Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

journal du libraire

  • Penser l’entre-deux Entre hispanité et américanité - actes de Colloque

    Le colloque international et pluridisciplinaire « Penser l’entre-deux : entre hispanité et américanit. Les représentations du Même de l’Autre et de l’Autre du Même. » a réuni une trentaine de chercheurs autour d’une réflexion sur la validité des conceptions de l’identité qui fondent la civilisation occidentale.

     


    « Penser l’entre-deux » c’est, en effet, accepter de revisiter les taxinomies identitaires établies selon des frontières rigides à partir d’un positionnement qui privilégie la ligne continue, la perméabilité c’est-à-dire la réversibilité du Même et de l’Autre.

     


    Des chercheurs de toutes disciplines (littéraires, historiens, sémiologues, spécialistes de la communication), de tous horizons (Europe, Caraïbe, Amérique) se sont donc penchés avec passion sur les diverses manières de « penser l’entre-deux » du Moyen Ậge à nos jours, à partir souvent de leurs propres expériences d’entre-deux.

  • L'Entretien du désespoir: Essai sur l'affolement - René Lapierre, philosophie

    Industrie du désastre ou spectacle du désastre, le processus se répète et construit un "sentiment de totale impuissance" fondé sur une "incessante représentation du pire" et la consolation que procure la certitude d'y échapper.

    entretien.JPGInjonction à s'exécuter, exhibition de la vie. Force faiblesse souffrance bonheur. Isolés du vivant. "Ce que le spectacle montre il le dévore, et met en scène cette dévoration sous la forme d'une transformation de l'unique en exclusif." Il s'agit néanmoins d'"un principe d'uniformisation auquel obéissent, à des fins de rentabilité, les visions marchandes du vivant et de l'humain". Malgré l'argument de nouveauté du message, la réclame réitère "l'ordre du même déguisé en vérité de la différence". C'est "le refus de la différence qui constitue réellement l'entretien du désespoir".

     

    "Pour les investisseurs préoccupés par la portée sociale de leurs placements"

    - Fonds Desjardins Éthiques*.

    "N'y a-t-il pas quelque chose au-delà de cet entretien?" Cette question ne survient pas au terme de L'Entretien du désespoir, en conclusion "pour un maximum d'effet", mais en son centre, elle désigne l'exigence et la condition de possibilité de ce livre et son principal enjeu: comment maintenir la possibilité d'une pensée critique, - comment créer cette ouverture sans la promettre - , sans qu'elle ne soit totalement avalée par ce qui "ignore l'humain, et s'emploie à reproduire spectaculairement cette méconnaissance"?

     

    Dès les premières pages de ce texte, les motifs du renoncement et de l'ascèse sont présentés comme des figures obligées du travail de la création et considérés en ce qu'ils traduisent eux-mêmes l'enjeu éthique et esthétique d'une œuvre en fonction de son "potentiel de spectacularisation de la souffrance". Il n'y a donc aucune rédemption à attendre de l'art. Paradoxalement, René Lapierre récupère et intègre à son texte le langage de la réclame, il transcrit littéralement ses aphorismes et met en scène le ressassement persuasif de la publicité, ce qui inscrit négativement, à même la forme de cet essai, dans son écriture, le mécanisme de la fascination et de l'affolement . Mais l'impossible se rappelle à nous du moment que l'acuité critique du propos ajoute à la démoralisation ou que la densité de l'écriture, sa résistance devant le bavardage, apparaît sans issue. Accepter alors d'aller plus lentement, plus près de ce qui manque, de faire faux bond, contre l'entretien du désespoir.

  • La Ballade de Lila K (Blandien le callet, Stock 2010)

     4 ans après l'inattendu "Pièce montée", l'écrivain nous livre (enfin) un nouvel opus qui est un roman d'apprentissage. Elle change totalement de registre et nous offre un livre divertissant quoi qu'un peu... comment dire... anecdotique.

    On entend la voix de Lila, hypersensible, limite autiste et surdouée. Le livre nous interroge sur les dérives sécuritaires d'une société qui n'est pas sans rappeler des faits incroyables mais récents (voir les puces électroniques pour bébé).

    C'est plutôt gentil, plaisant; un livre dont je n'ai pas envie de dire du mal.

  • Philosophie : L'Entretien du désespoir: Essai sur l'affolement - René Lapierre

    entretien.JPGRésumer L'Entretien du désespoir dans l'affolement de cet automne et la sortie de nombreux livres de philosophie ,  n'implique pas que l'on entre dans la lenteur, un lieu où la vie cesserait de s'étourdir et de coûter à la vie. Ce serait plutôt, dans la hâte du temps compté, céder à la règle du rendement et de l'intéressement, sinon, refuser d'écrire (et notamment refuser la forme d'écriture que tente Essai 21).

    En s'imposant comme prétention "à la vigilance et à l'esprit critique" chacun de ces choix se dissimulerait pourtant comme expression du processus que cet essai cherche justement à rendre perceptible : "le caractère systématique et ordonné" de l'entretien du désespoir.

    Obéir à la règle d'immédiateté, à l'accélération du rendement ou penser échapper à cet affolement par le simple fait d'en avoir assez confirme en effet l'emprise du spectaculaire du moment que ce qui manque est traduit en promesse. Promesse de dépassement dans une idéalisation du tourment créateur ou promesse d'une vie plus vivante dans une "absolue positivisation [de notre] rapport à l'existence", la souffrance affichée tel un gage d'authenticité. Notre complaisance à l'égard des impératifs du produire et du consommer renforce une culture de la dette basée sur la promotion du nécessaire. Devant "la suggestion d'un bonheur" ainsi créée à même le manque, la réalité, la lenteur, le diffèrement du vivant se révèlent de plus en plus insuffisants.

    De sorte qu'est reconduite "l'illusion de l'humain, de l'exceptionnellement humain, à même son élimination pure et simple"."The more you give, The more you change" - Centraide*.

    Parce qu'ils offrent "l'illusion de ce qui fut supprimé", le discours de la réclame, de l'information, du divertissement, mais aussi la relation à la culture et le travail de la création parviennent aujourd'hui à "récupère[r] comme critique l'abandon de toute critique" et à entretenir une démoralisation systématique. "Du moment qu'elle se détourne de l'autre, toute parole s'entend désespérer."

    Dissimulées derrière la promesse des objets, sous le couvert de l'information, du divertissement ou de l'art, production et consommation organisent les conditions de ce détournement "dans l'assurance réitérée du vrai, de l'unique, du possédable [...] la consommation se renverse en privation et entretient comme son principe l'isolement du désespoir".

    L'Entretien du désespoir : Essai sur l'affolement - René Lapierre
    Herbes Rouges/ 2001

     

  • L'homme et la mer de Baudelaire - L. Fels

    "L’Homme et la mer" est illustré d’un côté par le contenu et de l’autre côté par la forme. Les formalistes n’ont-ils pas précisément essayé de démontrer que "la forme produit du sens" ? L’approche jakobsonienne permet de corroborer cette thèse : les différentes structures des phrases, le rythme et le jeu des rimes contribuent à l’exposé du thème de l’œuvre, sans que l’on n’ait besoin de connaître les aspects biographiques de l’auteur ou l’époque à laquelle le texte a été rédigé.

    Voilà l’avantage de la méthode du linguiste Jakobson  ou celle de Carl Gustav Jung qui permet d’aboutir à des analyses solides, démontrables et vérifiables. En même temps, la lucidité et la maîtrise poétique de l’auteur sont ainsi mises en relief.

    L’approche jakobsonienne permet d’expliquer les rapports qui se trouvent dans le texte sans pour autant rendre la poésie trop "mécanique".

  • "A la grâce des hommes" de Hanna Kent

    hanna.JPGEn Islande, au XIXème siècle, Agnes Magnudottir est servante. Accusée du meurtre de son amant, elle est condamnée à mort. En attendant son exécution, la jeune femme est placée dans une ferme isolée. Le fermier et sa famille ne voient pas d'un bon oeil l'arrivée de cette meurtrière, avec laquelle ils vont devoir cohabiter. Néanmoins, le révérend chargé de préparer Agnes à sa mort prochaine écoute ses confidences et tente de la comprendre...

    Ce roman dépaysant offre un extraordinaire voyage à travers le temps et l'espace, jusqu'à cette Islande du XIXème siècle, méconnue et fascinante. 

    J'ai été séduite dès les premières lignes par l'écriture fluide d'Hanna Kent, empreinte d'une sombre poésie, décrivant avec une égale justesse les paysages islandais et les tourments de l'âme. 

    Femme intelligente et volontaire que la passion a mené à sa perte, Agnes Magnusdottir est un superbe personnage féminin, bouleversant et complexe. Je me suis tant attachée à cette femme que le moment de refermer ce livre a eu pour moi un véritable goût d'adieu...

    Les personnages secondaires ne sont pas en reste : terriblement touchants, ils abandonnent peu à peu certaines de leurs certitudes et interrogent leurs peurs les plus profondes. Et les nôtres, par la même occasion...

    Ce livre dur et âpre aborde des sujets tels que la misère, la mort, la violence et l'abandon. Pourtant, Hanna Kent parvient à allumer une lumière au coeur des ténèbres les plus épaisses, et transcende la noirceur à force de lyrisme. 

    Ce roman est inspiré d'une histoire vrai, ce qui achève de le rendre bouleversant. 

    Une lecture que je conseille évidemment. D'autant plus que la couverture, superbe, fait de "A la grâce des hommes" un très bel objet, ce qui ne gâte rien !