12.01.2007

Scream test

    Avant de commencer cette page, j'aimerais en tant que libraire et lecteur (et simple personne à l'écoute des débats de notre société) préciser une chose. Tout le monde a lu "1984" de Georges Orwell. Tout le monde l'étudie. Tout le monde l'enseigne et tout le monde le lit et tout le monde parle de futur et d'anticipation. Mais une chose est sûre, et j'en suis de plus en plus convaincu, personne n'a lu "1985" d'Anthony Burgess. Et s'il y a une réforme de l'enseignement et de la critique à faire (employons les grands moyens !), Il serait bien de mettre en place une réforme à effet immédiat et de donner à lire aux pédagogues des lycées et des écoles de journalisme "1985" d'Anthony Burgess. Parce que comme le dit brillament Burgess, "1984" s'appelait à l'origine "1948" et c'était pour Orwell un conte de l'année 1948 et pas un roman d'anticipation. Quel interêt me direz vous ? et bien ça change tout, parce que d'une part on arrête de dire des conneries aux gosses et d'autre part, on peut évaluer à quel point chaque époque peut se raconter à travers une oeuvre littéraire originale et critique avec son temps. Bien sur ce n'est pas primordial mais on pourrait, peut être dès le début dans l'information, ne pas faire qu'un article édulcoré pour parler d'un phénomène de société comme la télé-réalité, ne pas en être un "pourvoyeur-critique" par ignorance. Voilà c'est tout, c'est dit, c'est peut être pas très clair mais quelques internautes verront peut être les choses de manière un peu moins biaisée sur une oeuvre et par ricochet sur la manière dont on la cite pour débattre d'aujourd'hui...

(attention ce qui va suivre n'est presque plus une nouveauté) 

    Bref, j'ai lu en trois heures la nuit dernière et je recommande sa lecture d'une seule traite pour en apprécier tout l'effet : Scream test de Gregoire Hervier. Une oeuvre littéraire ayant pour prétexte et noeud de l'intrigue la télé-réalité. medium_hervier.gifTout ça à fin de créer un vrai thriller simple et éfficace, "amusant ", original et différent. Souvenez vous : le C.S.A dit au loft en 2001 préférer que les lofteurs soit "sauvés"  plutôt qu'"éliminés". Intéressant. L'auteur, quant à lui, situe l'action à Los Angeles, aujourd'hui. 7 adolescents participant au casting de The best one disparaissent. Presque avant que la police ne commence son enquête, un site internet à l'adresse IP mouvante propose The last one, un loft où 7 adolescents (les mêmes) seront éliminés. Filmés, ils vont être littéralement éliminés, c'est à dire executés dans le fameux sas, durée de l'émission : 6 jours. Poussons le cynisme de ce genre jusqu'au bout, à son paroxysm - peut être aussi à ses origines : l'antiquité. C'est une affaire énorme, avant que l'Amérique ne devienne votante de ce jeu immonde, il faut agir. Le génial auteur de ce projet "diabolique" a une idée de "génie" pour faire payer en dollar l'esprit du temps. L'horreur et la télé-réalité rapporte beaucoup d'argent. Combiner ces deux effets peut permettrent de devenir en 6 jours un Crésus cynique et immensément fortuné. L'auteur de ce  livre connait le cinéma, la télé. Il n'est pas étranger à notre monde (où l'Amérique n'en est qu'une des régions quotidiennes). Il vit aujourd'hui et n'a pas encore 30 ans. Son écriture crée donc à travers un thriller une alchimie des genres. Un "grand spectacle" (peut être aussi celui dont nous sommes tous devenus consommateurs banalisés) avec une grande simplicité, un second degré dévastateur (pourquoi ne pas égratigner soigneusent ce F.B.I. si pro sur toutes nos chaînes et la TéLé), jouant avec l'angoisse, le suspense, la mégalomanie, le cynisme et la bêtise. Tous complices mais pas tous bêtes et l'enquête avance, précise, rapide. On lit, on tourne les pages, sans trop se soucier des critiques de ce livre, qui attendent le prochain pour être bien sûr d'avoir raison de le complimenter, le boudant un peu comme si ce n'était plus vraiment d'actualité. Pourtant vous avez aujourd'hui en librairie de gros polars américains avec majoration de sérials killers et des polars français plus ou moins engagés (non je caricature vraiment et c'est pas bien) mais on a rarement un bon thriller, rapide, efficace ! Et attention ce n'est pour sa thématique que je vous invite à le lire (je ne regarde plus la télé depuis 3 ans ou si peu (2 heures par mois) mais pour ce qu'il est : un excellent thriller, simple, rapide, "amusant" et efficace.