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journal du libraire - Page 11

  • chasseur noir roman de Michel Honaker

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  • Soliquiétude

    Le titre d'abord : "Litli soliquiétude". Litli veut dire "petit" en islandais. Soliquiétude : "un état de solitude voulue pour approcher du sentiment de la tranquilité douce de celui qui marche, et fait naître le monde en chemin." Après le titre et sa signification , la page du titre avec sous celui-ci la photo d'une cabane bien singulière.

     

    L'album débute sur une petite chambre magnifique en noir et blanc, incroyable de finesse, de minutie, de goût. Dans son lit, une poupée, un petit personnage. Juste une couleur au mur, la photo d'un paysage magnifique et antédiluvien. C'est le réveil. "Tu marches toujours sur les mêmes lignes". Lignes de pavés disjoints, on continue dans le noir et blanc. Ce petit être a tout le charme d'une histoire sans fin. Quand on est lyonnais, on distingue derrière les Subsistances et les bâtiments qui l'entourent mais on s'en fout un peu de ça. "De l'air entre les pavés". Une phrase énigmatique et fortement symbolique: "Si tu regardes longtemps, même une pierre finit par s'ouvrir." Le texte, très sobre est de catherine Leblanc. Commence donc une fable à la fois très symbolique et très lumineuse. Un éveil. On peut ouvrir les pages en grand et même une chute vertigineuse entre les mêmes pavés ne nous fait plus peur. Nous sommes au seuil de quelque chose. "Là-bas grandit ce que tu ne connais pas." Nous étions au seuil d'un autre monde, pas si loin, sous nos pieds. Cet autre monde vient du fond des âges, grandiose, magnifique, sauvage. "Tu peux aller là où commence le bleu." Juste le vent, la terre vivante. "Regarde, tu fais naître le monde." La naissance à autre chose, l'éveil à la vie, franchir le pas d'une vie, de la 1312576498.jpgcréation. Un récit initiatique dont la lecture est presque écrite en nous, au fin fond ou déjà à la surface du monde et des choses. La plus grande simplicité donne parfois la clé pour nos vies souvent enfermées, stériles. Je vous rassure, c'est bel et bien un livre pour enfant, mais pas n'importe lequel et pas le énième: un petit chef-d'oeuvre! Dernière page, la lumière du jour pénètre dans la chambre colorée cette fois que nous avions vue au début. Ne reste plus au mur en noir et blanc que la photo au début, elle seule colorée. Ce voyage est terminé, sans doute amené par la clarté du jour qui pénétre dans la chambre (et un voyage en Islande pour l'auteur). Litli a été récupéré un jour par Séverine Thevenet qui nous donne cette histoire en images (en photos). Elle veut rendre visible l'invisible, c'est réussi. Catherine Leblanc, auteur du texte, dit de manière très touchante :"Plus je grandis, plus j'écris pour les petits." C'est une première, le libraire est un peu "illuminé" par ce livre. Alors prenez vraiment le temps de le lire en ayant fait un peu de vide avant, si vous en avez l'occasion, ne passez pas à côté comme on le fait trop souvent avec les choses essentielles..
  • Oholiba des songes : roman

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  • Sarcelles Dakar

    Pour parler du livre d'Insa Sane, je peux bien sûr engager tout de suite ma page sur une problématique "du jeune de banlieue". J'aurais ainsi fait à peu de frais mon boulot journalier. Les prescripteurs et pédagogues en tout genre seraient heureux. Ils auraient là une thématique clé en main et moi je me casserais pas la nénette mais ce livre mérite mieux.

    Insa Sane n'est pas une bête de foire et sa jeunesse c'est la nôtre, à une couleur près.

    Son héros Djiraël s'exerce à une jeunesse faite de drague et d'amitié. Il pense bien sûr à tout, sauf trouver à temps une bonne excuse quand ses parents demandent ce qu'il a bien pu faire la veille. Dans son parcours oisif et précaire, toujours les mêmes questions des oncles ou tantes : "Qu'est-ce que tu as grandi depuis la dernière fois ? Oui autant que la dernière fois. Quel âge as-tu maintenant ?". Ca vous rappelle quelque chose ? Le tout c'est de placer la réponse là où il faut avec le ton idéal... avec ceux qui n'ont pas le même âge et qui ne peuvent pas comprendre à quel point la vie peut être préoccupante et pleine de rendez-vous de jour comme de nuit. Quand votre mère s'approche de votre regard, difficile de feindre aussi celui qui est insensible... Mais pour ce qui est de la vie à Sarcelles, les copains, les filles, les p'tites embrouilles, tout va être éloigné, mis entre parenthèse, il faut partir, direction Dakar. "Elle t'attend alors reviens, elle t'attendra alors pars". Un voyage pour faire le deuil de son père dont il se serait bien passé mais là bas le deuil n'est pas une chose qu'on doit vivre seul et tout n'a pas été encore dit ou pensé alors... "Nous ici, vous là-bas..." Et si là bas la vie allait rejoindre la fable, amener quelques réponses à un songe commencé ici, et s'il fallait aussi se défendre d'être francenabé cette fois. Mais il y a le cousin Bilal, la griotte et les habitants de Sindian... L'Afrique vous rattrape toujours... Comme le dit son cousin Bilal :"L'homme est une vague. Une vague enfant de l'eau et de la terre. Une vague née des profondeurs de l'océan par d'obscure et d'inpénétrables voies. De l'abîme, la vague surgit à la surface du monde. Elle est indécise, fragile, presque intimidée par cet univers si différent du gouffre. Elle monte et elle descend. Elle n'est qu'une idée confuse, abstraite, flottant parmi une multitude d'incertitudes. C'est alors qu'elle voit poindre à l'horizon la question : "Quel est ton but ? Pour rassurer la petite vague, le jour lui offre des robes d'argent et la nuit lui dédie les plus belles parures d'or. Nourrie d'abondance, la vague ondule, fluide, diffuse et presque insouciante...". Insa Sane et les éditions Sarbacane avec cette nouvelle collection et ce titre nous offrent un véritable roman d'apprentissage, d'une profondeur rare. Allez vous aussi méditer un peu sous le fromager. Faites comme Djirael, il y a toujours un début et une fin pour tout... Et peut être que le conte relie parfois dans nos histoires modernes ce qu'il reste de l'enfance et ce que petit à petit l'on devient...