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journal du libraire - Page 5

  • Stephen King - Misery

    Paul Sheldon est un écrivain comblé : sa série Misery remporte un franc succès auprès de centaines de milliers de ménagères, lui assurant un train de vie plutôt enviable. Cependant, il en a plus qu'assez d'écrire des romans à l'eau de rose, et son héroïne commence à le gonfler sérieusement. C'est pourquoi, dans le dernier tome de ses aventures, il la fait mourir. Après tout, un auteur a tous les pouvoirs, celui de faire vivre, mais aussi de faire mourir ses personnages, à sa guise.

    Annie Wilkes est une infirmière ratée, à moitié folle, sur laquelle pèsent des soupçons de meurtres. Le tribunal de Denver a bien failli la faire condamner pour tous ces nouveaux nés assassinés à l'hôpital, alors qu'elle était infirmière-chef, mais les preuves manquaient. Elle vit dans une ferme isolée de Sidewinder, dans le Colorado, recluse. Elle est l'admiratrice numéro un de Paul Sheldon.

    Ces deux individus auraient pu se rencontrer lors d'une séance de dédicaces, mais c'est dans un tout autre cadre que naissent leurs relations. Paul Sheldon est en effet victime d'un terrible accident : soûl, il avait pris la route lors d'une tempête de neige. C'est Annie Wilkes qui découvre sa voiture, au fond d'un ravin, et le ramène chez elle sérieusement amoché, les jambes cassées.

    Ce qui aurait pu être un acte d'assistance à personne en danger, devient vite une mise en danger d'une personne nécessitant de l'assistance. Si Annie Wilkes n'a pas emmené l'auteur à l'hôpital, c'est qu'elle le connaît bien. Elle est son admiratrice numéro un, après tout. Qui mieux qu'elle peut s'en occuper ?

    Fast cars. C'est le titre du livre que Paul a toujours voulu écrire, celui qu'il a dans son sac, celui qu'Annie découvre. Fast cars, c'est le début du calvaire. Parce qu'Annie l'a lu, et n'accepte pas que Paul puisse écrire autre chose que des Misery. Pire encore, elle n'accepte pas que cette dernière soit morte. Elle n'a plus qu'un seul désir : que Misery revienne. Et pour se faire, Paul doit écrire le retour de Misery. Rien que pour elle. Il le doit. Il en va de sa survie.

  • Mary Higgins Clark - cette chanson que je n'oublierai jamais

    mary higgins.JPGEn effet, Peter aurait-il été le seul bénéficiaire des deux décès ? Qui aurait eu aussi intérêt à les faire disparaître ? Son frère par alliance, Richard Walker, n'est-il pas couvert de dettes ? Sa belle-mère, Elaine, ne court-elle pas après la fortune ? Et les Barr, le couple qui s'occupe de la résidence, sont-ils d'une façon ou d'une autre mêlés à une sombre histoire ? Il y a aussi Vincent Slater, le bras droit de Peter. Ne cache-t-il pas son jeu ?

    Mary Higgins Clark est encore incontestablement la reine du suspens. Kay, son héroïne, va tout faire pour prouver l'innocence de son mari. Le dénouement n'intervient que dans les dernières pages, le roman se lit d'une traite, comme dans les premiers Higgins Clark, qu'on commençait à regretter ! Et finalement, l'auteur nous entraîne là où elle veut, et c'est avec surprise qu'on découvre, en même temps que l'héroïne, la vérité : sur fond de corruption, une grosse arnaque s'est transformée en assassinats.

    L'auteur s'attarde sur de simples détails : une page de magazine, un sac. Elle distille les éléments de réponse au fur et à mesure. Il y a de quoi la détester : avec elle, pour sur, on manquerait un rendez-vous pour finir ce satané roman ! C'est rudement bien mené, jubilatoire. On avait presque oublié qu'un Mary Higgins Clark pouvait être si bon !

     

    -          Mary Higgins Clark cette chanson que je n'oublierai jamais

    -          Albin michel, mai 2007

     

  • Mary Higgins Clark - cette chanson que je n'oublierai jamais

    « mort et menace planent sur le nouveau suspense d'une Mary Higgins Clark à son sommet » : le lecteur est averti, mais plus surpris par les phrases concises qui présentent, chaque année, avec des mots différents, mais toujours dans la même veine, le nouvel opus de l'auteur de la nuit du renard, grand prix de littérature policière en 1980.

    mary.JPGLe problème, c'est qu'à force de dire que MHC est à son sommet, on pourrait croire que tous ses livres sont des chefs d'œuvre ! Or, il faut rester lucide, certains sont moins bons que d'autres. Il y avait de quoi partir refroidi après rien ne vaut la douceur du foyer [voir notre critique] , une de ses histoires dont on se serait finalement bien passé ! Alors, il est vrai, on partait d'avance avec une mauvaise opinion : ce serait la même structure, des personnages toujours construits sur le même plan, la même trame...

    Mais  cette chanson que je n'oublierai jamais a de quoi surprendre. Il traite notamment du somnambulisme et des actes qu'il entraîne. Quelqu'un qui tue dans son sommeil peut-il être considéré comme un meurtrier ? A partir de cette problématique, MHC tisse une histoire à faire pâlir tous les écrivains de roman à suspens. Beaucoup de personnages, trois meurtres, un déguisé en suicide, des mobiles différents... La résidence Carrington est plongée dans un cauchemar long de deux décennies à la suite du rebondissement de la procédure entamée après la disparition de Susan Althorp, quelques années auparavant : son corps vient d'être retrouvé, enterré près d'une conduite de gaz. Peter, fils de l'illustre Carrington est vite accusé d'y être pour quelque chose. N'est-il pas le dernier à l'avoir vu ?

    Et l'un entraînant l'autre, on relance aussi le procès sur la mort de son ex-femme, retrouvée noyée dans la piscine plusieurs années avant. Enceinte, elle était alcoolique. Aurait-il risqué, avec sa réputation, d'avoir un enfant handicapé ? Peter a toujours été considéré comme un personnage clé dans ces disparitions, mais le procureur n'a jamais réussi à prouver sa culpabilité. L'intervention d'un détective privé, M.Greco, va changer la donne...et les suspects !

     

  • Avis sur In Vivo, de Serge Joncour

    vivo.JPG"In Vivo" : dans l'organisme vivant, signifiant en traduction latine précise 'dans le vivant'. Et quel titre pouvait mieux correspondre à cet ouvrage pour le définir ? "In Vivo", c'est l'histoire de deux frères perturbés par le fonctionnement d'une famille monoparentale, avec un père flic souvent absent. Pour calmer leurs angoisses, ils se rassurent l'un l'autre, carburent au somnifère, jouent avec le flingue de leur aïeul, et font les pires conneries sans vraiment se rendre compte de la gravité de leurs actes : voler la caisse d'une boulangerie, s'évader du groupe en sortie de classe, faire une fugue...

    Car un jour, pour réaliser leur idéal de "famille Ricoré", ils s'en vont, et finissent par rencontrer un couple "grunge", drogué, pas vraiment à l'image de ce qu'ils avaient imaginé pour parents, mais ils restent avec eux, dans une nouvelle atmosphère, prêts à s'occuper pour les changer à leur manière. Dans le même termps, un ancien médecin observe sa piscine, rongée par les bactéries et les algues par manque d'entretien. Une vie s'y développe ; des organismes y prolifèrent. Ce bassin devient son obssession, jusqu'au moment où les gamins, ayant trouvé un boulot de nettoyage d'une piscine, arrivent justement chez lui.

    Commence un apprentissage d'apprivoisement l'un de l'autre, un entremêlement de sentiments, un second soufle pour le couple du médecin qui stagnait sur des incertitudes. Une chronique de la vie, grossi au microscope x1000, avec tact et style.

    In Vivo, Serge Joncour, Flammarion, 298pages

  • Avis sur Kuessipan

    kuissipan.JPGHier, nous vous parlions du lancement de la nouvelle édition de AMERICA à Vincennes, le festival de toutes les littératures du continent américain (qui fête cette année ses 10 ans) et donnions à lire un extrait de Home de Toni Morrison. Aujourd’hui, nouveau coup de projecteur sur une autre invitée du festival, Naomi Fontaine, jeune auteur Innue Montagnaise (réserve de Uashat sur la Côte-Nord du Québec) et qui vit aujourd’hui à Montréal.

    Son premier roman, Kuessipen (devenu ensuite Kuessipan) a d’abord été proposé en numérique chez publie.net avant d’être repris et publié en papier aux éditions Mémoire d’encrier. Dans cet ensemble où s’alternent regards distanciés, mélancoliques et plus violents parfois, il y est question d’un trajet de vie, notamment de son enfance dans une réserve amérindienne du nord du Canada. Par de courts fragments précis, poétiques, concrets (selon la force du souvenir ou le portrait), Naomi Fontaine aborde avec une langue étonnante les conditions de vie souvent difficiles de cette communauté et leur existence au quotidien à travers les rituels (les enterrements par exemple), la sexualité, la bestialité aussi (viols, avortements) et ses conséquences (mères célibataires, abandons), l’expérience de la route, de la nuit mais elle montre aussi (sans justification, juste avec le texte, dans son rapport direct avec l’écriture) les rapports entretenus avec l’autre, la frontière, la drogue, l’alcool, les blancs… Pour vous donner un aperçu de son travail, nous proposons infra un extrait issu de la version numérique (je précise que celle que proposent les éditions Mémoire d’encrier a été retravaillée depuis).

    En général nous suivons Naomi Fontaine sur son blog Innushkuess mais ces deux jours, nous aurons la chance (c’est la première fois qu’elle vient en France) de la croiser à Vincennes et surtout de l’entendre lire ses textes et de parler de son écriture  N’hésitez pas !

  • L’art du contresens de Vincent Eggericx

     

    art-du-contresens.JPGDepuis le premier jour du Salon du Livre de Paris , chaque matin le blog ePagine vous a offert un extrait à lire en ligne d’un titre issu du catalogue numérique. Après Ikebukuro, West Gate Park de ISHIDA Ira (éditions Philippe Picquier), Ce n’est pas un hasard de Ryoko Sekiguchi (éditions P.O.L) et Fuji San de Jacques Roubaud, aujourd’hui, pour le dernier jour, place à L’art du contresens de Vincent Eggericx (éditions Verdier), un récit magnifique où il est question de la ville de Kyôto et de ses paradoxes, de l’apprentissage du tir à l’arc et de la culture nipponne, de souffle, de « rédemption » et d’amour. Plutôt que de gloser comme j’ai trop l’habitude de le faire, je vous propose de lire l’extrait infra et d’écouter l’auteur parler de son récit (de voyage) doublé d’une réflexion sur le monde et sur soi.

    L’art du contresens de Vincent Eggericx fait partie du catalogue numérique de ePagine et des libraires partenaires. Proposée avec DRM Adobe, la version électronique (format ePub) est vendue au même prix chez tous les revendeurs de livres numériques (10.65 €) et peut être lue sur tous supports (ordinateur, liseuse, tablette, smartphone…). Pour rappel, Verdier c’est aujourd’hui 7 titres en numérique (format ePub). Enfin, deux autres titres de Vincent Eggericx chez sont disponibles en numérique chez publie.net, La Position de l’observateur et Paradis violent.