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  • Travailler, moi ? Jamais ! Bob Black

    Toute activité salariée peut être considérée comme avilissante pour au moins deux bonnes raisons : qu’on le veuille ou non nous dépendons toujours d’un supérieur hiérarchique, aux yeux duquel nous représentons essentiellement un exécutant - c’est-à-dire un sujet subordonné et instrumentalisé - et la tâche quotidienne qui nous incombe revêt une dimension beaucoup moins créatrice que rébarbative. Autrement dit : l’épanouissement dans le travail est un leurre gigantesque (sauf bien sûr pour les quelques privilégiés qui vivent de leur passion). Lire à ce titre : Le Travail – Une valeur en voie de disparition ?,de  Dominique Méda ...

    Nous faire croire que travailler permet en premier lieu l’acquisition d’une certaine autonomie (voir : Travailler – La grande affaire de l’humanité, de James Suzman), c’est occulter le fait que nous sommes en réalité assujettis à un protocole disciplinaire qui participe à notre conditionnement, de manière parfois si insidieuse que nous nous imaginons malgré tout libres de nos mouvements ("Nous sommes si liés au monde du travail quenous ne voyons guère le mal qu’il nous fait", dit Bob Black), alors que toute notre vie est organisée autour du gagne-pain - ou le "chagrin" en argot - l’autre grande duperie étant aussi de nous faire croire que nous sommes en train de vivre l’avènement historique du "temps des loisirs", qui est en vérité un temps de récupération et de remplissage.

    Dans quelles mesures serait-on en droit de prétendre que l’aspect répétitif de la plupart des jobs s’avèrerait propice à notre équilibre psychologique ? Même le célèbre économiste Adam Smith ne s’y était pas trompé : "L’homme dont la vie se passe à effectuer quelques gestes simples n’a guère l’occasion d’exercer son intelligence. Il devient généralement aussi stupide et ignorant qu’il est possible à une créature humaine de l’être"... Nous seriner quasiment depuis le berceau que nous sommes sur terre pour travailler consiste en un dogme rétrograde issu de l’idéologie calviniste et consacré par l’industrialisation à outrance.

    L’univers de la besogne rétribuée, rarement en conséquence de la production fournie - surtout dans le privé - n’est rien d’autre que de l’esclavagisme soft (comme disait Cicéron : "Quiconque échange son labeur contre de l’argent se vend lui-même et se place de lui-même dans les rangs des esclaves"), où règne une terreur sourde qui va de l’humiliation au harcèlement en passant par la médisance institutionnalisée et la dénégation de l’individu.

    En ce sens, affirmer que"le travail c’est la santé" relève de l’obscène. Car si l’on y regarde de plus près, le boulot en général contribue largement à l’amplification du taux de mortalité : outre les nombreux accidents survenant dans l’exercice de ses fonctions, il y a toutes ces vies abrégées par les maladies professionnelles - dont les dégâts organiques suscités par cette pollution ambiante qui surclasse la cigarette surdiabolisée - affections et infections répertoriées dans un livre de 1200 pages où il n’est même pas tenu compte de certains facteurs moins évidents, comme par exemple le stress générateur de pathologies névrotiques et de complications cardiaques, sans parler des multiples suicides en milieu ouvrier pour cause de mal-être insoutenable.

    C’est bien beau de se vautrer dans la contestation, mais dans la pratique, nous n’avons pas d’autre choix que de travailler pour vivre... Voilà justement le problème majeur que soulève l’impertinent Bob Black..

    "Travailler, moi ? Jamais !",  Bob Black,  ‎ L'Insomniaque, 2010, 62 pages

  • Que penser du livre : Le Messie de Dune, de Frank Herbert ?

    L'histoire du Messie de Dune

    Le Messie de Dune, de Frank Herbert.jpg Douze ans après les événements relatés dans le premier tome Dune (1965), Paul Atréides, aussi dénommé Muad’dib en langue Fremen, a triomphé de tous ses ennemis. Il est devenu l’empereur de tout l’univers connu grâce aux nombreuses conquêtes de ses armées de Fremen. Mais son pouvoir est tellement immense qu’il est plus qu’un Empereur, un Dieu au pouvoir quasi infini. Quasi, car il est devenu incapable de stopper son Empire dans son expansion sanglante. De par son don de prescience Paul peut anticiper toute attaque de ses ennemis qui tentent de lui reprendre le contrôle de l’épice. De par ce don il peut même se retrouver en plusieurs endroits à la fois sans jamais être détectés par quiconque. Et il sait aussi que l’univers est condamné. Tous les futurs possibles mènent au désastre, et celui que lui propose n’est pas le pire même s’il a déjà coûté la vie à plus de soixante milliards de personnes à travers l’univers. Son œuvre ne peut plus être stoppée, même sa mort n’y changera plus rien.
    Mais autour de Paul les complots s’organisent de plus en plus. Les Bene Gesserit tentent reprendre le contrôle du Kwisatz Haderach, fruit ultime de leur travaux à travers les âges. La Guilde des Navigateurs est devenue totalement dépendante de Paul et tente par tous moyens de s’en débarrasser. Y compris les Bene Tleilax qui sont très avides de pouvoir. De plus la dynastie des Atréides est fragilisée par la fait que Paul n’a pas pu avoir encore d’héritiers. Paul sait que sa compagne Chani ne peut avoir d’enfants, car sa femme la Princesse Irulan, héritière du trône, lui administre en secret des contraceptifs. Mais en même temps il ne veut intervenir car il sait que Chani mourra le jour où elle accouchera de sa descendance. Une partie d’un complot majeur mis sur pied par Irulan, la révérende-mère Gaius Helen Mohiam, le Navigateur Edric et le Tleilaxu Scytale est d’offrir à Paul un cadeau qu’il ne pourra pas refuser, notamment un ghola (en quelque sorte une copie vivante) de Duncan Idaho, appelé le Hayt, son ancien ami et enseignant lors de sa jeunesse mais décédé depuis. Le but en est de pousser Paul à se questionner lui-même et aussi à perdre l’appui des Fremen qui voient en cette créature comme quelque chose de malsain.
    Mais pour Paul seuls deux choix s’imposent pour l’avenir : sa mort ou la destruction de ce qu’il a construit, sinon les deux.

    Critique du Messie de Dune


    Le Messie de Dune est le second volet du désormais très célèbre et incontournable Cycle de Dune lancé par Frank Herbert en 1965. Ce roman a d’abord été publié sous forme de feuilleton dans le magazine Galaxy entre juillet et novembre 1969.

    Cette suite très réussie amène le lecteur où il s’attend finalement le loin après avoir lu le premier tome. D’ailleurs il ne s’agît pas vraiment d’une suite dans le sens où Frank Herbert laisse s’écouler douze années entre les événements de ces deux tomes, pour nous relater une histoire dans laquelle tout le contexte a finalement changé. Ce qui en fait finalement une œuvre à part entière dans le Cycle de Dune, comme d’ailleurs chacun des six tomes constituant ce Cycle. Il reste toute fois bien préférable évidemment d’entamer la série par le premier tome. Alors que le premier tome Dune (1965) nous parlait d’anthropologie, d’écologie planétaire, de politiques, ici Frank Herbert nous conte avant tout une histoire sur le pouvoir absolu politique et/ou religieux et ses conséquences. Une différence de taille est aussi le fait qu’ici le combat que mène Paul Atréides est surtout psychologique, que ce soit face à ses ennemis ou alors face à son futur. De plus le tout est parfaitement mis en scène et étoffé de philosophies occultes et mystérieuses, de complots en tout genre à l’intérieur d’autres complots, un symbolisme permanent dans un contexte fortement psychologique. L’œuvre est terriblement complexe et vaut amplement la peine d’être relue afin de l’apprécier dans toute sa profondeur.