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journal du libraire

  • Déception avec Etat d'urgence de Michael Crichton

    L'histoire du thriller Etat d'urgence de Michael Crichton 

    etat d'urgence polar.jpg Peter Evans est un jeune juriste travaillant sur des questions d'environnement qui découvre petit à petit que l'opinion publique a été manipulé par les différents courants de pensée et mouvements environnementalistes et écologistes. Lui-même est victime notamment par ses propres clients. De plus il découvre qu'un de ces mouvements écologiques dissimule en fait un réseau terroriste présent dans le monde entier et qui a pour but de promouvoir les thèses sur le réchauffement climatique visant réduire les émissions de gaz à effet de serre, décidé pour ce faire de commettre des attentats sanglants.

    A priori ce techno-thriller, sorti en France en 2006, mettant en scène des éco-terroristes peut paraître fort attrayant, mais il y a un grave problème. Michael Crichton utilise ce roman afin d'y inclure ses propres idées sur le réchauffement de la planète. Il considère que le monde se réchauffe, mais que les causes, les conséquences, les avantages et les inconvénients de ce changement sont inconnus et donc que rien ne démontre que ce changement ne peut être globalement bénéfique, et surtout rien n'indique que la pollution est la cause de ces changements. Crichton a d'ailleurs obtenu pour ce roman un prix de la part de l' American Association of Petroleum Geologists (AAPG), groupement de pétroliers, qui forcément apprécient qu'on leur retire la faute quant au réchauffement climatique. Ce roman finalement n'est même pas un vrai roman. Crichton y détaille une multitude d'études scientifiques aux conclusions douteuses et bien peu scientifiques, n'hésitant pas à remplir des pages et des pages d'explications, souvent sans queue ni tête et enfonçant le lecteur dans un ennui terrible. L'intrigue du roman, faisant succéder des scènes d'actions totalement incrédibles, n'est qu'un prétexte et ne présente d'ailleurs aucun intérêt, sauf celui de servir de canvas aux théories fumeuses de Crichton.

    Critiques négatives du livre

    De nombreux critiques soulignent d'ailleurs de nombreuses erreurs dans les prétendus faits exposés par l'ouvrage ; par exemple Crichton estime que l'interdiction du DDT contre les moustiques porteurs de la malaria a causé la mort de 50 millions de personnes, alors qu'il n'y a jamais eu d'interdiction officielle d'utiliser le DDT contre ces moustiques et que le nombre total de décès pour cause de malaria durant la période citée est inférieur à 50 millions. Crichton met tout en cause, niant totalement les récentes catastrophes climatiques et ce réchauffement général, dont tout le monde s'est déjà rendu compte.

    En bref, Etat d'urgence est d'un ennui profond, totalement incrédible et éviter à tout prix. J'ai d'ailleurs l'impression que les livres de Crichton perdent de plus en plus en qualité.

  • Mon opinion sur le livre "Vérité de la démocratie" de Jean-Luc Nancy

    Jean-Luc Nancy ose prétendre à la "vérité" de la démocratie. Philosophe hérétique ? Sans doute.

    Loin des sommes académiques et des compilations ordonnancées de l'évolution théorique de la notion, Nancy choisit la confrontation (un peu comme l'essai virulent de Dominique Lecourt Les piètres penseurs, ) , porté à l'évidence par le vent frondeur d'un Mai 68 aussi fêté qu'étourdi de son propre succès. A armes égales donc, 'Vérité de la démocratie s'attaque à la pensée politique, quitte à lui substituer une politique de la pensée. En phase avec la fronde sociale du Mai 68 de la pensée, Nancy expose de façon subtile l'avènement d'une génération en rupture avec le désir de principe. Ne pas chercher un principe mais poser en principe qu'il s'agit de le dépasser. Un retournement puissant qui va servir de témoin de la pensée du philosophe tout au long de ce passionnant essai qui convoque les penseurs comme autant de fulgurances dans un ouvrage bondissant et courageux.

    'Vérité de la démocratie' a tout d'une composition libre, portrait esquissé dans l'urgence d'une vie de réflexion, somme démente de citations implicites. L'essai-oxymore est né, il porte en sa brièveté une vérité nue, immédiatement perceptible. Nancy alterne les références à des concepts largement débattus en se servant avec virtuosité de leur force, quitte à en suspendre le doute. Tout est dans le style, dans cette écriture qui multiplie les échos et les images. Jean-Luc Nancy réintroduit un art de la formule et dévoile la multitude de tensions en jeu dans la notion même de démocratie. S'il est possible de suivre tous les renvois implicites vers lesquels Nancy éclate son texte, c'est aussi bien sa dynamique qui en fait une pièce majeure.

    Au travers de la démocratie se découvre la possibilité même de l'homme, dès lors qu'il vit en communauté, propulsant la chose publique comme concrétisme de l'infini de l'être humain. Magicien de la pensée, Nancy offre ainsi une vérité enchantée qui, en même temps qu'elle s'impose, ouvre aussi bien à continuer à la penser.

    En conclusion

    Ce livre est un essai bref mais dense qui s’inscrit dans le sillage des réflexions de l’auteur sur la démocratie, la politique et la métaphysique. Nancy y propose une réflexion radicale : la démocratie n’est pas simplement une forme politique parmi d’autres, comme elle pouvait l’être pour les Anciens, mais bien un régime de sens qui engage l’homme dans sa totalité, comme risque et comme chance de lui-même. Elle ne peut être réduite à une instance ordonnatrice — qu’elle soit religieuse, politique, scientifique ou esthétique — et se définit plutôt comme une ouverture à l’infini, une condition de possibilité de la différenciation et de l’inéquivalence.

    Vérité de la démocratie de Jean-Luc Nancy, publié en 2008 aux éditions Galilée.

  • Travailler, moi ? Jamais ! Bob Black

    Toute activité salariée peut être considérée comme avilissante pour au moins deux bonnes raisons : qu’on le veuille ou non nous dépendons toujours d’un supérieur hiérarchique, aux yeux duquel nous représentons essentiellement un exécutant - c’est-à-dire un sujet subordonné et instrumentalisé - et la tâche quotidienne qui nous incombe revêt une dimension beaucoup moins créatrice que rébarbative. Autrement dit : l’épanouissement dans le travail est un leurre gigantesque (sauf bien sûr pour les quelques privilégiés qui vivent de leur passion). Lire à ce titre : Le Travail – Une valeur en voie de disparition ?,de  Dominique Méda ...

    Nous faire croire que travailler permet en premier lieu l’acquisition d’une certaine autonomie (voir : Travailler – La grande affaire de l’humanité, de James Suzman), c’est occulter le fait que nous sommes en réalité assujettis à un protocole disciplinaire qui participe à notre conditionnement, de manière parfois si insidieuse que nous nous imaginons malgré tout libres de nos mouvements ("Nous sommes si liés au monde du travail quenous ne voyons guère le mal qu’il nous fait", dit Bob Black), alors que toute notre vie est organisée autour du gagne-pain - ou le "chagrin" en argot - l’autre grande duperie étant aussi de nous faire croire que nous sommes en train de vivre l’avènement historique du "temps des loisirs", qui est en vérité un temps de récupération et de remplissage.

    Dans quelles mesures serait-on en droit de prétendre que l’aspect répétitif de la plupart des jobs s’avèrerait propice à notre équilibre psychologique ? Même le célèbre économiste Adam Smith ne s’y était pas trompé : "L’homme dont la vie se passe à effectuer quelques gestes simples n’a guère l’occasion d’exercer son intelligence. Il devient généralement aussi stupide et ignorant qu’il est possible à une créature humaine de l’être"... Nous seriner quasiment depuis le berceau que nous sommes sur terre pour travailler consiste en un dogme rétrograde issu de l’idéologie calviniste et consacré par l’industrialisation à outrance.

    L’univers de la besogne rétribuée, rarement en conséquence de la production fournie - surtout dans le privé - n’est rien d’autre que de l’esclavagisme soft (comme disait Cicéron : "Quiconque échange son labeur contre de l’argent se vend lui-même et se place de lui-même dans les rangs des esclaves"), où règne une terreur sourde qui va de l’humiliation au harcèlement en passant par la médisance institutionnalisée et la dénégation de l’individu.

    En ce sens, affirmer que"le travail c’est la santé" relève de l’obscène. Car si l’on y regarde de plus près, le boulot en général contribue largement à l’amplification du taux de mortalité : outre les nombreux accidents survenant dans l’exercice de ses fonctions, il y a toutes ces vies abrégées par les maladies professionnelles - dont les dégâts organiques suscités par cette pollution ambiante qui surclasse la cigarette surdiabolisée - affections et infections répertoriées dans un livre de 1200 pages où il n’est même pas tenu compte de certains facteurs moins évidents, comme par exemple le stress générateur de pathologies névrotiques et de complications cardiaques, sans parler des multiples suicides en milieu ouvrier pour cause de mal-être insoutenable.

    C’est bien beau de se vautrer dans la contestation, mais dans la pratique, nous n’avons pas d’autre choix que de travailler pour vivre... Voilà justement le problème majeur que soulève l’impertinent Bob Black..

    "Travailler, moi ? Jamais !",  Bob Black,  ‎ L'Insomniaque, 2010, 62 pages

  • Que penser du livre : Le Messie de Dune, de Frank Herbert ?

    L'histoire du Messie de Dune

    Le Messie de Dune, de Frank Herbert.jpg Douze ans après les événements relatés dans le premier tome Dune (1965), Paul Atréides, aussi dénommé Muad’dib en langue Fremen, a triomphé de tous ses ennemis. Il est devenu l’empereur de tout l’univers connu grâce aux nombreuses conquêtes de ses armées de Fremen. Mais son pouvoir est tellement immense qu’il est plus qu’un Empereur, un Dieu au pouvoir quasi infini. Quasi, car il est devenu incapable de stopper son Empire dans son expansion sanglante. De par son don de prescience Paul peut anticiper toute attaque de ses ennemis qui tentent de lui reprendre le contrôle de l’épice. De par ce don il peut même se retrouver en plusieurs endroits à la fois sans jamais être détectés par quiconque. Et il sait aussi que l’univers est condamné. Tous les futurs possibles mènent au désastre, et celui que lui propose n’est pas le pire même s’il a déjà coûté la vie à plus de soixante milliards de personnes à travers l’univers. Son œuvre ne peut plus être stoppée, même sa mort n’y changera plus rien.
    Mais autour de Paul les complots s’organisent de plus en plus. Les Bene Gesserit tentent reprendre le contrôle du Kwisatz Haderach, fruit ultime de leur travaux à travers les âges. La Guilde des Navigateurs est devenue totalement dépendante de Paul et tente par tous moyens de s’en débarrasser. Y compris les Bene Tleilax qui sont très avides de pouvoir. De plus la dynastie des Atréides est fragilisée par la fait que Paul n’a pas pu avoir encore d’héritiers. Paul sait que sa compagne Chani ne peut avoir d’enfants, car sa femme la Princesse Irulan, héritière du trône, lui administre en secret des contraceptifs. Mais en même temps il ne veut intervenir car il sait que Chani mourra le jour où elle accouchera de sa descendance. Une partie d’un complot majeur mis sur pied par Irulan, la révérende-mère Gaius Helen Mohiam, le Navigateur Edric et le Tleilaxu Scytale est d’offrir à Paul un cadeau qu’il ne pourra pas refuser, notamment un ghola (en quelque sorte une copie vivante) de Duncan Idaho, appelé le Hayt, son ancien ami et enseignant lors de sa jeunesse mais décédé depuis. Le but en est de pousser Paul à se questionner lui-même et aussi à perdre l’appui des Fremen qui voient en cette créature comme quelque chose de malsain.
    Mais pour Paul seuls deux choix s’imposent pour l’avenir : sa mort ou la destruction de ce qu’il a construit, sinon les deux.

    Critique du Messie de Dune


    Le Messie de Dune est le second volet du désormais très célèbre et incontournable Cycle de Dune lancé par Frank Herbert en 1965. Ce roman a d’abord été publié sous forme de feuilleton dans le magazine Galaxy entre juillet et novembre 1969.

    Cette suite très réussie amène le lecteur où il s’attend finalement le loin après avoir lu le premier tome. D’ailleurs il ne s’agît pas vraiment d’une suite dans le sens où Frank Herbert laisse s’écouler douze années entre les événements de ces deux tomes, pour nous relater une histoire dans laquelle tout le contexte a finalement changé. Ce qui en fait finalement une œuvre à part entière dans le Cycle de Dune, comme d’ailleurs chacun des six tomes constituant ce Cycle. Il reste toute fois bien préférable évidemment d’entamer la série par le premier tome. Alors que le premier tome Dune (1965) nous parlait d’anthropologie, d’écologie planétaire, de politiques, ici Frank Herbert nous conte avant tout une histoire sur le pouvoir absolu politique et/ou religieux et ses conséquences. Une différence de taille est aussi le fait qu’ici le combat que mène Paul Atréides est surtout psychologique, que ce soit face à ses ennemis ou alors face à son futur. De plus le tout est parfaitement mis en scène et étoffé de philosophies occultes et mystérieuses, de complots en tout genre à l’intérieur d’autres complots, un symbolisme permanent dans un contexte fortement psychologique. L’œuvre est terriblement complexe et vaut amplement la peine d’être relue afin de l’apprécier dans toute sa profondeur.

  • Nouvelles SF de Iain M. Banks avec L'état des arts

    Suite de nos critiques de livres de science fiction : avant le Messie de Dune voici L'état des arts de Iain M. Banks

    le cycle de la culture iain banks.jpg L'état des arts de l'écrivain de science-fiction britannique Iain M. Banks est un recueil de nouvelles écrites entre 1987 et 1989 et dont la plupart s'inscrivent dans le cycle de la Culture. En cela principalement la longue nouvelle, ou novella, au même titre que le recueil, qui décrit les aventures d'un agent de la Culture, Diziet Sma, envoyé sur la Terre de l'année 1977 pour déterminer si elle mérite d'être sauvée et si la Culture peut enfin prendre contact avec elle, ou alors ne mérite-t-elle que d'être laissée à labandon, voire d'être détruite. Il s'agît en quelque sorte d'une introduction au roman L'usage des armes (The Use of Weapons, 1990), dans lequel le personnage de Diziet Sma tient un rôle principal. Ce récit prend la forme d'un long rapport qui, comme on l'apprend à la fin, a été traduit par un drône traducteur, un drône à l'humour semble-t-il quelque peu décalé. Cette nouvelle présente par certains éléments un texte clef de tout le cycle de la Culture.

    Cependant, il est important de noter que L’état des arts a d’abord été publié seul en France, avant d’être réintégré dans le recueil L’essence de l’art, qui regroupe l’intégralité des nouvelles de Banks, dont certaines sont directement liées à la Culture. Ce recueil, unique en son genre pour l’auteur, est souvent jugé inégal par la critique et les lecteurs. Si la novella éponyme est saluée pour sa profondeur et son ancrage dans l’univers de la Culture — avec ses intelligences artificielles pétillantes et ses questionnements éthiques — les autres nouvelles, plus courtes et parfois trop elliptiques, peinent à convaincre. Beaucoup estiment que Banks, romancier hors pair, n’est pas à son aise dans le format court, ce qui rend certaines histoires difficiles à comprendre ou moins abouties que ses romans.


    Les autres nouvelles reprises dans ce recueil diffèrent en genre et certaines s'éloignent de la Culture, ainsi que de la science-fiction en général. A Gift From The Culture et Descendant font clairement partie du même cycle, alors que Odd Attachment, Road of Skulls, Cleaning Up et Piece s'en éloignent en donnant parfois fortement dans le genre de la fantasy.
    Iain M. Banks n'a publié que peu de nouvelles durant sa carrière, ceci étant d'ailleurs son seul recueil publié. Et malgré qu'il ne soit actuellement plus disponible en traduction française, celui-ci, par sa grande diversité et l'excellence de son écriture, vaut amplement la peine d'être lu.

     

    Le cycle de la Culture est composé de sept romans : Une forme de guerre (Consider Phlebas, 1987), L'Homme des jeux (The Player of Games, 1988), L'Etat de l'art (The State of Art, 1989), L'usage des armes (Use of Weapons, 1990), Excession (1996), Le sens du vent (Windward, 1998) et Inversions (Inversion, 2000).

     

  • Livre : La falaise écarlate - Clairvoyance d’Amélie Sarn  

    Amateurs de thrillers et de sensations fortes, réjouissez-vous ! La falaise écarlate, nouvel opus de la série Clairvoyance d’Amélie Sarn  va vous donner toute satisfaction…

    Emma se rend pour la première fois depuis le divorce de ses parents chez son père en Bretagne. Contrainte par sa mère à faire cet effort, la jeune fille est bien décidée à montrer  autant sa désapprobation à son père qu’une franche  hostilité à sa jeune belle-mère. Dès son arrivée, la rencontre avec des jeunes de son âge lui redonne le moral. Au moins les vacances ne seront pas complètement ratées, d’autant que l’un des garçons est plutôt séduisant…Mais le lendemain, tout le village est sous le choc : une jeune fille, familière du groupe, est retrouvée morte au pied de la falaise d’où elle se serait jetée…

    Emma va alors vivre cette expérience qui l’ avait déjà éprouvée lors de la première enquête de Clairvoyance : elle entre en contact avec la victime dans des rêves qui lui donnent des indices sur les circonstances du drame. Sauf que les indices, loin de l’éclairer, la troublent encore davantage…

    Fausses pistes et faux-semblants sont au rendez-vous de cette intrigue diaboliquement efficace et nerveuse à l’ambiance particulièrement soignée. La construction de l’intrigue entraîne son lecteur de piste en piste sans que rien ne laisse présager de l’issue, les personnages sont d’autant plus attachants qu’Amélie Sarn prend le soin de les rendre crédibles dans leurs motivations et réussi à faire de ce nouvel opus un roman qui peut être lu sans que l’on connaisse le premier. Le seul risque dans ce cas là : avoir envie de s’y plonger !

    La falaise écarlate  - Clairvoyance , d’Amélie Sarn  , 2013