05.01.2011

Le fil d'Ariane

       On continue aujourd’hui à tirer le fil, à dérouler l’histoire. C’est celle d’Ariane cette fois qui n’a rien n’avoir ni avec Thésée ni avec le labyrinthe mythique. ariane.jpgMais fuyant sans doute une dispute, elle garde le contact avec la maison avec une pelote oubliée dans sa poche à laquelle se raccrocher. Elle invente milles choses avec ses bouts de ficelles au fur et à mesure de son périple. Ça donne un album si simple, si épuré que seul un fil parfois partage ou traverse la double page pour suivre un personnage, une petite fille, Ariane qui s’amuse oubliant temporairement la tempête. Quand elle rentre, voilà son Pinocchio remis en état avec d’autres fils, on s’amuse d’un côté pour se changer les idées, on réfléchit de l’autre pour mieux se retrouver… Si ariane.jpgla mythologie a quitté le fond de la page toute blanche, on n'a pourtant gardé de manière subtile le sens de l'expression : expression qui caractérise, en rapport à cette légende, "le moyen qui permet de se diriger au milieu des difficultés, de raisonner."

Dès 4 ans

« Le fil d’Ariane » de Javier Sobrino et Elena Obriozola chez Autrement

 

04.01.2011

Ficelle

         Attachée à des kilomètres de ficelle tant elle est légère, une petite fille explore, imagine le monde toujours emporté par le vent. Un jour un nœud à sa ficelle.jpgficelle, c’est un garçon aussi léger qu’elle. Ils explorent alors le monde à deux et grandissent ensemble. Nathalie Choux sans doute emportée par l’histoire d’Alex Cousseau nous donne des planches absolument extraordinaires où l’on voyage à travers le monde et dans l’imaginaire. C’est sans doute l’un de ses albums les plus poétiques et l'un des plus riches. On fait des kilomètres  mais sans inquiétudes, 384 000 kilomètres de ficelles nous retiennent, de quoi faire plusieurs fois le tour de la terre dans le même album et une manière inédite de lire tout un tas de petites ficelle.jpgquestions très terre à terre. Ces deux petits poucets volants enroulent et dessinent un voyage extraordinaire que seule la nuit interrompt quoique… On suit, relie et dans cette étrange théâtre mouvant se dévoile le monde. « Planant » et magnifique !

Dès 4 ans…

« Des kilomètres de ficelle » d’Alex  Cousseau et Nathalie Choux chez Sarbacane

03.01.2011

Réveillons-nous !

« Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945 et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance (…)Le gouvernement s’y emploie » . Denis Kessler, ancien vice-président du Medef, 4 octobre 2007.

         Vous l’avez peut-être reçu en présent pour Noël vu la demande juste avant les fêtes. Une telle me demandait « indignez-moi », un autre « indignons-nous »… hessel.jpgQue s’était-il passé ? Un vieux monsieur très élégant et très intelligent, comme on en fait plus, c’était exprimé. Pour une fois un vieux monsieur de gauche tirait la bourre à Jean d’Ormesson en librairie et à la télé. Je savoure encore plus son succès car je sais que son combat ne date pas tout à fait d’hier et ne s’est jamais vraiment arrêté, quelle endurance ! Il y a plus d’un an le film « Walter, retour en résistance » que très peu de cinémas ont diffusé et très peu de temps, nous le montrait déjà avec sa superbe que je rapprocherais indignez.jpgpresque d’un Stefan Zweig, un Zweig de nos temps obscurs. Les gens reprenaient donc le chemin de la rue pour aller en librairie. J’étais sévère derrière mon amabilité à moitié feinte et ma servilité à toute épreuve parce que pour certains il  fallait le demander toujours aussi sympathiquement que d'habitude bien que le livre invite à plus de respect mutuel. Qu’est-ce que ces gens plus âgés que moi et moins âgés que lui avaient fait toutes ces années ? Qu’avaient-ils fait de l’héritage de nos grands-parents ? Pourquoi ne nous avaient-ils jamais parlé de ce texte fondateur ? La télé devant laquelle ils avaient l’habitude de s’endormir les avait-elle réveillés ?  Qui s’indignaient dans la walter.jpgmême année que le film « Walter, retour en résistance » ne passe quasiment nulle part et à des heures impossibles ? Qui s’indignait du sort de Guilherme subissant tous les outrages au nom d'une soit disant réelle politique? Où et qui étaient avec nous à bien des réunions ou conférences sur bien des sujets très divers où de plus en plus les têtes blanchissent et toussent (allez plus nombreux à la maison des passages !)? C’est d’abord la télévision qui avait relancé tout ça alors je boudais à moitié le phénomène même si c’est vrai, Hessel est ce genre de bonhomme qui crève indignez.jpgl’écran et en fait oublier n’importe quel présentateur (ce qui est assez rare). Le propos est clair, l’esprit lumineux et puis venant de quelqu’un de son âge et de son expérience, on ne pouvait le rembarrer comme nous dans les cordes aussi facilement au nom d’un énième impératif « réalistique ». Les idées ont souvent un énorme besoin d’incarnation. Les jours passaient et le phénomène s’amplifiait. Il commençait à intéresser tout le monde. J’étais ravi pour Noël, les gens n’allaient pas avoir droit qu’aux chaussettes de Houellebecq mais quelque chose allait peut-être les réveiller. Il y eut aussi entre Noël et le jour de l’an les profiteurs du phénomène, ceux dont on pouvait dans le unes.jpgmême temps apprécier la pertinence de leurs Unes sur plusieurs années, du passé ! On lui donner la couverture de la Une pour profiter du phénomène et en page 11 on relativisait le propos. Pendant ce temps là sur internet sur des sites comme orange, aucuns modérateurs n’étaient là pour sanctionner des propos d’une violence inouïe à l’encontre du bonhomme. Pour le coup, 40/ 45 a encore pas mal de nouveaux adeptes de l’autre camp. Notre président a ouvert de manière malsaine une boîte de pandore dont s’échappe des choses affreuses et nauséabondes. Le coin (terme utilisé pour le bois au sens indignez.jpgimagé) réactionnaire qu’a enfoncé cette nouvelle droite débile occupe les esprits et ravivent les flammes ou tout le monde se lâchent sans même s’apercevoir qu’ils se font tous bananer par les mêmes qui n’ont aucune passion ni aucun engagement pour le bien collectif. L’argumentation d’un journal expert pour analyser et relativiser le phénomène laisse songeur. Révélateur d’un « désir d’indignation » dont la gauche devrait s’occuper. Les Rothchilds devraient resservir du caviar à cette gauche tarama. Il faudra un jour arrêter de tout renvoyer à la gauche et se déclarer franchement de droite. indignez.jpgParce que, que je sache la gauche qui peine c’est vrai à établir un programme n’a jamais projeté comme l’autre de mettre en place une république bananière. Et dans indignation, si on s’en tient à la toute simple définition, il y a colère. Et si de s’attaquer à Sarko Ier n’est certes pas un programme, c’est au moins une nécessité dans un monde où il n’y a plus besoin d’avoir fait science po pour comprendre les manières du bonhomme mais qui a avec lui un consensus mou effarant. Nul besoin non plus d’être des gens de gauche pour s’indigner d’un scandale que des personnalités politiques couvrent de leurs indignations très fortes nous faisant prendre des vessies pour des lanternes. heureux.jpgNon seulement Madame Bettencourt était faible et fragile quand certains se sont refilés le filon et c’est une réalité dont on peut abuser sans même parler du financement des partis politiques qui est une autre faute. Mais traiter en plus son petit personnel très dévoué de bandes d’affabulateurs ou les ignorer tout simplement, on croit rêver. Et s’il n’y avait que ça. Il y en a tant depuis le début que oui les gens sont en colère et Libération a du mal à analyser le phénomène et renvoie encore une fois la responsabilité à la gauche et détourne complètement les propos de ce minuscule livre en laissant croire que lui aussi n’a finalement pas rsenthal.jpggrand-chose à proposer. La colère, ce sentiment protéiforme dont je trouvais dans une lecture récente une illustration magnifique : « Vous êtes étonnée, vous êtes désarmée, vous ne maitrisez rien, vous ne contrôlez rien, vous vous énervez, vous vous engagez, vous vous impatientez. Après des décennies de rétention, de contention et de déni de votre part, vous n’avez plus le temps de vous justifier ou d’attendre. Vous lâchez ce que vous avez retenu pendant tant d’années, vous l’exprimez. Vous découvrez la colère. Elle monte en vous. Elle vous accompagne. Elle vous soutient. Elle vous aide. Vous vous appuyez sur elle. Elle vous tient en vie et en éveil. » (extrait tiré de « Que font les rennes après noël" d’Olivia Rosenthal). Les journaux non seulement n’informent plus mais n’aiment pas aussi qu’on leur vole heureux.jpgla vedette. « Avec son appel à l’indignation Hessel, à son corps défendant, se met au diapason dédiée au spectacle de l’émotion ». C’est scandaleux et préjudiciable d’écrire des choses pareilles. Que dit le texte de Hessel ? Des choses très simples et essentielles. Quel héritiers sommes-nous ? Qui connait encore ce texte fondateur qui sert de socle notre société ? Qu’en a-t-on fait et pourquoi ? Des questions auxquelles il répond tout simplement en parlant de sa propre expérience –même plutôt de son propre cheminement- mais en invitant les gens à chercher autour d’eux  à hauteur citoyenne ce qu’il est possible de faire. Et c’est là qu’est le succès de ce livre. Pour une fois, toute une patronat.jpggénération qui n’a pas su nous dire ça aussi simplement et qui a tout fait pour nous résigné car elle sait qu’elle ne veut et croit qu’elle ne peut pas nous donner droit aux mêmes choses. Il y a bien sur des choses qui fâchent mais tellement criante qu’il faudrait acheter des lunettes aux analystes de Libération : « le pouvoir de l’argent… n’a jamais été aussi, grand, insolent, égoïste. » Jamais on ne nous invite comme le fait cet homme à « prendre le relais » et ne nous a à nouveau questionnés simplement sur « notre volonté d’engagement ». Ceux qui possèdent préfèrent indignez.jpgnous rabâcher de nous résigner et nous diviser, c’est plus simple, moins risqué, moins compliqué. Je doute pourtant que la France que nous connaissons si riche actuellement ne se soit pas d’abord enrichie par son école en donnant une chance à tous qui sorti de leur campagne et de leurs faubourgs bien des gens y ont fait une belle carrière. Ce petit texte nous invite « à renouer avec l’Histoire » qu’on a laissé aussi aux autres. On préfère s’arranger d’un absentéisme monstrueux. Ce vieux monsieur le redit et il a raison : « l’indifférence est la pire des attitudes ». Et mieux encore, face à un horizon qui menace et face à une colère qui monte, il nous dit de ne pas avoir hessel.jpgrecours à la violence. La moindre des choses pour des journalistes aurait été d’indiquer la réédition du texte du c.n.r. à la découverte auquel Stephan Hessel se réfère, un texte finalement peu connu, "les jours heureux" (ils savent pourtant exhumer quand il le faut), et, signaler et même s’inspirer de l’appareil critique qui l’accompagne, qui permet d’approcher un texte fondateur extraordinaire dont l’évolution et la démolition sont au cœur de ce qui nous intéresse tous aujourd’hui. Hessel n’est pas un radoteur resté en arrière. C’est la base de notre système qui est en jeu et il le sait et le dit. Ils pourraient aussi signaler la parution en poche d’un bon petit pavé dans la patronat.jpgmarre qui peut donner du grain à moudre à qui voudrait vérifier ses dires : « Histoire secrète du patronat français », aussi à la découverte. Un vieux monsieur dans sa dernière étape nous donne un peu de jeunesse qu’on croyait chaque jour un peu plus perdre alors réveillons-nous. C’est ce que je nous souhaite pour cette année ! Il oublie tout de même de nous dire une chose. Que si le texte du C.N.R. a été adopté alors à l’unanimité, c’est qu’un certain rapport de force le permettait. Hors depuis déjà pas mal de temps, un déséquilibre profond par notre indifférence sans doute fait qu’une force prend le dessus sur l’autre comme nous dirait G. pour illustrer la chose par une formule de physique pure. Alors cette année, la seule chose que je nous souhaite, c’est de nous réveiller pour choisir ce que l’on veut garder. Et de lire toujours plus !

« Indignez-vous ! » de Stéphane Hessel chez Indigène édition collection ceux qui marchent contre le vent

« Les jours heureux » des citoyens résistants d’hier et d’aujourd’hui à la découverte

Et, "histoire secrète du patronat français » sous la direction de Benoît Collombat & David Servenay à la découverte également

Et bien d’autres encore comme « travailler sans les autres », « les chiens ont soif »….

surprise