remet en question, il fouille, de toutes petites allusions à son livre dans jeune afrique et présence africaine, autant dire que c'est mal barré. Pour les bibliothécaires, il n'est dans aucune liste. Listes, entendez par listes, listes de sélection presse et listes de prix. Pas de souci on fait avec les outils qu'on a. Sauf que là il y a quand même un problème, les status juridiques d'une bibliothèque n'étant pas celle d'un "vidéo club". Il est clairement dit, écrit qu'elles sont là pour soutenir l'édition, les auteurs... "Ouf Chantal l'a lu, elle a adoré !!!" Tant mieux. Acte deux scène 2, convaincre les lecteurs, un
quatrième de couverture ratée. Pas de chance, pas facile. Mais il le vend quand même, il en parle le libraire même si tout le monde n'en parle pas. et il n'en a même pas encore parlé sur son blog. Et puis un jour, un lundi, entre midi et deux, "tout arrive" sur France culture, enfin !!! Je sais ce que vous pensez france culture, c'est snob, prétentieux, ouais, ouais et patati et patata alors que vous alliez peut-être passer à côté d'un des grands romans de la rentrée littéraire. Un livre qui contient toute l'Afrique et toute la vie même le sexe ! Un livre qui raconte l'arrivée du progrès dans un village traditionnel africain. Un livre qui raconte la plus belle fille du village, généreuse et prodigue, les ancêtres (c'est vrai que nous n'en n'avons plus). La vie de Boulot, un jeune africain aux visages multiples que vous avez peut-être croisé dans la presse, à normal ou dans la rue. Ce livre est une fable faussement naïve et brillante, moderne, originale, vivante, sensible... Quel livre ! Dix fois plus engagé sans l'être que le dernier Adam, dix fois plus inventif que le dernier machin, cent fois plus lisible que le dernier truc. Avec aucun bandeau de prix et sur aucune liste mais il est peut-être encore en librairie et c'est sans doute l'un des meilleurs livres parus en librairie cette année, j'ai nommé "Chamboula" de Paul Fournel. Un livre dont chaque chapitre est si bien ficelé et si la presse donnait encore de la place à la littérature aurait donné l'un des feuilletons qui aurait marqué l'histoire des lecteurs de presse. Un livre qui pourrait rendre l'O.U.L.I.P.O. si populaire et les esprits plus joyeux et plus vivants sans tomber dans le panneau de n'importe quelle mièvrerie de librairie ! Et en plus (merci Chantal), il sera au salon de Bron fin janvier / debut février pour parler de son livre... Allez cessons un peu les postures, parlons un peu littérature !
18:45 Publié dans Roman | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : chamboula, paul fournel, seuil, fiction & cnie, roman, rentree 2007, afrique
29.10.2007
les promeneurs solitaires
(j'avais laissé le blog, pas le moral, mais je reprends, une note par jour comme avant)
"Il suffisait d'entrer dans n'importe quel café."
à D. et à J. , avec mille mercis, et aux voyageurs des villes...
Il paraît que les romans de Modiano se ressemblent. Impossible pour moi d'accréditer cette thèse, c'est mon premier. Et puis qu'est-ce qu'une oeuvre ? En histoire de l'art, on apprend à apprécier une vie, un parcours, commençons à faire de même en littérature. C'est vrai que l'événement semble presque de l'ordre du marronier pour Orsena ou Pivot, on est en terrain conquis, un vieil ami que l'on connaît bien ; une aubaine pour les commerçants du livre... Mais laissons
tout ça, dans le roman de Modiano, "Dans le café de la jeunesse perdue", il y a d'abord une phrase de Guy Debord : "à la moitié du chemin de la vraie vie, nous étions environnés d'une sombre mélancolie, qu'ont exprimée tant de mots railleurs et tristes, dans le café de la jeunesse perdue". Autre auteur à laquelle on doit d'autres dérives géographiques dans Paris magnifiques : "In girum imus nocte et consumimur igni", aussi d'un Paris disparu. N'allez chercher aucun parallèle avec les rêveries d'un promeneur solitaire pour le titre donné à ma note, point de relation fusionnelle avec la nature, mais quelques rues de Paris, pas de récit qui va du moi aux autres mais sans doute quatre voix qui parlent d'une autre et pourraient chanter d'une seule voix : "Me voici donc seul sur la terre, n'ayant plus de frère de prochain, d'ami de société que moi-même" (J.J. Rousseau) mais vraiment cessons là ce parallèle douteux parce que Modiano me renvoie à d'autres livres sur Paris d'une veine plus surréaliste et une peinture plus moderne comme Magritte, "il était près de minuit, et ce serait étrange de nous retrouver tous les deux devant la grille du zoo. Nous pourrions apercevoir les éléphants dans la pénombre. Mais là-bas devant nous, s'ouvrait une clairière lumineuse au milieu de laquelle se dressait une statue..." Je ne vous donnerais pas un résumé de plus sur ce livre, j'en ai dèjà lu cinquante dans la presse et sur internet. Juste vous rendre une simple description du café qui relie nos personnages : "C'était le café qui fermait le plus tard dans le quartier avec le Bouquet et la Pergola, et celui dont la clientèle était la plus étrange". Pourquoi ce café plutôt qu'un autre, peut-être parce que Modiano y loge le hasard, l'existence, une histoire, de l'Histoire, le mystère, un lieu d'attaches, ces lieux ou l'on ne sait jamais trop ce qu'on y partage, ce qu'on y donne à voir de soi, "et puis les gens disparaissent un jour et puis on s'aperçoit qu'on ne savait rien d'eux, même pas leur véritable identité." Dans ce café, l'un de ses clients, Bowing, obseder par "les points fixes rêvant d'un immense registre où auraient été consignés les noms des clients de tous les cafés de Paris depuis cent ans, avec mention de leurs arrivées et de leurs départs successifs". Ces gens qu'on croise au café et pas forcément ailleurs. "Avant tout déterminer avec les plus d'exactitude possible les itiniraires que suivent
les gens pour mieux les comprendre." De là, se déploie, tout autour des parcours, une enquête, des trajets, des souvenirs venant des rues voisines qui y conduisent, des vies reliées par d'autres points fixes sous forme de mots-clés sortis de la philosophie sentimentale : JEUNESSE PERDUE, de la littérature : PEAU NEUVE, des mots insolites sur les murs : ECOLE SUPERIEURE DES MINES ; comme des points de repère pour ne plus naviguer au hasard, des reproches : LA VRAIE VIE, un mot pour un autre pour un lieu : APPARTEMENT TEMOIN, les choses qu'on repete : toi tu n'es pas bavarde, des phrases que l'on entend qu'au café faisant d'étranges echos : "compagons des mauvais jours. Je vous souhaite une bonne nuit", bien d'autres mots tout aussi déterminants et surréels que ceux la. Les mots les moins effacés de plusieurs palimpsestes de natures différentes multipliant le mystère, l'inquiétude, le jeu dans différents registres... Des mots liés à un seul et même drame qu'on devine le long de ces itineraires qui relie aux zones neutres, autre notion de l'un des ses protagonistes : "il existait à Paris des zones intermediaires, des no man's land où l'on était en lisière de tout, en transit ou même en suspens. On y jouissait d'une certaine immunité. J'aurais pu les appeler zones franches, mais zone neutre étaient plus exact.""Les zones neutres ont au moins cet avantage : elle ne sont qu'un point de départ et on les quitte un jour." Trop longtemps que je n'ai plus écrit pour ce blog, je n'y arrive plus... et rien rendu de la fascination qu'a créé sur moi ce récit, comme ce detail au milieu, comme un autoportrait du dit Modiano : "un regard inquiet. Je dirais même épouvanté."
00:15 Publié dans Roman | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : dans le cafe de la jeunesse perdue, patrick modiano, gallimard
15.10.2007
Je vais à Rio
A Christophe, à Thomas et au gai savoir...
Je voyage peu, manque d'argent, manque de temps. Mais en réalité, je voyage beaucoup, je lis. Si vous êtes à Lyon demain, je vous invite à sortir de chez vous en soirée pour écouter Jean-Paul Delfino à la Villa Gillet dans le cadre du festival bella Latinas. J'ai grâce à son livre fait un voyage fabuleux à Rio et Marseille dans les années 20. Un voyage très
bénéfique, on se plaint souvent dans la réalité de ne pas ramener trop d'un voyage, passant toujours à côté du pire comme du meilleur que nous reserve les hommes sous toutes les lattitudes. Il y a sans doute chez Jean-Paul Delfino des premiers livres écrits pour un genre, le polar. Ce qui lui a sans doute donné pas mal d'entrainement pour construire cette fresque sociale et individuelle. Tout les voyageurs vers l'Amérique n'arrive pas sur le même symbole, il arrive parfois sur un rocher, pas encore mais bientôt coiffé d'un christ géant, nommé Corcovado, le bossu... et quitte La Fosse. Parfois aussi un pays à sa naissance contient du blanc et du noir, Rio la blanche, Rio l'aficaine. Suivre la route de Jean Dimare s'est faire un pas en amérique du sud. Ou en littérature : "Iles / Iles / Iles ou l'on ne prendra jamais terre / Iles ou l'on ne descendra jamais / Iles couvertes de vegetations / Iles tapies comme des jaguars / Iles muettes / Iles immobiles / Iles inoubliables et sans nom / Je lance mes chaussures par-dessus bord car je voudrais bien aller jusqu'à vous.", Blaise Cendrars cité au début de ce livre, "Corcovldo" chez Métailié. Jean-Paul Delfino a trouvé un personnage idéal pour voyager dans l'échelle sociale à Rio à Marseille et grace à cela ne nous épargne rien, n'omet rien, la curée ici et là-bas, des symboles religieux monumentaux érigés aux sommets qui en disent plus sur l'Histoire des nouvelles nations que sur la foi des peuples. Une ville renvoit à l'autre, une société à une autre, un individu au port qui l'attache. Un autre opus à l'histoire musicale de l'amerique du sud chez Metailié...
00:05 Publié dans Roman | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : corcovado, jean-paul delfino, metailie, rio, bresil, litterature, ile
10.09.2007
Lydie Salvayre
A Del., pour la nuit dernière.
"Les affaires sont les affaires comme Dieu est Dieu. Inexplicable.indémontable. Indiscutable."
"Il n'y a pas de mais. Les hommes désormais ne veulent plus d'un ciel qu'ils savent vide. Ils préférent un panier garni."
"Les hommes ne s'aiment pas, ecris-le. Et vivre ensemble leur est pénitence".
J'avais envie de débuter cette note de la manière de la plus triviale qui soit. Même si ce que j'ai à vous dire aujourd'hui place ce livre comme l'un des meilleurs de la rentrée littéraire même si, bien sur, je ne les lirais pas tous. Je ne sais pas si vous vous souvenez de la campagne Mcdonald de ce dernier mois d'août, mélange d'aphorismes tous
plus nuls les uns que les autres, soutenu par une imagerie tendance. Il se trouve que j'en connais un de ses concepteurs et que je l'ai connus autre fois plus reveche, que je connais aussi ses parents, des gens formidables. Lui aussi a réussi, il travaille à Paris. Et à cette expérience douloureuse pour moi, je dois dire que parfois certains livres de littérature y font un bien étrange echo. Je passerais la campagne de septembre qui éclate mon fils à chaque affiche -non, je ne suis pas du tout énerver-. C'est vrai tous les footballeurs et maintenant les rudbymans mangent des hamburgers, c'est bien connu. Encore un truc délicieux à partager en famille, chacun son équipe, son tee shirt de père en fils, une autre Amérique. Trop bon fiston ! Je ne suis pas le seul rendu impuissant face à la puissance de tir, le verbe, la frite. "Mes justifications partaient en miettes tandis que mes contradictions ne faisaient que grandir." Et puis : "la puissance de la libre economie est telle, ecris-le qu'elle convainque même ceux qu'elle menace le plus". Aux ordres. Et puis : "Je veux que king size vende de tout, des frites et de l'esprit, je veux que l'esprit souffle et la frite gave." Parole d'évangile les petits peuvent croire aussi au nouvel Incarné, ils sont pour lui une cohorte d'ange à son service. Et puis la raison marchande, le monde n'est-il pas convertie à son principe : la Russie, la Chine, l'Afrique islamiste, les journaliste, les garagistes... Et puis qu'ai-je à dire moi le père comme cette autre écrivain : "l'ecrivain détenait l'art délicieux d'amuser les bourgeois par trois saillies et des mensonges, ils-les ecrivains- étaient d'une incidence nulle sur la marche du monde, totalement à la ramasse sur les questions d'économie, totalement dépourvu d'esprit pratique, totalement inutiles..."
Comment remettre aujourd'hui en question la vulgarité, "elle est payante". Vous êtes paumés, mal placés pour répondre quelque chose à ces gars là. Même si à l'interieur ça boue. Poltron comme les autres. "Je m'écrasais comme le font ceux qui dépendent d'un autre pour vivre et qui craignent s'ils regimbent, de perdre leurs bénéfice"s. Bientôt je serais même indifférent à la violence sans apprêt, à la raison du plus fort."Nous, notre jugement et toutes choses mortelles allions coulant et roulant sans cesse." Je me retire à l'office avec l'écrivain qui ecrit l'histoire d'un écrivain comme animal domestique qui sert d'hagiographe au roi du hamburger, à l'un des hommes les plus puissants du monde, Tobold. "Le roi du hamburger est franc comme l'or". Sa vulgarité est payante, sa franchise. Sa parole est parole d'evangile. Et puis : "les affaires sont les affaires comme Dieu est Dieu. Inexplicable. Indémontable. Indiscutable." Lydie Salvayre est une vraie rebelle. Vous savez ce mot qu'on a du mal à donner à ceux qu'on aime. Et tout ce qui vous est donné pour penser, écrire, vivre ou réagir est en elle. J'aime Lydie Salvayre pour son esprit. Non je ne vous vends pas le dernier canapé idéal. Reveillez vous ! Elle est comme vous si il en reste quelque chose. Bien qu'aujourd'hui avoir semble plus important qu'être. Elle sait la part reservé à l'écrivain dans ce monde et quel parti, elle peut tirer du subjonctif et n'a plus besoin de guimets quand elle cite les philosophes qui alourdissent et pourraient mettre de la distance, inuile. La littérature est une pratique non dénué d'esprit et l'humour et le style peuvent servir une discussion de l'écrivain et nous autres, homme de notre temps. Même si je suis étranger à "la langue abstraite du profit si étrangère à la plupart des hommes" comme l'écrivain parfois... Lydie Salvayre, c'est Voltaire, pas encore au service de la gloire. Si vous faites la fine bouche, d'abord essayez par du poche moins cher, moins risqué -vous êtes comme moi, tant d'argent-. Je vous conseille de lire d'elle "la puissance des mouches" ou "la méthode mila". Ou le dernier : "Portrait de l'écrivain en animal domestique" au Seuil dans la collection Fiction et compagnie -et dans cette rentrée littéraire-. Et puis:
"un, que la frite eucharistique (car il n'était pas inutile de le rappeler, la frite selon Tobold était plus que la frite. La frite était un modèle, un refus, un style, une entéléchie. La frite était un paradigme, une métaphore, un bâtonnet emblématique. La frite était eucharistique. En l'ingérant, on ingérait un monde, on ingérait le monde selon Tobold. Et le désir chez l'homme de french fries signifiat, bien plus que sa faim, le cri de jouissance de l'être et sa révolte contre l'esprit censeur) devait avoir 6 mm d'épaisseur et cuire 10 min dans un bain d'huile à 160°."
21:10 Publié dans Roman | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : lydie salvayre, portrait de l'ecrivain en animal domestique, seuil, fiction et compagnie, liberalisme, evangile, frite